25mai2013

Mireille Virginie Zerbo: une cordonnière de charme

Avec son allure de garçon, Mireille Virginie Zerbo, appelée «Mimi la cireuse» par ses clients, est cordonnière et cireuse de chaussures. Elle est aussi infirmière brevetée et exerce, de temps à autre, ses connaissances dans ce domaine, lorsque l’occasion se présente, surtout dans sa famille et avec les connaissances…


Elle est toujours coiffée en garçon et affiche un sans-gêne déconcertant. Ce «look», Mimi l’a adopté depuis son enfance, parce qu’elle tenait à être comme son père. «Je voulais ressembler à mon père parce qu’on était toujours ensemble. Alors, j’ai commencé à me coiffer et à m’habiller comme lui», confesse Mireille Virginie Zerbo. Et les multiples tentatives de ses parents pour la dissuader n’ont guère entamé sa détermination.
Un jour, raconte-t-elle, alors qu’elle est partie cirer les chaussures de son père chez un cordonnier, un client est venu pour récupérer la paire qu’il avait laisséplus tôt pour réparation et cirage. Mais le cordonnier était absent et les chaussures n’étaient pas prêtes. Mireille Zerbo a donc proposé à ce cordonnier, un jeune homme qui opérait du côté du grand marché, en face du ciné Rialé, de devenir son apprentie. «Et comme je m’amusais déjà à cirer les chaussures de mon père, c’est devenu facile à gérer», indique-t-elle.

Après son apprentissage, «Mimi la cireuse» s’installe à son compte, dans l’enceinte de la Maison du peuple, où elle loue un hangar à 7 500 F CFA par mois. Du matin au soir, elle astique les chaussures des clients qui défilent dans le maquis qu’abrite cet espace populaire. A 100 F CFA la paire, elle engrange pas mal d’argent chaque jour. Avec ses revenus, sur lesquels elle reste très discrète – «je gagne au minimum 1 500 F CFA par jour», consent-elle à indiquer – Mireille Zerbo arrive à se nourrir et à payer ses loyers (atelier et domicile). Elle réussit même à faire quelques économies, et à envoyer un peu d’argent à ses parents, au village.

Des idées en tête

«Beaucoup de filles pensent que cirer les chaussures est un travail de garçon. C’est ce qui fait que je me retrouve seule à exercer ce métier au Burkina. Dans la sous région, on n’en voit pas tellement. Des ressortissants des pays côtiers m’ont confirmé qu’il n’existe pas assez de femmes exerçant ce métier chez eux», affirme «Mimi la cireuse».

A part frotter les paires de chaussures et administrer quelques soins infirmiers par-ci, par-là, Mireille Zerbo a d’autres projets en tête. Elle compte ainsi agrandir son local et former des filles qui pourront aussi se «débrouiller» comme elle. Elle compte aussi acheter du matériel de cordonnerie plus performant pour améliorer la qualité de son travail, qu’elle fait, jusque-là, exclusivement à la main. Pour elle, il n’y a pas de distinction à faire entre métiers de garçons, d’une part, et ceux de filles, d’autre part. Car, pour exercer un métier, quel qu’il soit, «il faut d’abord l’aimer, avoir la foi, le courage et la volonté».

© Fasozine N°23, Septembre-Octobre 2009

 

 

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