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Considérée à tort ou à raison comme l’une des présidentielles les plus décisives du pays, le scrutin gabonais serait-il en passe de connaître un tournant décisif, notamment dans le déroulement de la campagne qui s’est ouverte le week-end dernier? En effet, l’opposition politique qui s’y est jetée corps et âme, mais en rangs dispersés, vient de
marquer un grand coup en réussissant le ralliement de «deux poids lourds» à la candidature de l’ancien ministre et ancien président de la Commission de l’Union africaine, Jean Ping.

Théoriquement, le regroupement de l’ancien président de l’Assemblée, Guy Nzouba Ndama, et de l’ancien Premier ministre Casimir Oyé Mba autour de Jean Ping, apparaît comme un équilibre retrouvé des principales personnalités politiques en lice pour le fauteuil présidentiel. Quand on sait qu’il s’agit d’un scrutin à un seul tour, un tel ralliement peut donner du grain à moudre au camp du président sortant, Ali Bongo Ondimba, jusque-là considéré comme le grand favori de l’élection.

Mais au Gabon, entre la théorie et la pratique, il y a une réalité politique en la matière qui n’est sanctionnée que par le verdict des urnes. Il faut donc éviter de vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, comme l’enseigne le sage adage. En effet, il ne suffit pas seulement de fomenter une union, aussi sacrée soit-elle, de l’opposition pour s’offrir le palais présidentiel. Que vaut et que pèse réellement cette alliance, qui arrive bien tard dans un processus électoral déjà sur la dernière ligne droite, dans le cœur des Gabonais appelés aux urnes le 27 août prochain?

Jusque-là épargnée de la menace djihadiste qui angoisse aussi bien les pays du Nord comme ceux du Sud, Madagascar vient de connaître, à son tour, une explosion d’origine criminelle qui a fait deux morts et 86 blessés. Les victimes étaient allées assister à un spectacle dans un stade de la capitale Antananarivo.

Loin de soupçonner des «barbus» qui auraient débarqué sur la Grande-île pour défendre on ne sait quelle cause, les autorités pointent le doigt accusateur vers l’opposition,, notamment ceux qui seraient contre le processus de stabilisation en cours dans le pays.

Mais au-delà de la guéguerre politique entre le gouvernement du président Hery Rajaonarimampianina et du clan de l’ancien président de la transition, André Rajoelina, c’est cette résurgence de violences qu’il faut craindre pour les habitants de la Grande-île. Car, cet Etat considéré comme l’un des plus pauvres parmi les plus pauvres, la classe politique a mieux à faire que d’instaurer un climat de terreur.

Cela ne peut que contribuer à anéantir aussi bien les efforts de paix et de réconciliation qu’à revitaliser un tissu économique qui a toujours du mal à couvrir l’essentiel des besoins des populations.

La déstabilisation de la Grande-île apparaît ainsi comme un non-sens qui ne profite à personne. Sauf à des aventuriers qui n’ont pas l’intelligence de conquérir autrement le pouvoir qu’en terrorisant des populations qui sont pourtant sensés protéger de la terreur et du désespoir sous toutes ses formes.

L’armée malienne vient, une fois encore, d’encaisser un coup dur dans l’offensive contre les groupes djihadistes armés qui écument la partie septentrionale du pays. Deux jours après avoir été portés disparus, les cinq soldats qui faisaient la faction dans la région de Tenenkou près de la ville de Mopti, sont en fait tombés dans une embuscade, probablement entre Dia et Diafarabé.

C’est dans ces localités où les militaires maliens ont croisé le fer avec les groupes rebelles que ces soldats ont perdu le contact avec leurs frères d’armes.  Il ne fait l’ombre d’aucun doute qu’ils ont été capturés et froidement exécutés en signe de représailles contre cette nouvelle offensive de l’armée malienne. Une nouvelle épreuve qui traduit la volonté farouche des groupes rebelles de ne pas rompre avec les méthodes barbares de règlement de compte et de respect des prisonniers de guerre.

C’est aussi et surtout la preuve que la guerre perdure dans le septentrion malien. Et que ce ne sont pas seulement les forces armées étrangères qui en paient le prix.

L’action ayant été revendiquée par la katiba Macina de Ansar Dine, il faut craindre que cette nouvelle addition macabre de la situation sécuritaire et militaire au Nord-Mali ne contribue à plonger à corser davantage la recherche de la paix. Déjà que tous les accords signés jusque-là ne produisent toujours pas les effets escomptés. Et que le bout du tunnel apparaît de plus en plus éloigné et incertain à atteindre, malgré tous les efforts de la communauté internationale.

Déjà mal parties à causes des tensions et des troubles qui ont émaillé la campagne et le déroulement, la présidentielle zambienne a accouché des résultats qui ont été immédiatement contestés par le perdant.

 

 Après plusieurs jours d’attente au cours desquels la Zambie retenait son souffle, voilà que la Commission électorale a fini par annoncer le président sortant vainqueur du scrutin. Et cela au premier tour avec une courte avance de 100 000 voix sur son rival.

Une décision qui n’a pas manqué de mettre le feu aux poudres dans une ambiance électorale déjà surchauffée entre les deux camps rivaux. En proclamant vainqueur Edgar Lungu, président sortant et porte-flambeau du Front patriotique, l’organe de gestion des élections était bien placé pour savoir que ces résultats ne seraient pas du goût des partisans de Hakainde Hichilema du Parti uni pour le développement national (Upnd) qui, depuis le début du processus n’ont cessé de multiplier des soupçons et des attaques. Ils n’ont pas hésité à parler de «manipulation de chiffres».

Info ou intox ? Ce qui est sûr, c’est que le plus dur semble commencer pour la Zambie. Si ce pays déjà miné par une crise économique sans précédent doit, à nouveau, faire face à une crise postélectorale, il faut craindre une remontée de la violence. Surtout qu’on avait déjà enregistré au moins trois morts au cours des tensions lors de la campagne électorale.

Alors que le nouveau pouvoir centrafricain s’échine à panser les plaies de la longue crise politico-militaire qui a plombé le pays, voici qu’une épidémie de choléra vient de se déclencher au nord-est de la capitale, Bangui.

 

 Le premier bilan officiel faisant état de dix morts, on imagine aisément que la réalité peut se révéler plus importante que cela. Surtout que la référence aux centres de santé n’est pas toujours la chose la mieux partagée dans ces contrées et d’autres où la maladie est d’abord considérée comme une malédiction, une «perturbation de la nature par des forces surnaturelles».

Même pour cette affection dite «maladie des mains sales», il va falloir que le gouvernement engage une véritable course contre la montre pour apporter l’information salutaire aux populations. Les principales structures sanitaires ayant été affectée par la crise de ces dernières années, il n’est pas évident que le ministère de la santé dispose encore de relais efficaces et fiables pour mener la nécessaire sensibilité afin d’endiguer au mieux l’épidémie. En 2011, le même choléra avait fait une vingtaine de morts.

On pouvait espérer que les autorités centrafricaines au tiré leçon de cette première épreuve. Mais hélas. Avec le difficile relèvement des structures publiques, il faut craindre que les dégâts ne soient plus importants qu’il y a cinq ans. Pour le président Faustin-Ange Touadera, il s’agit d’un vrai test que son gouvernement doit absolument réussir en prouvant que la Centrafrique n’est pas seulement de retour sur le plan politique, mais qu’elle aussi capable de se prendre, un tant soit peu, en charge sur le plan sanitaire.

Cela n’aura échappé à personne, le pagne tissé du Burkina revient en force! Même si d’aucuns le trouvent tout de même cher, les Burkinabè affectionnent de plus en plus le Faso Dan Fani tandis que les pouvoirs publics multiplient les actions pour mettre en avant ce qui est considéré comme un symbole fort de l’identité nationale.

Remis au goût du jour au plus haut sommet de l’Etat sans tambour ni trompette idéologique, le Faso Dan Fani (du dioula Fani: le pagne; Dan: tisser; et Faso: patrie ou territoire) fouette donc à nouveau la conscience collective dans un retour de flamme assumé. Il ne s’agit plus de décréter le port obligatoire de ce pagne traditionnel, désormais finement travaillé par des créateurs de génie, mais d’amener chacun à cultiver tout naturellement ce réflexe… patriotique.

Si les politiques se donnent de la peine pour s’afficher fièrement en Faso Dan Fani notamment dans les grands rendez-vous diplomatiques, les populations, elles, s’étaient déjà laissé séduire depuis longtemps par ces belles cotonnades aux couleurs flamboyantes avec lesquelles les stylistes rivalisent de créativité. Est-il besoin de parler ici de Pathe’O, habilleur attitré de feu Nelson Mandela et ambassadeur s’il en est de la valorisation des produits locaux, dont la griffe s’exporte aux quatre vents? En décembre dernier encore, Pathe’O a séduit le public sud-africain avec sa collection Sahel Suite«un ensemble de vêtements hommes et dames faits dans du tissé africain, notamment le Faso Dan Fani, le voile teinté et le lin».

C’était à l’occasion de «Festivoire 225», des journées culturelles ivoiriennes, tenues du 3 au 5 décembre 2015 à l’initiative du bureau culturel de l’ambassade de Côte d’Ivoire en Afrique du sud.

Autre grand nom de la mode africaine qui craque pour le Faso Dan Fani, le styliste libano-ivoirien Élie Kuame, conquis par le vaillant travail des femmes tisserandes du Burkina Faso qui, dit-il, ont réussi à bercer ses sens.«Au gré de leurs mouvements saccadés, le Faso Dan Fani, aux couleurs chaudes et pimentées, se laissait ainsi dompter, sans opposer la moindre résistance», commente «Monsieur Blackamorphose», qui s’est appuyé sur cette étoffe burkinabè pour produire sa «collection printemps-été 2016, avec de fortes références aux années 1950».

Thomas Sankara peut être fier et dormir tranquille dans sa tombe: la plus emblématique de ses signatures culturelles lui a magistralement survécu. Reste toutefois à faire rayonner véritablement le Faso Dan Fani dans un univers où le pagne chinois, et notamment un «Faso Dan Fani synthétique» lui font de l’ombre.

L’ambition gouvernementale de «valoriser la production locale et la transformation du coton par les acteurs de la filière, notamment les tisseuses» passe entre autres par une densification de la production, une organisation efficace de la transformation et une bonne maîtrise des moyens de distribution.

De quoi redonner du tonus aux plus de 80 000 femmes qui travaillent dans ce secteur au Burkina Faso, selon les estimations de l’Association Afrikikré qui organise, depuis l’année dernière, le «Dan fani fashion week» afin de promouvoir le pagne tissé sur le continent, et au-delà. Pour la présidente de cette association, Marguerite Douanio, «si l’on ajoute les créateurs, les exportateurs de pagnes, on peut raisonnablement parler d’une centaine de milliers de personnes qui vivent directement du pagne tissé».

De quoi aussi faire rêver à une réhabilitation de l’ancienne usine Faso Fani, qui ne semble plus une simple vue de l’esprit. Certains responsables, et pas des moindres, s’y voient déjà…

24 août 2016 à 10:30

Conventions… correctives!

C’est comme lorsque René-François Sully Prudhomme déclamait son poème intitulé «Un songe». Dans ce rêve cauchemardesque décrit par l’auteur dans le célèbre poème paru en 1866 dans son recueil Les Epreuves, le premier lauréat du prix Nobel de littérature, en 1901, montre bien que «nul ne peut se vanter de se passer des hommes».

Grand ou petit, chaque ouvrier, chaque travailleur, chaque homme ou femme est un peu… l’artisan du bonheur de la collectivité, quelle que soit son activité. Car en effet, on peut légitimement se «sentir abandonné de tout le genre humain» lorsque par une nuit, en songe, le laboureur vous dit: «Fais ton pain, je ne te nourris plus, gratte la terre et sème.» Et comme si cela ne suffisait pas, le tisserand y va lui aussi de sa grève, rétorquant, acerbe: «Fais tes habits toi-même»; tandis que le maçon renchérit: «Prends ta truelle en main.»

En tout cas, pour les boulangers du Burkina, fermement en grève pendant 72 heures en juin dernier, il n’était nullement question de songe. Les populations ont véritablement manqué de pain, une denrée de grande consommation au «pays des Hommes intègres». Lancée par la Fédération nationale des boulangers et pâtissiers du Burkina (FNBPB), cette «grève du pain», assortie, le 10 juin, d’une marche de protestation, visait à dénoncer des «traitements inhumains» dont sont victimes les boulangers.

Entre autres exigences des grévistes, qui n’excluent pas de rebeloter en mode illimité, «le respect de la liberté syndicale, la reprise des boulangers licenciés à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso pour fait de grève, le respect de tous les protocoles d’accords signés par les employeurs des boulangeries», et cætera, et cætera… Mais surtout, «la signature de la convention collective des boulangers et des pâtissiers du Burkina par tous les patrons des boulangeries et l’élection des délégués du personnel dans toutes les boulangeries et pâtisseries».

Il apparaît que la signature de la convention collective reste le point nodal des revendications de la Fédération nationale des boulangers et pâtissiers du Burkina. Une manière saine pour ce corps de métier d’actualiser ses conditions de vie et de travail dans un contexte socioéconomique qui se fait de plus en plus rude.

En filigrane, se pose aussi pour le consommateur la question du prix du pain, qui pourrait entrer dans le tourbillon des négociations entre employeurs du secteur et autorités publiques. Car l’application de la convention collective, destinée à corriger à juste titre la situation globale des travailleurs de ce secteur, a un coût qui ne sera certainement ingéré que par des mesures d’accompagnement appropriées.

Si les boulangers réclament à cor et à cri l’application de leur convention collective, les informaticiens, quant à eux, n’ont pas manqué de monter récemment au créneau, prenant l’opinion nationale et internationale à témoin, pour… interpeller le chef de l’Etat sur leurs problèmes.

Réclamant notamment «le rétablissement, le rappel et l’augmentation du taux de l’indemnité spéciale d’informaticien à 200 000 F CFA; le reclassement du diplôme des ingénieurs des travaux informatiques en catégorie A2; le rattachement de tous les informaticiens de l’administration publique et parapublique (EPE, EPA, Société d’Etat, etc.) au ministère en charge des TIC; un plan de carrière et une grille indiciaire pour tous les informaticiens de l’administration publique». N’est-ce pas, là aussi, une forme de convention collective informatisée?

Ouille, ça chauffe! D’autant que le Syndicat des professionnels des TIC (Synptic) précise dans sa lettre en date du 1er juin dernier au président du Faso, que «dans un contexte international et sous régional où la sécurité passe pour être une priorité absolue (terrorisme, cybercriminalité, etc.), les TIC sont un véritable outil indispensable pour la prévention et la résolution de crises sécuritaires».

Non sans avoir auparavant rappelé à Roch Marc Christian Kaboré la promesse du candidat du Mouvement du peuple pour le progrès selon laquelle «les technologies de l’information et de la communication seront intégrées dans tous les secteurs de développement pour en renforcer les performances et les rendements». Arguments informatiquement massues!

De conventions collectives aux conventions correctives, les journalistes ne sont pas non plus en reste, qui s’interrogent, eux, de plus en plus sur… l’applicabilité de leur bible de travail, signée en grande pompe en janvier 2009…

C’est un sommet de tous les défis qu’abrite la capitale rwandaise du 10 au 18 juillet. Un sommet de tous les défis, mais aussi un rendez-vous hautement diplomatico-stratégique puisque l’Union africaine devra s’offrir, à Kigali, un nouveau staff, un « gouvernement » tout neuf avec pour ambition affichée de donner une réelle impulsion à la dynamique et à l’action au sein de l’institution panafricaine.

En effet, après un mandat de quatre années à la présidence de la Commission de l’Union africaine, la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma, 67 ans, renonce à rempiler. En plus de son poste, ce sont également ceux de son adjoint et des huit commissaires de la Commission qui seront soumis à élection ; ce qui souligne davantage l’importance de cette 27e session ordinaire de l’Union africaine. Au regard des enjeux, on peut aisément affirmer que les réflexions autour du thème de ce sommet — « L’année africaine des droits de l’Homme avec un focus particulier sur les droits des femmes » — seront bien vite noyées par les questions sur l’avenir politique et stratégique de l’Union africaine, plus que jamais en panne d’action et de leadership.

Si l’élection, en 2012, de Nkosazana Dlamini-Zuma avait suscité fierté et espoir, laissant entrevoir une nouvelle ère pour l’institution panafricaine, le désenchantement est quasi unanime quatre ans après. La première femme à diriger l’auguste Commission de l’Union africaine n’a pas réussi à emballer les Africains, ni même à redonner visibilité et lisibilité à ses actions. Bien au contraire, aussi bien de l’intérieur du palais de verre qui abrite le siège de l’organisation à Addis-Abeba, en Ethiopie, qu’à l’extérieur, sur le terrain des crises sociopolitiques ainsi que des défis économiques et sanitaires qui ont éprouvé les populations, l’Union africaine est apparue, ces quatre dernières années, bien fébrile, en panne d’inspiration et parfois complètement aphone, inexistante.

De fait, tout le monde s’accorde pour reconnaître aujourd’hui que l’Union africaine, et notamment sa Commission gouvernante, n’est rien d’autre qu’un « machin », de surcroît grand malade, à qui il faut administrer sans tarder un remède de cheval. Car les défis, eux, sont là, prégnants, pressants, appelant à une urgente thérapie de choc. Ils ont pour noms insécurité et terrorisme, épidémie et chômage, énergie, industrialisation et développement… Comment fédérer les Africains autour d’une vision commune pour bâtir enfin un destin communautaire qui épouse les réalités des populations et dans lequel chacun se retrouve à travers une citoyenneté partagée ?

En vérité, le prochain président de la Commission de l’Union africaine, qui qu’il soit, ainsi que le staff qu’il conduira, devra se dépenser sans compter pour redonner crédibilité et empathie à l’institution panafricaine. Pour cela, les nouveaux élus doivent impérativement tirer les leçons du constat, pertinent, de l’historien Amzat Boukari-Yabara, qui déplore avec amertume que l’Union africaine « ne fabrique plus les imaginaires d’un panafricanisme qui se pense en dehors de ses instances et des systèmes étatiques où les concepts de solidarité, de sécurité et de culture n’ont plus leur place ». De plus, se désole l’historien bénino-martiniquais, « l’UA est déconnectée des réalités et n’a pas réussi à intégrer les sociétés civiles dans les discussions. Elle reste donc un cercle de chefs d’Etat ».

Alors, question : qui des prétendants à la succession de Nkosazana Dlamini-Zuma a l’étoffe, le gabarit et le charisme nécessaire pour impulser les dynamiques nouvelles face aux défis de l’heure, afin de construire, avec les populations, l’Afrique de demain ? Sur le papier, les profils sont incontestablement prestigieux. Sans doute aussi que, dans les têtes, les ambitions sont nobles. Mais, aussi bien pour le Sénégalais Abdoulaye Bathily, la Botswanaise Pelonomi Venson-Moitoi, l’Ougandaise Speciosa Wandira Kazibwe que pour l’Equato-Guinéen Agapito Mba Mokuy — tous en lice pour le job —, la tâche ne sera nullement aisée.

Une chose est certaine : l’Afrique est en quête d’un nouveau départ, d’un challenge sérieux pour affronter les maux qui l’assaillent encore de toutes parts. Et les Africains attendent du président de la Commission de leur institution continentale qu’il ne soit pas, qu’il ne soit plus, selon la confidence d’un diplomate africain, « un serviteur des chefs d’Etat, un secrétaire entouré de technocrates démotivés qui assurent une impunité totale aux puissants ». Surtout dans un contexte sociopolitique où l’esprit et la lettre des Constituions continue d’être allègrement foulés aux pieds ci et là…

 

Proclamée par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) le 10 novembre 2009, la Journée internationale Nelson Mandela (Nelson Mandela Day) est célébrée le 18 juillet de chaque année depuis 2010. Objectif: «commémorer la contribution de Nelson Mandela, militant de la cause antiapartheid et premier président noir d’Afrique du Sud, à la promotion d’une culture de paix».

 

Il est ainsi demandé à chaque citoyen du monde, au cours de cette journée, date de naissance de l’ancien matricule 46664 de la tristement célèbre prison de Robben Island, de… «consacrer symboliquement soixante-sept minutes de son temps à une œuvre au service de la collectivité, en mémoire des soixante-sept années que Mandela a vouées à sa lutte pour l’égalité, la réconciliation et la diversité culturelle». Le «Mandela Day» reste donc, à bien des égards, l’hommage, amplement mérité, de la «communauté internationale» à un homme qui aura mis sa vie entière au service de la paix, de la tolérance et de la réconciliation.

Si le 18 juillet fait référence à la naissance du porte-étendard de la lutte contre l’apartheid, en Afrique du Sud, mais aussi du refus des discriminations quelles qu’elles soient et où qu’elles se passent dans le monde, on ne peut s’empêcher d’évoquer aussi, à cette occasion, la disparition de Nelson Mandela dont les actions impacteront encore durablement la vie des nations. En effet, presque trois années se sont déjà écoulées depuis le 5 décembre 2013 où il a rendu son dernier souffle, et pourtant, «Madiba» reste tellement présent dans les mémoires, plus vivant que jamais! Comment pouvait-il en être autrement lorsque l’on sait que les leçons d’humilité, de sagesse et de démocratie qu’il a léguées au monde restent gravées dans le marbre? Et même si certains, qui devraient donner l’exemple, feignent souvent de les oublier, ces leçons-là fouettent constamment la conscience collective, conférant à cet homme inclassable une dimension universelle indéniable.

Non, le monde ne peut pas devenir subitement amnésique face aux brûlures du passé, ni passer par pertes et profits l’inégalable sacrifice de cet homme exceptionnel dont l’incroyable contribution à la paix universelle se transmettra de génération en génération. Car, ainsi que l’avait si bien indiqué le chef de l’Etat français, François Hollande, «Nelson Mandela était déjà entré dans l’Histoire de son vivant. Mort, il prend place dans la conscience universelle». La célébration de cette journée qui lui est dédiée constitue l’un des témoignages les plus poignants à l’œuvre incommensurable de cet homme d’hier et de demain dont l’enfance, les longues années de prison, l’engagement politique et les quelques années de pouvoir marquent à jamais le parcours de l’humanité.

Né le 18 juillet 1918 dans le village de Mvezo, dans la province du Cap-Oriental, les 95 années de vie de Nelson Rolihlahla Mandela, qui s’est éteint le 5 décembre 2013 à Johannesburg, n’aura pas été un long fleuve tranquille. Et si le long chemin dans lequel il s’est engagé pour la libération de son peuple a abouti, le 11 février 1990, à sa libération des geôles de l’apartheid après 27 années de bagne, c’est en grande partie en raison de sa personnalité et de son incroyable intelligence à répondre aux assauts de ses oppresseurs par une bonne dose d’humanité et d’humilité. Convaincu, ainsi qu’il l’écrit dans Un long chemin vers la liberté — le livre qui retrace ses souvenirs et sa vie de combattant —, que «pour faire la paix avec un ennemi, on doit travailler avec cet ennemi, et cet ennemi devient votre associé».

En s’assignant pour mission, une fois en prison, de… «libérer à la fois l’opprimé et l’oppresseur», Nelson Mandela aura courageusement réécrit tous les scénarii d’une mort lente et certaine concoctés par le régime d’apartheid, mais aussi d’étouffement programmé du désir d’émancipation du peuple noir d’Afrique du Sud.«J’ai toujours su qu’au plus profond du cœur de l’homme résidaient la miséricorde et la générosité. Personne ne naît en haïssant une autre personne à cause de la couleur de sa peau, ou de son passé, ou de sa religion. Les gens doivent apprendre à haïr, et s’ils peuvent apprendre à haïr, on peut leur enseigner aussi à aimer, car l’amour naît plus naturellement dans le cœur de l’homme que son contraire», témoigne-t-il encore dansUn long chemin vers la liberté.
Alors que la «communauté internationale» célèbre aujourd’hui cet homme si généreux et tellement humble, on peut encore légitimement rappeler le cri d’exaspération lancé peu après la disparition de l’icône de la lutte antiapartheid par la journaliste belge Béatrice Delvaux. «Arrêtons, en Europe et en Occident, de tendre seulement le miroir de Mandela aux Africains et aux Sud-Africains. Nous devons aussi le tourner vers nous. L’exemple de Mandela, c’est pour tout le monde!», s’était-elle alors écriée. Un excellent «retourné», saisissant de pertinence, qui montre à l’envi que… «l’Occident n’a pas que des vertus à proposer à la face du monde» et qui souligne avec force qu’au-delà des paroles émues et de l’hommage «politiquement correct», chaque leader devrait afficher, à travers des actes quotidiens, sa «Mandela compatibilité».

Que dire d’autre lorsque Barack Obama, le président des Etats-Unis, reconnaît avec humilité que «Nelson Mandela était un grand homme. C’était le dernier grand libérateur du XXe siècle. Trop de dirigeants se disent solidaires du combat de Madiba pour la liberté mais ne tolèrent pas la même chose pour leur propre peuple»? En tout état de cause, il faut espérer très fortement que le «Mandela Day» ne célèbre pas simplement l’élégance du verbe et des proclamations de pure forme, mais démontre au contraire, d’année en année, l’élégance des actes pour un monde plus solidaire, plus humain, plus démocratique…

C’était acté, la IVe République devra céder sa place, au Burkina Faso, à une Ve République que tout le monde souhaite plus opérationnelle, plus en phase avec les réalités du pays. Une cinquième République régie par une nouvelle Constitution, dont l’avant-projet est désormais attendu pour le mois d’août, avec la mise en place, le 1er juin dernier, de la commission chargée de la proposer. Présidée par Halidou Ouédraogo, cette commission, composée de 92 personnalités issues du monde politique, universitaire, associatif, religieux et syndical, dispose en effet de soixante jours pour formater le contrat social qui fondera la Ve République.

 

Si l’on attend de pied ferme la copie de la «commission Halidou », les débats ne vont pas moins bon train dans l’opinion sur l’esprit et la lettre à imprimer au nouveau texte constitutionnel, dans un contexte sous régional marqué par la valse des mandats présidentiels, soutenue par le «kwassa-kwassa» des régimes et systèmes politiques, le tout rythmé par le clairon annonçant une nouvelle République. Régime présidentiel, semi-présidentiel ou parlementaire? Le comité de rédaction de l’avant-projet de la nouvelle Loi fondamentale planchera certainement sur les atouts et les faiblesses de ces formules afin d’opérer le meilleur choix possible pour l’avenir et la stabilité institutionnelle du pays.

En tout état de cause, on s’interroge abondamment, ci et là, sur les «enjeux, défis et perspectives» de ce chamboulement institutionnel, du reste nécessaire, tout en questionnant son impact sur le renforcement de la démocratie dans nos pays. Et l’on en vient ainsi à souhaiter, au Burkina Faso par exemple, que le travail des commissaires permette de «mettre en place une Constitution qui arrive à traverser les générations». C’est en tout cas le vœu cher à Asseghna Somda, exprimé le 18 juin dernier, lors de la conférence publique organisée sur la question par la Jeune chambre internationale universitaire Ouaga soleil. Au surplusSamuel Ibrahim Guitenga, l’autre conférencier qui intervenait dans le même cadre, estime pour sa part que le«mandat unique», disposition phare de la réforme constitutionnelle en discussion au Bénin voisin, est «la mesure appropriée au contexte africain».

Annoncé pendant la campagne pour l’élection présidentielle de mars dernier au Bénin, le nouveau chef de l’Etat béninois, Patrice Talon, fait en effet du mandat unique la toile de fond de la réforme constitutionnelle qu’il a engagée dans son pays. La commission mise en place à cet effet a du reste proposé un mandat de sept ans non renouvelable, provoquant l’ire d’une bonne partie de la classe politique pour qui ce virage représente «un grand risque». Si les partis politiques et certaines organisations de la société civile sont vent debout contre cette «affaire de mandat unique», tous s’accordent cependant à reconnaître, avec Patrice Talon, que «la Constitution du 11 décembre 1990 a fini par révéler, à l’épreuve du temps et de l’exercice du pouvoir d’Etat, ses limites eu égard aux prérogatives implicitement excessives qu’il confère au Président de la République».

Il n’y a pas jusqu’en Côte d’Ivoire où l’on ne parle pas de révision constitutionnelle et de changement de République. Là aussi, la question fondamentale des mandats présidentiels reste une préoccupation majeure. Le président Alassane Ouattara, qui compte soumettre le nouveau texte constitutionnel à référendum en septembre ou en octobre prochain, multiplie du reste les concertations. Au point d’obtenir une mention favorable de la chefferie, qui plaide pour une constitutionnalisation de… la chambre des rois et chefs traditionnels de Côte d’Ivoire. Mieux, les têtes couronnées du pays de la reine Pokou militent clairement pour un quinquennat présidentiel renouvelé deux fois, ce qui amènerait le bail total possible au palais présidentiel ivoirien à quinze années d’affilée.

Ainsi que l’on peut en juger, plusieurs pays de la sous-région sont engagés dans un processus de relecture de leurs Lois fondamentales. Et si les ingrédients proposés du Bénin à la Côte d’Ivoire, en passant par le Burkina Faso laissent transparaître quelques spécificités qui soulignent le cheminement sociopolitique propre à chacun de ces pays, les questions relatives notamment à la durée du mandat présidentiel reviennent comme un sempiternel refrain. Septennat unique, comme proposé au Bénin, quinquennat renouvelable deux fois comme murmuré en Côte d’Ivoire ou quinquennat renouvelable une seule fois comme c’est encore le cas au Burkina Faso, les choix sont variés et les questionnements nombreux…

 

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