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Amadou Bourou: Le Molière des temps modernes nous a quittés!

A lui tout seul, Amadou Bourou incarnait le combat pour un théâtre professionnel au Burkina Faso. Il s’est, pour ainsi dire, sacrifié à l’art théâtral et reste, aujourd’hui, une référence de choix, notamment dans la conception chorégraphique pour de grands événements nationaux, comme le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco). Comédien, acteur de cinéma, metteur en scène et dramaturge, Amadou Bourou vivait pleinement sa passion, en dépit des vicissitudes de la vie. Jusqu’à ce qu’il rende son dernier souffle, dans la nuit du 8 janvier 2010…

 

Du jeune garçon qui aimait bien les séances de répétition théâtrale du lycée, les jours de repos, au professionnel de la scène qu’il est devenu, il a fallu beaucoup de travail et de volonté à Amadou Bourou. C’est grâce à un frère religieux, qui enseignait l’expression orale au collège de Tounouma, à Bobo-Dioulasso, qu’il attrape le virus du théâtre. «Ce frère nous expliquait avec beaucoup de passion, le sens, le poids et la nuances des mots», se souvient Amadou Bourou. Volontiers, il reconnaît que l’homme d’église a été pour beaucoup dans son orientation pour des études de lettres.

Dès lors, sa flamme pour le théâtre a brûlé de mille feux. Elle est même arrivée, à force de travail, à supplanter son amour pour les sports équestres, le vélo, le football et le saut en hauteur, pour lequel il passait pour une icône au collège de Tounouma. Si la pratique du théâtre était une affaire d’amateur pour le jeune collégien de la ville de Sya, elle prend une tournure encore plus sérieuse à l’université. En effet, le baccalauréat en poche, Amadou Bourou baigne, à l’université, dans l’ambiance d’un théâtre plus «professionnel», avec Prosper Kompaoré, future icône du théâtre burkinabè, comme maître de planches.

En tant qu’étudiant, qui dirigeait alors ses congénères, Prosper Kompaoré était déjà un modèle pour les férus de théâtre, de par son encadrement et son engagement bénévole. Après des représentations théâtrales avec la troupe de l’Université de Ouagadougou pendant des années, Amadou Bourou obtient une bourse et s’envole pour Paris, où il décroche, quelques années plus tard, une maîtrise de lettres. Il passe alors un test de recrutement à «Espace acteurs», une école de théâtre, où il fait connaissance avec les grands classiques du théâtre: Molière, Shakespeare…

De retour des études de théâtre en France, le jeune Bourou décide de renoncer à l’enseignement, auquel le destinaient ses études de lettres, pour se consacrer à l’art de la planche. Beaucoup de jeunes se rendent alors à l’évidence que le théâtre peut se pratiquer, non pas seulement comme un métier secondaire ou un divertissement, mais aussi et surtout comme une profession à part entière.

Bourou, l’Africain

Malgré son séjour de plusieurs années dans l’Hexagone et ses nombreux déplacements en Occident, Amadou Bourou tient à souligner son africanité. A 48 ans, ce metteur en scène, comédien et dramaturge avait toujours l’Afrique dans la peau. «J’ai exploré les profondeurs de l’art africain et j’ai allié ce que j’ai trouvé avec les fondements du théâtre classique occidental», confie l’ex-étudiant de la Faculté de lettres de l’Université de Ouagadougou, lorsqu’on l’interrogeait sur le métissage des genres qui transparaît dans ses représentations théâtrales.

Amadou Bourou a ainsi beaucoup travaillé sur le conte et le chant à l’université, tout comme à l’Ecole des arts, à Paris, où il a passé deux années à étudier les fondements du théâtre occidental. Pour le «Vieux Bourou», comme l’appellaient affectueusement les jeunes acteurs de théâtre, «le théâtre est un art complet. Le théâtre africain encore plus, car il peut s’enrichir de son riche et long patrimoine oral».
Les rapports du responsable de la Compagnie Feeren, créée en 1991, dès son retour, sont au beau fixe avec les autres acteurs du monde théâtral. «Chaque acteur du domaine a sa touche personnelle, qui enrichit l’univers théâtral burkinabè. N’en voulons pas aux jeunes, les réalités que nous connaissions à l’époque sont différentes de celles d’aujourd’hui. Ils font avec leur époque et j’estime qu’ils ne sont pas nuls», confiait-il.

Si ce féru de théâtre a l’Afrique dans la peau dans ses conceptions théâtrales, il garde tout autant son continent dans le cœur, formant, avec la Française Nelly, son épouse, une famille pétrie des valeurs sociales, d’hospitalité, de respect de la personne humaine, si prisées sur la terre de ses ancêtres. Ce n’est donc pas un hasard si ses enfants – les deux métis qu’il a laissés – se prénomment respectivement Sokoura et Sanankamory. Des prénoms à la résonnance et au contenu éminemment africains…

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