Guinée: éviter la chasse aux sorcières
- Post 21 juillet 2011
Soixante-douze heures après la «tentative d’assassinat» de son président, la Guinée-Conakry vit au rythme d’une certaine suspicion. Les fins limiers de la sécurité présidentielle sont à la recherche des «têtes brûlées» qui ont osé attenter à la vie du chef de l’Etat, en vue de mettre ainsi un terme à la renaissance de la démocratie dans ce pays. Mais il y a de quoi s’inquiéter pour la paix sociale et la stabilité politique de ce pays lorsque la traque s’oriente un peu trop vers l’opposant et ancien candidat à la présidentielle, Cellou Dalein Diallo.
Certes, aucune piste ne doit être écartée a priori dans cette affaire d’atteinte grave à la sûreté de l’Etat. Mais il faut craindre néanmoins que la recherche des coupables ne se transforme en une diabolisation des adversaires politiques. On peut en effet se demander si le fait d’arrêter le gendre de Dalein Diallo, de le relâcher puis de perquisitionner la résidence de sa fille ce jeudi matin n’est pas le signe d’une certaine frilosité de l’Armée guinéenne.
En tout cas, en pointant également un doigt accusateur vers les militaires proches de l’ex-chef de la junte militaire au pouvoir, Moussa Dadis Camara, et de son successeur, Sékouba Konaté, les enquêteurs semblent jeter de l’huile sur le feu. La tension sociale et politique de ce lendemain d’attentat manqué n’augure donc pas de la sérénité sur les bords du fleuve Djoliba. Ce serait vraiment dommage que cette parenthèse malheureuse bascule la Guinée dans une spirale de méfiance exacerbée, voire de violences. Une telle situation ne sera pas faite pour arranger la présidence d’Alpha Condé, dont le début paraît déjà morose pour l’opinion nationale et internationale.
