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TRIBUNE

Dans cette déclaration, Zéphirin Diabré en tant que président d’honneur du forum d’amitié Sino Burkinabè (Fasib) salue la décision des autorités burkinabè de rompre les relations diplomatiques avec Taiwan. Néanmoins, il estime que ce divorce ne doit pas être  frappé du « sceau de l’amertume » car on peut bel et bien continuer nos relations commerciales avec Taiwan.

« Comme tous les Burkinabè, j’ai pris connaissance de la déclaration du ministre en charge de notre diplomatie, annonçant la rupture de nos relations diplomatiques avec Taiwan, et le renouement de notre amitié avec la Chine populaire. En tant que simple citoyen, je prends acte de cette décision qui relève des prérogatives pleines et entières de ceux à qui notre peuple a confié la charge des affaires du pays. Et je ne peux que souhaiter que le choix qu’ils ont fait apporte beaucoup de bonnes choses au Burkina Faso.

En tant que Président d’honneur du Forum d’Amitié Sino Burkinabé (FASIB), je me réjouis fortement de cette décision, qui va dans le sens du combat que mène le Fasib depuis des années. 

Il y a de cela quelques années, alors que notre pays savourait sa lune de miel  avec Taiwan, j’avais pris l’initiative de réunir un groupe de Burkinabè, pour plaider  en faveur d’une relation avec Pékin, et de susciter la création du Forum d’amitié Sino burkinabè.

A l’époque, certains des ténors du pouvoir actuel qui animaient  le pouvoir d’alors, n’avaient pas eu de mots assez durs pour me fustiger et me rappeler dans des termes très durs,  que eux et leur  chef d’alors  étaient mieux placés que moi pour savoir où sont les intérêts du peuple burkinabè ! 

L’histoire nous a tous rattrapé. Et de la belle manière !

Les membres du Fasib se joignent à moi pour  remercier Taiwan pour tout le soutien qu’il a apporté à notre pays au cours de ces deux décennies de deuxièmes retrouvailles. Au lendemain de l’indépendance, nous avions établi une coopération très fructueuse, qui a été interrompue par le premier rétablissement de nos relations avec la Chine populaire. C’est donc le deuxième divorce entre nous. Il ne doit pas être frappé du sceau de l’amertume. Des relations fortes se sont tissées entre nous. Dans beaucoup de domaines, Taiwan nous aidé et de mon point de vue, devrait continuer à nous aider. La technologie de Taiwan est excellente et intéresse nos opérateurs économiques. Nos entreprises ont commencé à découvrir le marché de Taiwan. Et des partenariats se sont noués. Dans les jours à venir, je plaiderai fortement pour l’ouverture ici au Burkina et à Taipei d’un bureau de coopération commerciale de Burkina /Taiwan. En principe, rien ne s’y oppose. La Chine populaire, lorsqu’elle entretient des relations diplomatiques avec vous, vous interdit d’avoir des relations diplomatiques avec Taiwan. Mais elle ne s’oppose pas aux relations économiques et commerciales. C’est en vertu de ce principe que tous les grands pays (USA, France, Canada, Grande Bretagne, Allemagne, Italie, etc..) qui n’ont pas de relation diplomatique avec Taiwan, ont des bureaux de coopération économique avec Taiwan. En clair, ils font la diplomatie avec la Chine populaire, et ils font le business avec Taiwan.

Le Burkina aurait tort de ne pas exploiter  cette piste. Et je n’accepterai pas qu’il se laisse dicter une attitude qu’on ne dicte pas aux autres. Notre pays  doit se faire respecter. Quand on sait que ce sont les capitaux de Taiwan qui ont été les premiers à investir en Chine lorsque le visionnaire Deng Tsiao Ping a décidé l’ouverture économique, que des milliers d’entreprises de Taiwan sont installées aujourd’hui en Chine populaire pour bénéficier de la min d’œuvre bon marché et du vaste marché de consommateurs, que des millions de touristes voyagent entre les deux pays et qu’il y a plus de cent vols par semaine entre ces deux pays, nous devons faire attention pour ne pas acheter des bagarres qui ne nous regardent pas. La politique c’est une chose. Le business c’est une autre chose. Un pays n’a pas d’amis ; il n’a que des intérêts. Et le vent de ces intérêts est changeant ! Les relations diplomatiques avec la Chine populaire ne doivent pas entraver notre business avec Taiwan.

Avec tous les membres du Fasib, je souhaite une chaleureuse nouvelle bienvenue, ou plutôt un bon retour  à la Chine populaire au Burkina Faso et je forme le vœu ardent que la nouvelle coopération qui débute soit à l’avantage de nos deux peuples. C’est un grand pays, fruit d’une grande civilisation, et qui a un grand rôle à jouer dans le monde d’aujourd’hui.  A son contact, le Burkina Faso apprendra surement beaucoup.

Je redis enfin ici, de la manière la plus solennelle qui soit, que si nous devons toujours nous réjouir des amitiés que nous entretenons avec tel ou tel pays, nous ne devons jamais oublier que personne ne viendra développer le Burkina Faso à notre place. Les pays qui ont réussi, y compris la Chine populaire et Taiwan, se sont développés en traçant leur propre voie originale. Ils n’ont pas copié quelqu’un et ils n’ont pas mendié auprès de quelqu’un. C’est une leçon que nous, Burkinabè, ne devons jamais cesser de méditer.

Ouagadougou, le 24 Mai 2018

 Zéphirin DIABRE,

Economiste,

Président d’honneur du Forum d’amitié sino burkinabè (FASIB)

 

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