Les femmes houphouétistes n’entendent plus se laisser duper par le jeu flou de Laurent Gbagbo, qui se refuse obstinément à aller à l’élection présidentielle. Seront-elles plus déterminées que les hommes du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et le progrès (RHDP), qui n’arrivent pas à contraindre le locataire «anticonstitutionnel» du Palais de Cocody à passer par la voie des urnes, depuis que son mandat est arrivé à expiration, il y a bien longtemps? Rien n’est moins sûr, car, visiblement, tant que Gbagbo ne le voudra pas, ou du moins ne sera pas certain de la gagner, cette présidentielle restera une arlésienne.
Après s’être débarrassé de ministres indésirables et de la Commission électorale indépendante (CEI) estampillée Robert Beugré Mambé, la dernière trouvaille du président ivoirien pour retarder le premier tour de l’élection présidentielle est de passer, une fois de plus, par les «jeunes patriotes» pour exiger la décapitation de tous les démembrements locaux de la CEI. Et après avoir déglingué tout le dispositif organisationnel des élections, le «refondateur en chef» sortira encore de sa botte secrète des arguments du genre «le nécessaire désarmement des ex-rebelles». Bien entendu, l’opposition manifestera et obtiendra quelques concessions de la part du pouvoir, mais probablement pas de date pour le scrutin. Du reste, même quand elle est trouvée… l’introuvable date de la présidentielle va de report en report. Et ce n’est pas pour déplaire à Guillaume Soro, l’ex-chef des rebelles propulsé Premier ministre par l’Accord politique de Ouagadougou, qui ne sait pas encore à quelle sauce il sera mangé, s’il est dépouillé de son armure de patron du gouvernement. En tout cas des comptes lui seront sans aucun doute demandés par ses anciens compagnons de maquis, sans oublier qu’il pourrait être amené, par le même Gbagbo, à répondre devant un tribunal pour «crimes de guerre». Ne dit-on pas que «la vengeance est un plat qui se mange froid»?
En attendant, Gbagbo vient de sonner le tocsin de la lutte contre les délestages en électricité qui affectent la Côte d’Ivoire et son économie depuis quelques mois. Dans un discours à la nation très solennel, le chef de l’Etat ivoirien, avec un masque de circonstance, tout en déplorant ces longues coupures de courant, n’a pas manqué de promettre à ses concitoyens, un retour rapide à la normale, pour cette situation inédite au pays de Houphouët-Boigny. Une fois de plus, Gbagbo a joué les opportunistes et à cherché à faire diversion alors qu’il est plutôt attendu sur le terrain glissant de l’organisation des élections.
Mais les femmes du RHDP ne semblent pas se contenter de ces promesses «électriques», qui n’avaient pas besoin de prendre les formes grandiloquentes du discours à la nation. Elles veulent une date pour l’élection présidentielle qui, comme une ligne d’horizon ne cesse de reculer. «Nous voulons qu’on nous donne une date précise. Et nous précisons que nous n’accepterons plus jamais un autre report des élections», ont dit ces Ivoiriennes à Young-Jin Choi, le représentant du Secrétaire général des Nations unies en Côte d’Ivoire. Seront-elles entendues, afin qu’une pression supplémentaire soit mise au pouvoir d’Abidjan, lors de la réunion du Conseil de sécurité de l’Onu, le 17 mars prochain? «Question fra», comme on le dirait à Abidjan, pour dire qu’on se trouve en face d’une terrible inconnue.
Â
| Commentaires |
|


