Ce message de condoléances est adressé par le ministère burkinabè en charge de la Culture, à la famille de Christoph Schlingensief, promoteur du «Village opéra de Laongo», décédé des suites d’un cancer de poumons, le samedi 21 août 2010.
«Lors de la signature de la Convention et de la pose de la première pierre du Village Opéra de Laongo ce lundi 8 février 2010, Christoph SCHLINGENSIEF, Président de l’Association Festspielhaus Afrika, disait: «Je suis une pâle page blanche qui va au Burkina recevoir la lumière ».Il avait choisi notre pays pour réaliser son rêve, celui de créer un lieu de rencontre et de partage pour les artistes africains et européens, un lieu ouvert à toutes les ethnies, à toutes les formes d’art, un sanctuaire de la spiritualité et de la magie, un point d’ancrage entre le théâtre et l’Afrique, selon ses propres termes.
Cet homme aux multiples facettes et talents reconnus de par le monde entier, avait suscité beaucoup d’espoir pour tout un peuple, pour notre pays, pour l’Afrique, et son projet de Village opéra avait reçu l’aval des plus hautes autorités du Burkina Faso.
Après seulement quelques brefs séjours de courte durée dans notre pays, Christoph SCHLINGENSIEF avait tissé, grâce à ses qualités humaines exceptionnelles un puissant réseau d’amis et une foule d’admirateurs, tous plongés dans une profonde tristesse depuis l’annonce de sa disparition.
Christoph, en venant au Burkina Faso pour recevoir la lumière, nous a laissé une lumière éblouissante. Comme un éclair ou une étoile filante, il a illuminé les cœurs de tant d’artistes et d’hommes de culture, de tant de villageois, d’hommes et de femmes, de jeunes et de vieux, de chefs coutumiers et de simples citoyens.
Il nous a donné un témoignage vivace de sa fureur de vivre pour son prochain à travers la mise en œuvre de son paradigme de la mobilité, substituant au couple identité/sédentarité le couple altérité/mobilité.
L’implantation du village opéra à Laongo, sur une aire de 5 hectares offre de nombreuses illustrations de cette vision : le dynamisme de l’escargot qui se développe sans cesse ; le chemin bâti en spirale jusqu’à la quintessence de la création, juchée au sommet de la colline de Tambiyargo ; la formation et la diffusion artistique aux côtés d’un musée à ciel ouvert qui abrite les œuvres des plus célèbres sculpteurs sur granit au monde.
Christoph SCHLINGENSIEF, à travers son art et ses projets, a contribué au renforcement de la coopération germano-burkinabé et au foisonnement culturel burkinabé.
Il a su impliquer les autorités burkinabè et allemandes, les artistes et hommes de culture burkinabè à son travail, à travers le vaste chantier de Laongo qui nous unit et qui immortalisera sa mémoire.
L’espoir suscité par ce génie et la pertinence de son projet ont conduit le Gouvernement du Burkina Faso à accélérer le bitumage de la route Ziniaré-Boudtenga, l’adduction d’eau et l’électrification de la zone du site mais aussi à faciliter l’opérationnalisation du comité de gestion.
Aujourd’hui, le promoteur du "Village-opéra" de Laongo n’est certes plus, mais il nous a laissé un vaste chantier à bâtir : un complexe scolaire et artistique, une maternité, un opéra, un centre d’hébergement pour les artistes en résidence, un rêve à accomplir !
Au nom du Gouvernement et du peuple burkinabè et à mon nom propre, je présente à la famille éplorée, nos condoléances les plus attristées.
A travers ce message, tous mes collaborateurs et moi-même partageons pleinement la douleur de la famille SCHLINGENSIEF et exprimons notre profonde solidarité à la mère de Christoph et à son épouse Aino.
Je suis persuadé que Christoph est et restera pour toujours en chacun de nous, dans nos cœurs et pensées pour nous encourager et nous soutenir dans la poursuite de ce projet « village opéra » qu’il a porté de tout son cœur et de toutes ses forces jusqu’à son dernier soufle.
Ensemble, nous devons œuvrer à donner un nouveau souffle, une nouvelle vie à Christoph en parachevant ce projet qui immortalisera notre génie à Tambiyargo, ce lieu qu’il a trouvé exceptionnel et avec lequel il est en communion.
Que la terre lui soit légère!»