C’était le 28 août 1963. Ce jour-là, un pasteur noir, apôtre de la non-violence, avait osé esquisser son rêve, dans cette Amérique des contrastes et des restrictions. Je rêve, avait dit Martin Luther King, qu’un jour, «au fin fond de l’Alabama, avec ses racistes pleins de haine, avec son gouverneur dont les lèvres distillent les mots «interposition» et «nullification» – un jour, même là, en Alabama, les petits garçons noirs et les petites filles noires pourront mettre leur main dans celle des petits garçons blancs et des petites filles blanches, comme frères et sœurs.» Plus de quarante ans après, on voit, dans l’élection de l’Afro-Américain Barack Obama à la présidence des Etats-Unis, comme une concrétisation de ce rêve.
Non, ce n’est ni de Barack Obama, ni de Martin Luther King, encore moins du rêve américain dont je voudrais parler ici. Mais plutôt, du rêve africain. Au lendemain de la visite du premier président noir de la première puissance mondiale en Afrique noire, et par-delà les commentaires qui foisonnent déjà sur son discours «historique», prononcé devant le Parlement ghanéen, quelle est la part des responsables politiques et des citoyens africains pour que ce continent prenne enfin sa destinée en mains? Surtout en ces temps où, faisant écho aux regroupements qui se renforcent sur les autres continents, les «Etats-Unis d’Afrique» sont toujours à la recherche de leur mode d’emploi? Y a-t-il un rêve africain et si oui, comment le concrétiser et dans quels délais le concrétiser?
Ces questions-là semblent préoccuper certains panafricains, au nombre desquels le Franco-Malien Tidjani Tall, «expert en stratégie et en marketing, basé à Dubaï», qui propose, rien de moins qu’un super continent avec quatre super-Etats, pour, dit-il, «réparer l’Afrique une bonne fois pour toutes». Tout en se défendant d’être un «donneur de leçons à distance», le rêve d’Afrique de Tidjani Tall, est de redessiner le continent à l’horizon 2030. Finies les frontières issues de la colonisation, bannies les barrières ethnico-linguistiques. L’idée de fond, c’est de construire des entités hyper-grandes et économiquement viables, afin de compter véritablement dans le concert mondial.
Baptisée «Vision 2030 pour l’Afrique», le… rêve indique que les 53 Etats d’aujourd’hui doivent se muer en quatre super-Etats. D’abord, l’Egypte, qui engloberait le Nord et une partir de l’Est de l’Afrique, avec pour capitale, Alexandrie, et qui serait ainsi la 11e économie mondiale. Ensuite, le Kongo, qui fédérera l’Afrique centrale et l’Afrique australe, avec pour capitale Le Cap, et qui constituerait la 17e économie mondiale. Vient, pour suivre, le super-Etat du Nigéria, 18e économie mondiale, qui prend tout l’Ouest africain et une partie du Maghreb, avec pour capitale, Casablanca. Et, enfin, le Kenya, qui rassemblerait les actuels pays de l’Est du continent, avec pour capitale Zanzibar, se hisserait à la 44e place de l’économie mondiale.
Les promoteurs de cette «vision» sont convaincus que c’est dans une telle approche, et en étant, de façon sincère et engagée, des militants actifs du «Yes we can», qui a si bien réussit au rêve américain, que l’Afrique, elle aussi, nourrira et concrétisera son rêve d’unité et de développement réel. Pour l’heure, je ne saurais dire s’ils ont raison. Seul l’avenir dira s’ils auront tort, demain, d’avoir eu raison trop tôt. Mais, pourtant, n’est-il pas possible d’essayer? Ou tout au moins, pour prendre en mains notre destinée, d’y réfléchir, chacun, pour enrichir la boîte à idée et dessiner l’Afrique de nos rêves?
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