Le vote de la peur, haine, intolérance, insulte, coup porté à la liberté de la religion, oppression d’une religion, etc. Des responsables politiques ou religieux, tout comme la presse, à travers le monde, n’ont pas eu de mots et d’expressions assez durs pour condamner les résultats du référendum helvète sur l’interdiction des minarets. Sans dénier aux Suisses le droit d’opérer le choix de la route qui les mènera à Dieu, on peut tout de même, en tant qu’Africain et surtout Burkinabè, s’interroger sur le bien-fondé de cette option.
En effet, au moment où la Confédération helvétique bannissait l’érection des minarets, Mgr Philippe Ouédraogo, l’archevêque de Ouagadougou, au Burkina, assistait religieusement à la grande prière de l’Aïd-el kébir, aux côtés de ses «frères musulmans». Et il en a toujours été ainsi, dans la voie claire de la tolérance interreligieuse, optée par les Africains. Dans presque tous les évènements qui concernent les musulmans, les chrétiens sont associés, et vice-versa. Mieux, enracinée depuis la nuit des temps dans la pratique du syncrétisme religieux, qui permet d’être aussi à l’aise dans un temple vaudou qu’à l’église ou sous un… minaret pour louer le même et unique Créateur, l’Afrique conçoit difficilement cette attitude de rejet de l’autre, cette islamophobie qui ne dit pas son nom.
Certes, on peut comprendre que l’amalgame entre l’Islam et le terrorisme, savamment entretenu par certains pour des intérêts inavoués, ait fait ses preuves. Mais cela ne saurait conduire à cette intolérance coupable, qui pourrait même s’avérer dangereuse par la suite pour la Suisse. On peut aussi se dire que les problèmes entre la Libye et la Suisse, engendrés par l’arrestation épisodique de Hannibal Kadhafi et de son épouse à Berne, a joué sur cette vox populi. Mais de là à rejeter toute une communauté religieuse, il y a un une frontière que les Suisses n’auraient jamais dû franchir.
S’il faut tout de même reconnaître la sincérité des Suisses qui ont osé extérioriser ce sentiment de rejet enfoui dans les esprits de bien de personnes, il faut cependant craindre les effets pervers de cette expression ouverte et populaire. Les parias de la religion pourraient bien se radicaliser car, en Afrique, on dit tout aussi ouvertement, que «cabri mort n’a plus peur du couteau». Que deviendra le monde, si la religion, le dernier rempart contre la haine et le racisme, est soumise elle aussi à la bêtise humaine? Il importe de rectifier le tir pendant qu’il est encore temps, car la religion a pour pilier fondamental, le pardon.
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