Les jours et semaines à venir n’augurent rien de bon pour le Liberia. Du moins, on a des raisons de s’inquiéter au sujet de la tournure que pourraient prendre les choses dans ce pays, notamment sur le plan sociopolitique. A force de souffler le chaud et le froid, Winston Tubman, le dirigeant du principal parti de l’opposition, a sans doute réussi à faire danser à nouveau les vieux démons, au moment où la longue crise postélectorale de la Côte d’Ivoire voisine reste très présente dans les esprits.
On avait pensé que ce serait l’élection de la paix et du renforcement de la démocratie dans le premier indépendant de l’Afrique noire. Eh bien, il n’en est rien! La réélectionion d’Ellen Johnson Sirleaf, première femme démocratiquement élue chef d’Etat dans un pays africain, tourne au scénario-catastrophe. Contestés dès le lendemain du premier tour de cette élection présidentielle post-guerre civile, les résultats de ce scrutin censé réconcilier davantage les Libériens restent une pomme de discorde entre l’actuelle tenante du pouvoir et vainqueur, et l’opposition. Une opposition plutôt versatile, qui boycotte le second tour du scrutin, prône malgré tout la coopération avec la présidente élue, et qui fait volte-face le lendemain, qualifiant l'élection de Mme Sirleaf de «farce politique de premier ordre».
Que veut donc concrètement Winston Tubman, qui annonce une manifestation, pour accompagner les funérailles de sympathisants de l'opposition tués à la veille du second tour de la présidentielle, après avoir rejeté l'élection à la présidence d'Ellen Johnson Sirleaf et réclamé un nouveau scrutin? «Nous estimons que tout doit être annulé et qu'un nouveau scrutin doit être organisé avant un mois. Nous n'allons pas reconnaître la pseudo-victoire de Mme Sirleaf», a-t-il posément assuré. Mais alors, à quoi rime le large rassemblement qu’il compte réunir à Monrovia, après avoir estimé qu’il pouvait donner une chance à la paix et à la main tendue de la «Dame de fer» du Liberia? Manifestement, la boussole du Congrès pour un changement démocratique (CDC) s’amuse gravement à jouer au yo-yo, au moment où il faut «se ceindre les reins comme un vaillant homme», transcender ses rancœurs et construire la paix et la solidarité nationale.
Cette nouvelle posture du challenger d’Ellen Johnson Sirleaf à la dernière présidentielle libérienne, qui avait finalement décidé de ne pas se présenter devant les électeurs au second tour du scrutin, le 8 novembre dernier, n’est pas pour apporter la sérénité dans les débats dans ce pays tellement meurtri par des années de guerre civile. Et l’on peut légitimement se demander ce qui s’est passé, en l’espace de 24 heures, entre le «Nous devons trouver un moyen de travailler avec elle et je pense que cela n'est pas insurmontable», et la brutale remise en cause de cette bonne disposition, le lendemain.
Au-delà des bisbilles politiques, des calculs politiciens et de la contestation, juste ou déraisonnée des résultats de ce scrutin qui confirment finalement Mme Sirleaf, déjà auréolée de son titre de Nobel de la paix, à son poste de présidente du Liberia, il faut savoir raison garder pour éviter un drame plus grand à ce pays. Là-dessus, la Côte d’Ivoire est encore là pour nous enseigner qu’il est toujours préférable de régler toute crise postélectorale par des voies pacifiques plutôt que par une épreuve de force à multiples inconnues.
Il y a donc lieu d’éteindre, dès à présent, les feux ravageurs de la division et de l’affrontement qui s’annoncent au Liberia. Ce serait en effet très dommageable pour ce pays et ses habitants, mais aussi pour ses voisins et pour tout le continent, que le dialogue et la raison n’aient pas raison de la violence et des esprits va-t-en guerre. Il est plus que temps de vaincre la fatalité, de tourner la page et de s’investir pleinement, et en tout cas plus conséquemment, sur les sentiers du développement, de la sécurité et de la paix. Non pas seulement au Libéria, mais partout ailleurs sur le continent.
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