Rien ne prédestinait Jeanne Traoré à une carrière politique. Bien au contraire, elle confesse qu’elle avait une sainte horreur du milieu. Mais, depuis le 5 octobre 2008, date à laquelle elle a été portée à la tête du Parti pour la renaissance nationale (Paren), elle se sent pousser des ailes…
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Elle ne se rappelle plus exactement la date de son engagement politique. Elle sait seulement que son envie de descendre dans cette arène est née lorsqu’elle a pensé qu’elle «pourrait faire mieux» que de gérer «sa petite vie». Et puis, ses contacts et ses activités ont fait le reste. A l’époque, le professeur Laurent Bado, qui ne s’était pas encore engagé dans la politique, parcourait les lycées et collèges du Burkina pour donner des conférences. Jeanne Traoré, qui enseignait le français est séduite. «C’est à ce moment que j’ai connu l’homme et ses idées, qui me semblaient logiques, justes et pleines de vérité», confesse-t-elle. Aussi, lorsque le professeur décide de fonder le Parti pour la renaissance nationale (Paren) en 1999, Jeanne Traoré embarque dans «l’aventure» avec lui.Elle atterrit donc dans le parti comme militante de base et, très vite, elle se retrouve dans l’organe dirigeant de cette formation politique. Elle participe même à la relecture et à l’amendement des textes fondateurs du parti, grimpe rapidement les échelons et se retrouve au poste de secrétaire à la solidarité nationale. «De par ma conviction et mon engagement, j’ai été tout de suite cooptée au plus haut niveau du parti. J’ai été cooptée pour faire partie du secrétariat permanent», témoigne-t-elle. Elle restera à ce poste, jusqu’à son élection à la tête du Paren, début octobre 2008.
Depuis, Jeanne Traoré, seule femme qui dirige un parti politique représenté à l’Assemblée nationale, sent une lourde responsabilité peser sur ses épaules. «Je ne suis pas prétentieuse, mais je sais que tous ceux qui savent qu’au Burkina, il y a une femme à la tête d’un parti politique vont suivre ce qui se passe», fait-elle remarquer. Et, déjà , quand elle distille ses vérités, on croirait entendre Laurent Bado, son mentor. Toutes choses qui tranchent avec la vie sage et rangée qu’elle menait avant.
Née à Dinkéna (province des Banwa), Jeanne Traoré est l’aînée d’une famille «africaine» (c’est elle qui le dit) de dix enfants. Elle pense avoir eu beaucoup de chance dans son enfance: «J’aurais pu, comme beaucoup de mes sœurs, rester analphabète. Mais j’ai eu la chance d’être recueillie par une tante, mariée à un fonctionnaire. Ce sont eux qui m’on mise à l’école. Depuis lors, j’ai décidé de me battre pour la scolarisation des jeunes filles». La suite de son enfance se déroulera tranquillement entre sa famille d’adoption et ses études, chez les religieuses des collèges de Tounouma, à Bobo-Dioulasso, et de Kologh Naaba, à Ouagadougou.
Et c’est un peu par hasard qu’elle devient enseignante de français. En effet, après son baccalauréat, en 1980, elle avait plutôt opté pour des études d’économie sociale et familiale, à Dakar, au Sénégal. Mais ce pays ayant annoncé qu’il ne pouvait pas recevoir d’étudiantes dans cette matière, Jeanne Traoré et ses camarades prennent la direction de la Côte d’Ivoire pour… un séjour de courte durée. «Après le coup d’Etat du Comité militaire de redressement pour le progrès national du colonel Saye Zerbo, nous avons été rapatriées en train», explique-t-elle.
La quasi-totalité des universités de la sous région, sauf le Bénin, avaient déjà effectué leur rentrée. Pour ne pas passer une année blanche, Jeanne Traoré s’inscrit alors en Lettres. Après la licence, elle devait entamer des études de journalisme. Mais comme une révolution venait d’éclater au Burkina, elle hésite et décide finalement d’achever ses études de lettres par une maîtrise. «Je me suis dit qu’en tant que journaliste sous la révolution, j’allais être obligée de faire de la propagande», explique-t-elle. A son retour du Bénin, elle commence une tranquille carrière de professeur de lettres. Aujourd’hui, inspectrice de l’enseignement, elle s’efforce, entre deux réunions, de prendre soin de Guy Martial, son fils, et de Victorien Traoré, son mari.
© Fasozine N° 18, Novembre-Décembre 2008
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