«Affaire des 36 millions»: vite, une enquête!
- Post 12 janvier 2012
- By Morin Yamongbè
C’est l’affaire dans l’affaire! Et qui en cache sans doute bien d’autres. Depuis quelques jours, après le tollé général occasionné par ce qu’il est désormais convenu d’appeler l’«Affaire du DG des Douanes», voilà qu’une nouvelle histoire de «36 millions de francs CFA» défraie la chronique au «pays des Hommes intègres». Une histoire? Pas exactement, puisque c’est notre confrère San Finna qui a levé cette fois-ci le lièvre: une ancienne ministre a été refoulée d’une banque avec sur les bras les 36 millions de francs CFA qu’elle a tentés d’y déposer.
Là, on s’arrête une minute et l’on dit: «Bravo, en voilà une autre qui sera prise dans les rets de la moralisation de la vie publique? Bravo à cette banque qui a eu le courage de refuser de l’argent soupçonneusement sale!?» Même si l’on peut logiquement se demander comment cette «sale affaire» a pu «fuiter» de cette auguste institution bancaire. Où est donc passé le sacro-saint respect du secret bancaire? Mais passons, puisque le secret est déjà dehors, donnant des migraines à tous ceux et celles qui ne savent plus ni où, ni comment caser leurs incomptables billets de banque, qu’il auraient peut-être encasernés chez eux ou terrés dans les planques qu’il croyaient sûres et inviolables. Là, c’est un autre débat…
En attendant, l’une des femmes ministres du précédent gouvernement de la République a commis l’imprudence de se présenter dans une banque avec beaucoup de millions de francs CFA, qu’elle voulait faire créditer sur son compte personnel, arguant qu’elle a reçu quitus de l’association à laquelle appartient le pactole d’agir ainsi. Elle jette ainsi un voile opaque de suspicion sur ses paires de l’ancien gouvernement. Comme on le dit trivialement, «un âne a mangé la farine et le museau de tous les autres est devenu blanc»! Elles sont en effet cinq femmes ministres à être débarquées des affaires - en même temps que tout le gouvernement, dissous par le président du Faso, faut-il le rappeler - suite à la crise socio-militaire qui a secoué le Burkina Faso au cours du premier trimestre de la défunte année 2011. Et puisque l’on tait encore le nom de la porteuse des 36 millions de francs CFA, chacun n’y va pas moins de ses certitudes et arguments, prétendant détenir la vérité.
Qui donc a fait ça? «Tout le monde connaît le nom de la grand-mère, mais on l’appelle pourtant yaba», ainsi que l’enseigne un adage bien de chez nous. Seulement, nos démarches auprès de la banque concernée par cette affaire ayant été infructueuses – euh, secret bancaire oblige! - nous ne révélerons pas ici l’identité de la présumée innocente. A l’étape actuelle des faits, il faut savoir raison garder et attendre l’administration de preuves tangibles. Si rien ne prouve que l’argent qu’est allée «sécuriser» l’ex-ministre est mal acquis, rien ne prouve non plus, pour l’instant, le contraire. Surtout en ce moment où le Burkina Faso nage dans une affaire de milliards de francs CFA découverts dans des cantines aux origines encore douteuses.
A notre humble avis donc, la justice devrait à présent se saisir de cette nouvelle «affaire», diligenter une enquête en bonne et due forme qui devrait être facilitée par le fait que la banque indiquée est connue de tous et ne se trouve pas à Honolulu! Qui plus est, cette démarche aura un triple avantage. D’abord, elle fera la lumière sur ce dossier; ensuite, elle balayera la suspicion qui plane encore confusément sur «toutes» les femmes du gouvernement précédent; enfin, cette démarche redonnera à la justice une bonne partie du crédit qu’elle a perdu auprès des justiciables.
