C’est sans conteste le bras de fer entre le chef de l’Etat béninois, récemment réélu dès le premier tour de l’élection présidentielle du 13 mars dernier, et les centrales syndicales de son pays. En montant vigoureusement au créneau à la veille de la grève de 72 heures décrétée par les syndicalistes pour réclamer, du 14 au 16 juin 2011, de meilleures indemnités salariales, Thomas Boni Yayi montre qu’il tient à rompre avec la fatalité de la paralysie de l’administration publique. Mais réussira-t-il à faire plier les syndicats?
Le chef de l’Etat béninois a donc pris le parti de s’adresser à la nation le lundi 13 juin, à la veille d’un arrêt collectif de travail de 72 heures, avec possibilité de tacite reconduction, décrété par la Coalition des organisations syndicales de l’administration publique (Cosynap). Visiblement très remonté contre les syndicalistes, dont il juge les revendications «inadéquates et contraires à la démarche légale prescrite en la matière», Boni Yayi a martelé qu’il est «quasiment impossible d’y donner suite». A l’appui de son verdict, des données très économiques sur la masse salariale et cette cruelle réalité qu’on ne saurait étirer à l’infini les possibilités financières de l’Etat.
«Le ratio masse salariale/recette fiscale va passer à près de 50% contre 35% qui constituent la norme», a notamment précisé le président béninois, banquier de formation. Ce faisant, a-t-il poursuivi, «nous prenons le gros risque de nous rendre peu crédibles et de nous mettre en porte-à-faux avec les partenaires techniques et financiers qui nous appuient à travers le programme économique et financier négocié avec le Fonds monétaire international, lequel a marqué sa désapprobation pour les mesures prises suite aux dernières négociations».
De fait, au-delà de ces démonstrations purement économiques et «diplomatiquement correctes», l’attention s’est beaucoup plus portée sur la partie de l’adresse du chef de l’Etat béninois qui menace implicitement les fonctionnaires grévistes de lourdes conséquences: «J’ai décidé, sans remettre en cause la liberté syndicale, de mettre un terme au désordre. C’est pourquoi, tous les ministres ont été instruits de relever dès le mardi matin à 8 heures, les noms de tous ceux qui ne seront pas à leur poste de travail. Ces derniers auront ainsi pris leurs responsabilités, et je prendrai les miennes.» Une menace sans équivoque, qui sonne le requiem de nouvelles négociations possibles et qui met vraisemblablement dos à dos, les protagonistes de cet énième soubresaut social au «pays du vaudou».
Au lendemain de cette sortie toute présidentielle de Boni Yayi, on peut donc se demander qui, de l’Etat et des fonctionnaires, a pris l’avantage psychologique dans ce qu’il est bien convenu d’appeler désormais un bras de fer. Selon certaines agences d’information, «plusieurs administrations publiques, comme celle de l’Agriculture, du Plan, des Affaires étrangères et de l’Intégration africaine, du Commerce et de la Décentralisation sont restées fermées». Cela augure-t-il du durcissement du mouvement des grévistes, qui jugent discriminatoires les avantages financiers accordés par le gouvernement aux agents du ministère de l’Économie et des Finances, malgré la menace présidentielle? A contrario, l’arme ultime de la grève sera-t-elle payante dans cette nouvelle escalade?
Il y a sans doute intérêt, pour le bien national, que chacun retrouve une plateforme minimale de raison et de justice, qui permette de sauver la face. En attendant, le chef de l’Etat béninois a décidé de mettre un terme aux grèves intempestives dans son pays, et l’on peut bien se demander s’il y parviendra par la force.
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