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Accusé de liens avec Al-Qaïda: l’opposant Moustapha Chafi réagit

Au lendemain du mandat d'arrêt international émis contre lui par les autorités mauritaniennes, l'opposant -c'est ainsi qu'il se définit- Moustapha Ould Limam Chafi, par ailleurs conseiller spécial de plusieurs chefs d'Etat de la région s'est entretenu par téléphone depuis Ouagadougou avec Kassataya. Dans ses propos recueillis par téléphone depuis Ouagadougou où il réside, le conseiller de Blaise Compaoré, le président du Burkina Faso, n’a éludé aucune question.  Le mandat d’arrêt international lancé contre lui par les autorités mauritaniennes, ses liens présumés avec Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), ses relations avec Abdel Aziz, le chef d’Etat mauritanien, etc., ont été les grands axes de cette interview réalisée par Abdoulaye Diagana le dimanche 1er janvier 2012 et diffusée sur katassaya.com le lendemain.

Katassaya.com: Il y a quelques jours votre famille accusait les autorités mauritaniennes de leur avoir refusé des visas d’entrée dans leur pays d’origine, cette version est contestée par le ministre mauritanien des affaires étrangères, qu’en est-il vraiment?

Moustapha Ould Limam Chafi: (Rires). C’est dommage qu’un pouvoir ne puisse pas assumer. La contestation du ministre mauritanien est vraiment pitoyable. Je pense qu’il n’y a plus de preuves à apporter. Ma famille est belle et bien venue à Dakar…parce qu’en fait, nous sommes Mauritaniens ; et le pouvoir de Aziz a refusé de renouveler nos passeports, mon épouse, mes enfants et moi.

Quel est le motif invoqué pour justifier ce refus?

Ils n’ont jamais invoqué de motif. Vous savez, c’est un pouvoir qui ne trouve pas raison de se justifier. Il ne pense pas qu’il est en devoir de se justifier. Donc ils ne se sont pas justifiés. Et puisque nous n’avons plus de passeports mauritaniens, nous sommes obligés d’utiliser des passeports burkinabé. Et de par ma fonction au Burkina [Moustapha Chafi est conseiller du président Blaise Compaoré NDLR], ma famille et moi avons droit à des passeports diplomatiques. Donc mon épouse et mes enfants ont utilisé leurs passeports diplomatiques. Ils sont venus à Dakar et ont fait une demande de visa ; un cachet a été apposé sur leurs passeports. Au moment de les remplir, le premier responsable de l’ambassade constate qu’il s’agissait de la famille de M. Limam Chafi Moustapha, il leur signifie qu’il doit informer Nouakchott parce qu’il ne peut prendre de risque tant qu’instruction ne lui a pas été donnée. Donc contrairement à ce qu’a dit le ministre devant le parlement, les passeports n’ont pas été déposés le jeudi et retirés le lendemain. Je regrette, c’est mensonger de sa part. Les passeports ont été déposés le jeudi matin….

Un visa a été accordé puis annulé?

C’est le cachet apposé qui a été annulé lorsque l’ordre est venu de Nouakchott. Mais de toutes les façons, moi je ne reviens pas sur cette question parce que c’est un détail par rapport à ce que vivent les mauritaniens. Ça ne me surprend pas d’Aziz ; il y a tellement de problèmes en Mauritanie que je ne veux pas revenir sur ça.

Vous avez récemment tenu des propos peu amènes sur la gestion du président mauritanien dont vous avez demandé le départ, que lui reprochez-vous au fond?

C’est vrai que j’ai demandé le départ d’Aziz. Et j’ai appelé à sa chute, j’ai demandé aux Mauritaniens d’œuvrer à sa chute…

C’est un casus belli, une déclaration de guerre!

Ce n’est pas une déclaration de guerre. Je suis Mauritanien, j’ai le droit… J’ai demandé aux Mauritaniens d’œuvrer pour la chute de Ould Abdel Aziz [parce que] les raisons d’œuvrer pour la chute de ce général putschiste ne manquent pas.

Je citerai en premier le risque de désunion nationale où la société entière a failli basculer du fait des discriminations et des dysfonctionnements de l’enrôlement/identification. Et j’ai été parmi les premiers à dénoncer cette identification parce que je considère qu’elle est « ivoiritaire ». Nous en avons vu les conséquences en Côte d’Ivoire, et nous devons l’éviter pour notre pays. Vous vous souvenez sans doute que l’opération [de l’enrôlement en Mauritanie NDLR] a tourné à l’émeute et accentué la fracture ethnique. Parce que les dossiers de fond tels que le passif humanitaire buttent encore sur l’impunité des tortionnaires qui sont toujours autour du général.

Sur la question de l’esclavage et de ses séquelles, le pouvoir ignore toujours le désir d’émancipation d’une importante communauté, victime d’exploitation depuis des siècles. Et quand les militants se mobilisent pour dénoncer des cas avérés de servitude, ce sont eux qui se retrouvent en prison et devant le juge. Et ça je le dis parce que je suis un Mauritanien qui assume ce qu’il dit. Je le dis et je l’assume. La Mauritanie est le seul pays au monde où dénoncer l’esclavage est un délit de sécurité publique. S’il faut justifier l’opposition à Aziz, les motifs nombreux et divers…

Vous lui avez aussi reproché les incursions de l’armée mauritanienne en territoire malien contre les bases qu’Aqmi, la Mauritanie a-t-elle eu tort de s’attaquer à Aqmi? Le cas échéant quelle stratégie aurait-elle dû adopter?

Je lui reproche sa stratégie; toutes ses stratégies. Et je trouve que sa présence à la tête de l’Etat menace la stabilité du pays et celle de l’environnement régional. Et j’ai bien dit que l’homme est dangereux. Parce que cet homme, Aziz, à l’abri de sa garde prétorienne, il manque de discernement. Pour être un homme d’Etat et diriger une nation, il faut avoir un minimum de discernement. Il manque de discernement au point d’engager toutes les forces de la Nation dans une entreprise solitaire et spontanée. Cette guerre est solitaire. Sans avoir pris le temps de la recherche, de l’étude, de la planification –parce qu’une guerre ça se planifie- et de l’accumulation des forces ; et ça se retourne contre nous. Ce sont les Mauritaniens de nos paisibles villes et communautés rurales qu’il expose ainsi comme à Adel Bagrou [mardi 20 décembre 2011 un gendarme Mauritanien a été pris en otage dans cette localité de l’extrême sud-est du pays, à la frontière malienne, à 1700km de la capitale Nouakchott. Il serait toujours aux mains d’Aqmi. NDLR]. Il est allé à 1700km avec son armée et n’a pas pu défendre Adel Bagrou. Et les gens [d’Aqmi] sont entrés à Adel Bagrou avec un seul véhicule… La guerre c’est une affaire assez grave pour tomber entre les mains de personnes aussi inexpertes que celles d’Aziz. Quelques rares moments de détente avec les désormais ex otages espagnols (R. Pascual et A. Vilalta).

En chargeant le régime mauritanien en guerre contre Aqmi n’aviez-vous pas conscience de courir le risque de passer pour celui qui pactise avec l’ennemi?

Non, je n’ai pas pactisé avec l’ennemi. Pour moi la stratégie d’Aziz n’est pas bonne. Vous n’êtes pas sans savoir que depuis un certain temps, de façon régulière, chaque fois, Aqmi arrive à identifier des infiltrés Mauritaniens qui tentent de renseigner les services de leur pays. Ils les identifient, les interrogent, les jugent et les exécutent. Pourquoi y parviennent-ils ? Parce que malheureusement, nos services sont infiltrés par eux. Malheureusement. Et quand tu n’arrives pas à maitriser d’abord tes services, tu ne prends pas le risque d’aller en guerre. Il faut d’abord qu’Aziz organise ses services. Parce que la guerre c’est un tout.

Vous ne lui reprochez donc pas de s’attaquer à Aqmi mais…

Attendez. …Jamais Aziz n’a pu présenter aux Mauritaniens un élément d’Aqmi infiltré dans ses services et qu’il a pu identifier. Ça c’est très, très grave.

Donc vous ne lui reprochez pas de combattre Aqmi, vous lui reprochez de n’avoir pas bien préparé son combat?

Non, je pense que… Vous savez, un homme d’Etat doit avoir certaines vertus essentielles : circonspection, sagesse, justice. Malheureusement notre général n’a pas ces vertus.

Ce qu’on vous reproche aussi c’est…

 … Tout le monde a le droit de défendre son territoire. Les Mauritaniens ont le droit de défendre le pays contre le terrorisme, qu’il soit d’Aqmi ou de n’importe quel groupe terroriste, mais c’est la méthode… On ne peut pas aller en guerre seul, sans avoir bien réfléchi.

Moustapha ould Limam Chafi, vous êtes bien introduit auprès de ces groupes, vous avez réussi notamment à libérer plusieurs otages, qu’est-ce qui vous vaut la confiance de ces groupes armés au point de leur rendre visite sans craintes alors qu’ils sont traqués par toutes les armées du monde?

On ne peut pas dire… Ce serait prétentieux de dire que j’ai la confiance de ces groupes armés. Il faut que je vous explique ma présence auprès d’Aqmi et je veux que vous m’écoutiez bien. Moi ma présence résulte d’un processus de sauvetage de ressortissants occidentaux. C’est un objectif pour lequel l’ensemble des parties, en premier les pays de la région, ont collaboré. Le Burkina [Faso] a été sollicité au titre de son expertise en médiation. Et moi, Moustapha, je n’étais dans ce dispositif complexe qu’un élément parmi d’autres. Et il a fallu pour moi veiller des nuits durant, vraiment, souffrir le froid, la peur, vraiment la peur, les grandes peurs ; je ne peux pas vous les décrire ; le soleil, prendre des risques considérables pour parvenir à libérer des innocents enlevés et menacés de mort.

Et dans ces opérations vous aviez la bénédiction des puissances….

Attendez… je veux finir s’il vous plait. L’erreur d’Aziz comme d’ailleurs celle de plusieurs chefs d’Etat arabes, elle consiste toujours à accuser systématiquement les opposants de soutenir les terroristes... Parce que moi je suis d’abord un opposant à Aziz, je suis surtout un opposant à Aziz…

Vous l’assumez, ça?

Je l’assume pleinement et je l’ai déjà dit à Aziz au téléphone

Parce que vous parlez, Aziz et vous?

Aziz, nous nous sommes parlé lorsqu’il a fait son coup d’Etat et qu’il a demandé le soutien de certaines personnes et qu’il a souhaité que je le soutienne. J’ai refusé de lui apporter mon soutien. Je lui ai dit, alors, que tout ce qu’il venait de me dire ne justifiait pas le coup d’Etat ; et [je lui ai dit] que c’était une erreur grave de sa part et qu’il prenait en otage une Nation. Je le lui ai dit, je l’ai dit dans la presse, je l’assume. Je le dit sur votre radio, je suis un opposant. Je me suis d’abord opposé à son coup d’Etat, et je considère que ces élections [la présidentielle de 2009 qui a vu l’élection de Ould Abdel Aziz après le coup d’Etat, NDLR], on y reviendra…

Pour revenir justement à vos rapports avec ould Abdel Aziz….

 … Je voudrais d’abord qu’on finisse avec le sujet d’Aqmi, parce que c’est le sujet principal, parce que c’est l’objet de l’accusation. Son erreur à lui, comme d’ailleurs de beaucoup de chefs d’Etat arabes, elle consiste à accuser tous leurs opposants d’être des terroristes ou d’en être des protagonistes. Ils le font dans l’espoir de manipuler les partenaires occidentaux et de s’en faire les alliés dans la lutte pour la conservation de leur pouvoir. Mais, ce qu’ils ne savent pas, ces chefs d’Etat dont Ould Abdel Aziz, c’est que la doctrine et les analyses des services de sécurité de ces grandes démocraties se sont depuis affinées. La méthode ne prend plus. Et il suffit pour s’en convaincre de méditer le sort de tous ces chefs d’Etat : Kaddafi, Ben Ali, Assad… La formule s’est usée à force d’avoir servi à outrance. Et ce pauvre Aziz, qui ne lit pas beaucoup et ne voit pas loin, s’est engouffré encore une fois dans cette brèche. Mais je vais vous dire une chose : les services de renseignements impliqués n’agissent pas dans l’improvisation, ni dans la complaisance. Ils savent exactement qui fait quoi et qui en est supplétif.

M. Ould Limam Chafi est-ce que…

Je veux finir sur ce sujet parce qu’il est très important. Chez ces services, aucun degré de complicité dans la prise d’otages n’est toléré et ne leur échappe.

En un mot vous voulez dire que si vous aviez été complice, vous n’auriez pas bénéficié du soutien de l’Espagne et de la France?

Tous les services occidentaux qui ont des otages. Moi j’ai libéré des otages Canadiens, j’ai libéré… mais tous ces services… Je vais vous dire une chose pour ma part, personnellement, je vous le dis M. Abdoulaye [Diagana],… cette implication dans des tentatives de préserver la vie humaine, pour ma part, elle ne m’inspire que fierté, malgré la modestie de ma contribution.

Est-ce que vous entendez les voix qui y décèlent de la connivence…

Laissez-moi juste finir s’il vous plait Abdoulaye… vous savez, lorsque vous assistez…moi j’ai assisté à des choses. Lorsque vous assistez au spectacle des rescapés de la mort rendus à leurs familles entrain de renouer le fil ténu d’une vie perdue, vous ne pouvez concevoir que de la satisfaction d’y concourir. Et moi, ma contribution est petite…

Entendez-vous les voix qui y décèlent de la connivence ou pour le moins une possible collusion d’intérêts ? Certains médias ont récemment fait état d’une inflation des rançons en raison des commissions prélevées par les intermédiaires?

 Vous savez, personne n’est allé sur le terrain pour savoir ce qui s’y passe. Les services suivent tout de près. Personne n’est mieux informé qu’eux. Je ne peux pas vous donner le détail de comment ça se passe. Les médias peuvent écrire ce qu’ils veulent, comme ils veulent, si quelqu’un n’est pas allé sur le terrain, n’a pas suivi… je ne veux pas trop… les gens peuvent dire et écrire ce qu’ils veulent.

Cette inflation des rançons?

Je ne suis pas au courant, je ne suis pas du tout au courant, pas du tout. Mais demandez aux Etats, demandez aux pays occidentaux. Moi, il ne faut pas me demander ça. Il faut le demander à leurs services.

Justement un mandat d’arrêt international vient d’être émis contre vous par les autorités mauritaniennes, quelle réaction vous inspire cette décision?

 Je vais revenir sur le mandat d’arrêt mais avant je veux finir par rapport aux otages que j’ai libérés si vous le permettez. Vous savez, ce sont des moments très durs. [Silence]

 

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Commentaires
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Fasobiga  - Aziz = Compaoré   |2012-01-03 20:49:37
Bien de ce qu'il dit sur Aziz et la Mauritanie est applicable à son chef Compao
ré et au Burkina. C'e st triste!!! Je ne sais pas s'il conseille à Compa oré de
quitter le pouvoir en 2015 et de permettre à la démocratie de s'installer vérit
ablement!
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