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Liberia: solder définitivement les comptes de la guerre dans les urnes

Juste après le Cameroun, où les électeurs ont été appelés aux urnes le 9 octobre dernier pour départager Paul Biya, au pouvoir depuis 29 ans, et ses nombreux vrais-faux challengers, le Liberia a replongé le continent africain dans une nouvelle élection présidentielle à enjeux multiples. Le scrutin présidentiel s'est joué en effet, dans ce pays, ce 11 octobre 2011, pour renforcer un processus démocratique plutôt jeune après des années de guerre civile.

Aura lieu, aura pas lieu, on se perdait récemment encore en conjectures sur la tenue effective de l’élection présidentielle libérienne. Le scrutin s'est bel et bien tenu ce 11 octobre 2011. La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a nommé, à l'occasion, le professeur Attahiru Jega, président de la Commission électorale nationale indépendante du Nigeria (Inec), à la tête d’une mission d’observation de 150 membres chargée de superviser cette deuxième élection d’après-guerre. D’ailleurs, la CEDEAO en est convaincue, cette consultation présidentielle constituera «un baromètre pour mesurer les progrès réalisés par ce pays». Aussi, pense-t-on au niveau de cette instance d’intégration ouest-africaine, que le succès du scrutin «témoignera de la maturité démocratique et renforcera davantage la réconciliation nationale».
L’élection présidentielle libérienne est donc assurément l’un des rendez-vous électoraux majeurs du continent, à surveiller comme du lait du feu, au moment où l’on écrit toujours l’épilogue de la longue et sanglante crise postélectorale de la Côte d’Ivoire voisine, entre l’indispensable alchimie de la réconciliation nationale et la délicate mission de salubrité judiciaire et sécuritaire. Un rendez-vous clé de l’histoire de ce pays tant martyrisé et qui a vu plus de 1,7 million d’électeurs choisir leurs futurs dirigeants lors de la présidentielle et des législatives. Une façon bien éloquente de tourner une fois encore (définitivement?) la page sombre de son passé douloureux. C’est sans doute pour relever le défi sécuritaire de ce scrutin majeur que le Burkina Faso a décidé de dépêcher, sous mandat de la CEDEAO, 140 gendarmes au Liberia pour aider la police de ce pays dans cette tâche. Il faut donc espérer que la bonne tenue de l’élection, depuis son organisation jusqu’à la proclamation des résultats suffise d’elle-même pour barrer la route aux vieux démons.

De fait, en plus de tenir le pari de réussir ce rendez-vous d’espoirs et d’espérance, les élections générales libériennes, et surtout l’élection présidentielle, constituent un nouveau défi pour Ellen Johnson Sirleaf, première et unique femme à occuper la magistrature suprême sur le continent et qui figure désormais dans le cercle très convoité des Prix Nobel de la paix. En piste pour un second mandat de cinq ans, cette femme de 73 ans, portée à la tête de l’Etat libérien en novembre 2006, compte bien rempiler pour perpétuer, un temps encore, sa présence bien féminine dans le cercle des têtes couronnées exclusivement masculines de l’Afrique. Diplômée d'économie de l'Université de Colorado en 1970 et titulaire d’un master en Administration publique de l'Université Harvard en 1971, Ellen Johnson-Sirleaf est également membre de Alpha Kappa Alpha Sorority Incorporated, une organisation à action sociale, «la première sororité créée en 1908, bâtie par des femmes noires et leur étant destinée». Son expérience du pouvoir et sans doute cette «exception féminine» qu’elle incarnera à jamais plaident encore en sa faveur, au point qu’on la considère volontiers comme la favorite du scrutin, parmi la quinzaine de candidats déclarés. 
Pour y parvenir, il faudra cependant à la «Dame de fer» du Liberia -autre enjeu de ce scrutin- refaire peut-être et d’une certaine façon le match de 2006 contre le très populaire George Weah, virevoltant footballeur de son époque, qui ne semble pas avoir complètement digéré son échec d’il y a cinq ans. Idole des jeunes et véritable icône dans son pays, l'ancien footballeur se présente sous les couleurs du Congrès pour le changement démocratique (CDC), en tant que candidat au poste de vice-président. On n’oublie pas que lors du précédent scrutin, «Mister George» a échoué de peu au second tour, capitalisant toutefois 40,4% des voix. Reste à savoir si ce poids électoral non négligeable d’il y a cinq ans suffit, en plus de sa notoriété acquise sur les terrains de football et de son grand charisme, à le propulser, cette année, dans les hautes sphères du pouvoir politique de son pays.

Cependant, cette seconde élection présidentielle de l’ère post-conflit intervient dans une certaine indifférence. Les électeurs ont plutôt boudé le référendum du 23 août dernier, où ils étaient appelés à arbitrer quatre amendements à la Constitution du pays. Seuls 34,2 % d’entre eux s’étaient alors rendus aux urnes, tandis que les principaux aménagements proposés ne les ont guère séduits. Un coup de semonce qui fait monter le mercure des inquiétudes dans le thermomètre de la sérénité du scrutin présidentiel chez certains analystes et observateurs. D’autant que c’est faute d’avoir obtenu la ratification de l’amendement qui proposait de reporter la consultation au 8 novembre que celle-ci doit se tenir ce 11 octobre. Si fait qu’à la mi-septembre, on était encore sceptique quant à la tenue effective du scrutin. De plus, l’échec du référendum d’août dernier a placé la Commission électorale dans une posture inadéquate. Elle se doit donc de se racheter, notamment par un surcroît de crédibilité et d’efficacité, en faisant de ces élections générales, un moment démocratique fort, non seulement pour le pays, mais aussi pour le continent.
 Avec ces élections, le Liberia pourrait solder définitivement les comptes de la décennie de guerre et d’horreurs qu’il a vécue, dans les urnes de la démocratie et de la paix.

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