Côte d’Ivoire: Gbagbo trouble le sommeil de Alassane Ouattara
- Post 13 juin 2012
Une tentative de coup d'Etat, visiblement très avancée dans sa conception à en croire le ministre ivoirien de l'Intérieur, a été déjouée. Comme Sisyphe, la Côte d'Ivoire continuera donc de rouler sa pierre de violences et d'instabilité au sommet, depuis la disparition de Félix Houphouët Boigny, le 7 décembre 1993. Le père de l'indépendance ivoirienne qui a laissé derrière lui, un pays de paix, de stabilité et même d'hospitalité, a de quoi se retourner dans sa tombe.
Si certains reprochent au «Vieux» son long règne (plus de 30 ans) sans avoir véritablement assuré son départ de ce monde, il faut reconnaître que Nana Houphouët a été inhumé avec ce secret qui faisait de la Côte d'Ivoire un eldorado et un havre de paix. Le pays à connu son coup d'Etat. Il est passé par la case guerre civile et celle des violences postélectorales avec ses milliers de morts et de destruction du tissu socioéconomique. Pire, le pays, triste privilège, est le premier à avoir fourni à l'appétit vorace de la CPI, son premier ancien chef d'Etat comme gros poisson. C'est certain, les conséquences de ce coup d'Etat étouffé dans l'œuf, seront désastreuses pour une Côte d'Ivoire qui titube encore sur les chemins de la réconciliation nationale, restructure son armée et essaie en même temps de reconquérir sa place de locomotive économique de la sous-région. Comme si cet acte attribué aux pro-Gbagbo ne compliquait pas assez la situation de la Côte d'Ivoire, des vies ont encore été fauchées à l’Ouest du pays, à la frontière libérienne. Depuis la semaine dernière, troupes gouvernementales et Casques bleus ne savent plus à quel saint se vouer.
Tout a d’ailleurs commencé avec la mort de sept soldats de l’Organisation des Nations unies (ONU), un militaire ivoirien et deux civils. Si la mission spéciale de l’ONU à Abidjan hésite à porter le doigt accusateur vers des «groupes armés proches de l’ex-président Laurent Gbagbo et entraînés au Libéria», le gouvernement ivoirien a franchi le pas.
Mais il ne semble pas encore maîtriser la situation. Du moins pas totalement, puisque le décompte macabre continue. Deux civils ont été tués en début de semaine au sud de la ville de Taï. Par qui? «Des assaillants non identifiés». La même rengaine donc. Le trouble est total. L’angoisse aussi. Surtout celles des populations obligées de fuir vers des lieux plus sûrs. Malgré la présence de l’arsenal visible et camouflé des Casques bleus en renfort de l’Armée régulière ivoirienne, il semble toujours difficile d’identifier ces «assaillants» qui sèment, une fois encore, la mort à l’Ouest de la Côte d’Ivoire.
Quand on sait que cette région n’a pas encore fini de faire le deuil des milliers de morts de la crise postélectorale de décembre 2010, on se demande où va la Côte d’Ivoire. En tout cas, il y a de quoi troubler le sommeil du président Alassane Ouattara, qui doit déjouer des coups d'Etat, affronter des rebelles dans l'ouest qui devient de plus en plus un far west, et avoir un oeil sur le Mali et la Guinée Bissau, en tant que président en exercice de la Cedeao. Difficile de ne pas s'inquiéter pour la Côte d'Ivoire. Et sérieusement.
