Avec l’ouverture prochaine du 18è sommet de l’Union Africaine à Addis Abbeba, les organisations de la société civile africaine restent inquiètes sur le fait que le thème central du sommet, “Stimuler le commerce inter-africain” risque de ne pas bénéficier de toute l’attention requise pour apporter des solutions à cette question urgent. C’est ce qui ressort de ce communiqué de presse daté du 27 janvier 2012.
«Pour ces organisations, le commerce inter-africain représente seulement 11% du commerce total en Afrique, ce qui est très bas et très faible. Comparativement, le commerce Inter-asiatique représente 52% et en Europe 82%. Le manque d’investissement dans le commerce interafricain pourrait porter préjudice au développement du continent selon ces organisations de la société civile.
“L’élection de nouveaux commissaires et du président ainsi que du vice président de la Commission pourraient éclipser les défis de développement qui pourraient être résolus grâce à l’amélioration du Commerce inter-africain”, a affirmé Michael Orwa de la Coalition sur l’état de l’Union, une institution panafricaine majeure qui interpelle régulièrement l’Union africaine pour plus d’efficacité.
Pour Désiré Assogbavi de l’organisation internationale Oxfam, «beaucoup de choses sont en jeu. Nous voulons que ce sommet prenne non seulement des décisions au niveau continental pour conduire et accélérer le développement du commerce interafricain tant indispensable pour le continent, mais les dirigeants doivent aussi agir concrètement au niveau national et régional».
Selon ces organisations il y a donc de la marge pour l’amélioration du commerce sur le continent et ce sommet est le lieu de lancer ce processus. Alors que d’autres régions du monde expérimentent des difficultés financières et économiques, la croissance économique du continent reste très forte, avec des taux de croissance allant de 6 à 11% pour beaucoup de pays.
Les organisations régionales comme la CEDEAO, la COMESA, la SADC, et l’EAC, doivent être en première ligne pour ce combat et stimuler ce commerce inter-africain. Des actions visibles et audacieuses doivent être engagées à tous les niveaux pour atteindre à la fois les grandes compagnies mais aussi les milieux des petites et moyennes entreprises.
Pour Tawanda Augustin secrétaire général de l’Association Zimbabwéenne du commerce transfrontalier, une importante organisation en Afrique australe, «ces petites et moyennes entreprises représentent 30 à 40% du commerce sur le continent, et les gouvernements doivent faciliter et réduire la paperasserie pour améliorer le régime du commerce partout en Afrique». Puis, M. Tawanda de préciser: «Notre objectif est d’avoir un régime commercial simplifié, ce qui nous soulagerait professionnellement des tracasseries, et stimulerait non pas seulement le commerce, mais aussi le développement de nos pays, et également l’amélioration de la vie des populations dans les villes et les villages».
La crise alimentaire dans la corne de l’Afrique et aussi bien celle qui se pointe à l’horizon au Sahel, sont des opportunités pour les états membres de délibérer sur le rôle des marchés régionaux et du commerce régional pour prendre des décisions et des mesures concrètes pour résoudre les problèmes de l’insécurité alimentaire chronique du continent.
Pour Mme Dinah Musindarwezo de FEMNET, Réseau des Femmes Africaines pour le Développement et la Communication, «nous ne devons pas oublier les contributions des femmes dans le commerce inter-africain. Les femmes d’affaires ont un impact énorme dans les milieux urbains et ruraux de l’Afrique et sont déjà positionnées sur le créneau du commerce transfrontalier. Négliger ou ignorer leurs impact serait une grave erreur.»
Les dirigeants africains ici à Addis Abbeba devront aussi se pencher sur les mouvements de population transfrontaliers qui sont promus par des organisations comme la CEDEAO et qui facilitent le flux du commerce. L’inefficacité et le coût élevé du commerce transfrontalier peuvent être expliqués par le manque de bonnes infrastructures, ainsi que par la corruption à travers tout le continent.
M. Assogbavi d’Oxfam a enfin déclaré que «les organisations de la société civile africaine attendent donc des chefs d’état que cette volonté politique forte nécessaire, soit traduite en actions concrètes. Et cela doit reposer sur l’esprit panafricaniste qui a prévalu à la création de l’Union Africaine elle-même».
PS:
CEDEAO - Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’ouest. Une institution économique crée en 1975 et qui comprend: Bénin, Burkina-Faso, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Côte-d’Ivoire, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, et Togo
COMESA – Marché commun de l’Afrique australe et Orientale – Cree depuis 1994 – Neuf états membres ont crée une zone de libre échange depuis 2000 Djibouti, Egypte, Kenya, Madagascar, Malawi, Maurice, Soudan, Zambie et Zimbabwe.
SADC – Communauté de Développement de l’Afrique Australe - 15 états membres. Crée en 1992.
EAC – Communauté de l’Afrique de l’Est - Cree depuis juillet 2000 – les états membres sont cinq pays de l’Afrique de l’Est : Burundi, Kenya, Rwanda, Tanzanie, et Ouganda.
· Les chiffres du commerce inter-africain sont de la CEA ainsi que les chiffres du commerce en Europe et en Asie.
· Les chiffres sur les petites et moyennes entreprises sont de la SADC.
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