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Sahel burkinabè: «L’insécurité alimentaire s’est installée très tôt»

Le déficit de pluie dans la région du sahel au Burkina, a affecté la production agricole et le pâturage, avec pour conséquence notoire, une insuffisance de réserve alimentaire pour les ménages et de fourrage naturel pour les animaux. Cette situation a entrainé la transhumance précoce du gros du cheptel burkinabè, vers les pays voisins que sont le Mali et le Niger. Les bêtes qui n’ont pas migré ont été, pour la plupart, décimées, soit par la soif, soit par les premières précipitations. Dans cet entretien avec Fasozine.com, le responsable du programme Action humanitaire de Intermon Oxfam, Sosthène Konaté donne sa lecture de cette insuffisance prononcée de pluie et expose les actions menées dans cette région, par la structure à laquelle il appartient.

Fasozine.com: Combien d’animaux ont perdu la vie à cause du manque de pluie au cours de la période de mai à juin 2010?
Sosthène Konaté:
Je ne peux pas avancer de chiffres exacts car aucune enquête n’a été pour le moment menée à ce sujet. Cependant nous avons constaté beaucoup de pertes d’animaux. On les trouvait, au mois de juin, aux abords de certains points d’eau asséchés, tout au long de la route allant de Dori à Déou (dans le sahel burkinabè, ndlr). Toutefois, le gros du cheptel a pu échapper à la mort, puisque les animaux ont migré très tôt cette année vers les pays voisins.

Quelle est, exactement, la durée de la période de transhumance?
En temps normal, la transhumance commence à partir de novembre ou décembre, voire février. A cette période, il n’y a presque plus de pâturage et la disponibilité en eau pour les animaux est rare. Mais, cette année, la transhumance a commencé  beaucoup plus tôt, c’est-à-dire vers octobre de l’année passée dans le sahel et de façon plus massive. Cela est un indicateur des difficultés d’alimentation et d’abreuvement du bétail. Ce mouvement périodique du cheptel a donc été très précoce. En mai/juin derniers, les bœufs affaiblis s’échangeaient entre 2000 et 4000 francs CFA. C’est dire combien la zone du sahel au Burkina a été durement touchée. Et sa population en a beaucoup souffert. L’insuffisance d'eau d'abreuvement et le niveau élevé des prix des céréales ont aggravé ces difficultés. Cette situation s’explique aussi par le fait que les éleveurs attendent jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus avoir de quoi manger, ni eux ni leurs bêtes, avant de vendre les animaux les plus malades, pour ne pas tout perdre.

La sécheresse de cette année est-elle la première du genre?
Cette année il n’y a pas eu de sécheresse au sens propre du terme, mais une insuffisance prononcée de pluie dans la région du sahel, qui a affecté la production agricole et le pâturage naturel.  Seulement, ce n’est pas la première du genre, car le pays a connu des périodes de sécheresse en 1973, 1984, 2004-2005 et les populations comparent leurs difficultés d’aujourd’hui, à celles de 2005, où elles ont été confrontées à des difficultés énormes pour s’alimenter. Il faut dire en fait que les ménages pauvres et vulnérables n’ont pas pu se relever de la mauvaise production de la campagne 2008-2009 et subissent encore un déficit de production pour celle de 2009-2010. Donc les ménages font face à deux chocs successifs.

A quel moment précis avez-vous ressenti l’insécurité alimentaire?
L’insécurité alimentaire s’est installée très tôt, vers mars/avril, car de nombreux ménages n’ont pas fait de bonnes récoltes, donc n’ont pas pu constituer de réserve alimentaire conséquente. D’où l’intervention de l’Etat (vente de céréales à prix social) et bien d’autres ONG comme Oxfam, pour soutenir les ménages qui ne disposent plus de céréales et de sous produits agro industriel (SPAI) pour les animaux.

Quelle est la situation actuelle dans ces régions fortement touchées par l’insécurité alimentaire?
Ma dernière mission au sahel s’est faite vers mi juillet. A cette époque, il pleuvait plus là-bas qu’à Ouagadougou. Les animaux revenaient de leur longue migration. Mais en raison de leur transhumance précoce, ils n’ont pas pu être vaccinés et le risque de maladies infectieuses, telle la pasteurellose, est à redouter. Mais une campagne de vaccination est en cours pour y faire face. D’une manière générale, les aires de pâture se sont reconstituées et présentent actuellement une abondance relative. Le niveau de remplissage des retenues d’eau est, dans l’ensemble, satisfaisant. A l’exception de la mare de Dori dont le niveau de remplissage se situe à moins de 50%, tous les points d’eau de la région  ont fait leur plein. La disponibilité des denrées alimentaires est assez bonne sur les marchés. Toutefois, le renchérissement de ces denrées rend difficile leur accès à des populations dont le pouvoir d’achat est très limité. Les prix oscillaient, en août, entre 16.200 F CFA et 22.950 F CFA de 100 kg pour le mil et entre 14.850 F CFA et 19.000 F CFA pour le sorgho. Les prix des bovins (en forme, c’est-à-dire non malades ou non affaiblis) sont en baisse de 3 à 39%, comparativement à la même période, l’année passée. Cependant, les inondations sont venues aggraver les pertes enregistrées sur le bétail qui continue d’être acheminé sur des charrettes pour des abattages d’urgence. La production de lait n’a pas encore repris dans la région, à cause surtout de la faiblesse des animaux. Par conséquent, pour disposer de lait caillé, les unités de transformation procèdent par transformation du lait en poudre.

Quelles ont été les actions concrètes de votre ONG?
Oxfam a bénéficié du soutien de l’office d’aide humanitaire de la commission européenne (ECHO), afin d’apporter un appui aux populations du Sahel affectées par l’insécurité alimentaire. En partenariat avec l’Association pour la gestion de l’environnement et développement (une ONG locale), nous avons mis sur pied des activités de Cash for work (ndlr, travail payant), à travers la réhabilitation de bas-fonds (125ha), de récupération de berges (40.000 plants mis en terre). Ce sont près de 2866 ménages qui ont bénéficié, chacun, de 22.500 FCFA pour l’achat de nourriture. Ainsi, 233 tonnes de Sous produit agro industriel (SPAI), ont été distribués à plus de 2 333 familles pauvres et vulnérables afin de sauvegarder une partie de leur bétail.

Qu’en est-il de la campagne de vaccination contre la pasteurellose?
Nous avons inclut cette activité dans nos projets. C’est ainsi que l’acquisition de 20 000 doses de vaccin a permis la vaccination de près de 10.000 têtes de petits ruminants contre la pasteurellose. Les cibles sont les ménages qui ont été touchés par l’opération de distribution du SPAI, à raison de 8 petits ruminants par bénéficiaire. Les sites de vaccination sont les zones à haut risque de contraction de la maladie. Nous avons choisi les petits ruminants car, ceux-ci sont considérés comme «animaux de pauvre» et leur vaccination n’est pas encore entrée dans les habitudes des populations. Hors souvent ils sont plus rentables que le gros bétail, au regard des prix sur les marchés. Cette action va certainement contribuer à la sensibilisation des bénéficiaires sur la nécessité à faire vacciner ce type d’animaux. Par ailleurs, le gros bétail (bovins) bénéficie  généralement de la campagne annuelle de lutte contre les pasteurelloses. Nous espérons que cette campagne débutera rapidement pour limiter le risque d’épidémie liée à cette maladie infectieuse, les animaux partis très tôt en migration, n’ayant pas pu être vaccinés.



 

 

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