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04 novembre 2016 à 05:05

«Les boutures de manioc»: Abdouramane Harouna dévoile la face cachée de Mahamadou Issoufou

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Abdouramane Harouna est un écrivain nigérien qui a débuté sa carrière littéraire au Burkina Faso avant de créer sa propre maison d’édition:  Les éditions du Mont Bagazane. L’écrivain garde un œil avisé sur la scène politique de son pays. Avec « Les boutures de manioc », une biographie du président nigérien Mahamadou Issoufou, Abdouramane Harouna signe son entrée dans la dimension politique de l’écriture. « Les boutures de manioc » est une biographie qui retrace le milieu familial, le cursus scolaire et universitaire, la carrière professionnelle, décrit l’homme politique et surtout le côté non apparent du président Issoufou. L’auteur revient à travers cette interview, sur les raisons qui l’ont motivé à écrire sur un Chef d’Etat.


Fasozine: De quand date votre première publication ?
Abdouramane  Harouna : «Le mal d’aimer», ma première œuvre littéraire, a connu sa véritable reconnaissance au Burkina Faso après lecture du manuscrit par feu le journaliste Norbert Zongo. C’est l’appréciation qu’il avait de l’œuvre qui m’a convaincu de la qualité du travail que je faisais. Ce qui fait que juste après sa disparition, Ignace Hien, l’écrivain le plus prolifique au Burkina, a pris la relève et a décidé de la publication du roman en 2001.

Qu’est ce qui explique le choix d’écrire sur un chef d’Etat ?
Je récuse déjà l’idée de croire que je fais les éloges de Mahamadou Issoufou. On n’invente pas une biographie. Et lorsque vous prenez en compte le temps que ce travail m’a pris, c’était une exigence de vérification, de vérité, de respect déontologique et des exigences de démarches scientifiques. Parce que je savais, en entamant ce travail, que tout ce que je vais écrire sera passé au peigne fin. Je ne pense pas qu’un homme de la stature de Mahamadou Issoufou  nécessite d’avoir des laudateurs autour de lui. Il n’est pas homme à attendre d’être encensé. C’est peut-être ce qui l’horripile le plus, parce que la flatterie est mauvaise conseillère. Je ne lui rendrai pas service en me lançant dans une forme de propagande parce que j’ai claire conscience que cela le desservirait et il en est conscient. Mais mes échanges avec lui me confortent dans cette idée parce qu’il me dit très souvent être gêné de constater que les gens ont un déficit d’initiatives parce qu’ils attendent toujours que ce soit lui qui dise. C’est pourquoi je ne me suis pas attardé sur ces aspects-là du point de vue contenu.

Quel est le côté négatif du président Mahamadou Issoufou puisqu’il ne fait pas l’unanimité au sein de la classe politique nigérienne ?
L’unanimité n’est pas à rechercher. Je pense que lorsqu’on n’a pas cet environnement des gens qui nous aiguillonnent d’un côté ou  d’un autre, on aura du mal à avancer. C’est cela le moteur pour quelqu’un qui est soucieux du devenir de son pays. Parce qu’on tombe dans l’autosatisfaction lorsque tout le monde vous applaudit. Les difficultés mises à l’index dans l’ouvrage sont essentiellement par rapport à un environnement qui n’est souvent pas des plus positifs.

Mahamadou Issoufou est-il un exemple ?
Mahamadou Issoufou est un exemple et je ne fais pas mystère de mes relations avec lui. Elles n’ont rien d’intimes et je suis plus attaché aux valeurs et aux idéaux qu’il incarne. Je le connais depuis les années 90, mais il n’y a pas d’intimité au sens d’une proximité qui sortirait du cadre professionnel. Il y a une estime partagée et l’estime qu’il a pour moi est légitimée certainement par une appréciation et un jugement de valeur et c’est réciproque. J’ai suivi longtemps cet homme et je l’ai suivi dans son village. Ce qui peut être une qualité sociale, peut être une erreur en politique. Pour moi, c’est un modèle en tant qu’homme et en tant qu’homme d’Etat. Il suffit de discuter en privé avec même ses adversaires les plus virulents, pour entendre dire que c’est quelqu’un qui porte un dessein énorme pour son pays. Même si on ajoute que, malheureusement, il est mal entouré. Le Niger ne s’en rendra compte, que lorsqu’il ne sera plus là.

Que doit-on retenir des «Boutures de manioc » au sens figuré comme au sens propre ?
Je préfère prendre « Boutures de manioc » au sens figuré. Dans tous les échanges que nous avons eus, c’est au moment où il me parlait de ces boutures de manioc que je l’ai senti réellement ému. C’est l’histoire des derniers instants partagés avec son père. Il garde encore vivace le souvenir de ce jour de deuil qui constitue un peu le trait d’union entre des valeurs que son père a voulu lui communiquer à travers le geste des boutures. Un enfant orphelin à 11 ans qui, dans sa famille, n’a pas d’opérateur économique de renom ni de cadre de l’administration censé porter son devenir et son avenir dans un village reculé d’à peine 2 000 habitants. Lorsqu’on prend la mesure de ce qu’il était et ce qu’il est aujourd’hui, de ce petit champ de manioc au palais présidentiel de Niamey, cela vous donne toute la mesure de ce qu’il a parcouru pour être ce qu’il est aujourd’hui. Il faut être avec lui au village pour connaitre le vrai Issoufou. « Les boutures de manioc » pour moi, c’est tout un symbole.

Vous avez certainement rencontré des difficultés ?
Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est lui-même Issoufou qui s’est opposé le premier au travail que je faisais. Je connais des chefs d’Etat qui ont payé des laudateurs souvent de mauvais goût qui sont venus écrire pour juste  les encenser. Lui, par contre, était réservé et l’écho m’est parvenu avec des gens qui lui était proches. Notamment Souleymane Kané ou Ibrahim Gao. Et c’est pour éviter cet écueil que j’ai travaillé deux ans durant sans chercher à le rencontrer. Dans un environnement qui est plus ou moins difficile politiquement, il y a une certaine réserve. Il s’agit notamment de ceux qui pensent que leur proximité avec le président les oblige à le protéger.

Qu’est ce qui prouve que je ne travaille pas pour l’opposition ? Ne cherche-t-on pas à détruire son image ? Pourquoi je passe de localité en localité pour fouiller ? Pourquoi je n’ai personne avec moi ? Autant de questions que ses proches se posaient. Mon matériel de travail (quatre ordinateurs) a disparu en 2013 avec le livre qui était parachevé. Il fallait donc le reprendre puisque j’avais encore les choses dans la tête et cela grâce à votre confrère, Désiré Bationo. Les difficultés de cette nature sont plurielles. Et pour ceux qui le connaissent, le président Issoufou n’aime pas parler de lui. Et il est difficile d’écrire sur quelqu’un qui ne veut pas parler de lui-même. Il n’a jamais souhaité prêter le flanc pour que mon livre soit un règlement de comptes avec les hommes politiques. Il refuse de parler des hommes politiques et j’étais obligé de me référer à ses amis.

Du matériel volé, des proches du président qui cherchent à le protéger…Avez-vous senti votre vie et celle de votre famille menacées à un moment donné ?
Lorsque vous êtes dans un tel schéma, vous ne savez pas d’où vient la menace, lorsqu’il y en a. Pour moi, j’assume tous mes propos en bien ou en mal.

Propos recueillis par Abel Azonhandé

Lu 1816 fois Dernière modification le 04 novembre 2016 à 05:05

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