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Bénin: silence, c’est déjà la campagne!

C’est assurément un gouvernement de combat que Thomas Yayi Boni, le chef de l’Etat béninois, a formé le vendredi 18 juin dernier. Du moins, telle était son intention affichée, à la veille de la prochaine élection présidentielle, prévue pour mars 2011, pour laquelle il joue certainement gros pour obtenir un second quinquennat à la tête du pays.

Déjà, dans la presse, la campagne fait rage pour ce scrutin crucial qui, pour la première fois au Bénin, mettra en opposition, trois coalitions, trois blocs politiques qui se partagent désormais l’électorat du pays. Outre l’Union fait le Bénin, qui rassemble une bonne partis des partis de l’opposition, et qui porte la candidature de l’avocat Adrien Houngbédji, on compte aussi la Coalition ABT-2011, du nom de l’actuel président de la Banque ouest-africaine de développement, Abdoulaye Bio Tchané, crédité d’une bonne assise dans le pays. La mise en place du nouveau gouvernement scelle la mise sur pied d’une nouvelle alliance autour du chef de l’Etat, qui montre bien qu’il n’a pas dit son dernier mot dans cette course à sa propre succession.
Même si la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac) juge d’un mauvais Å“il cette campagne avant la lettre, on voit mal comment les intentions supposées et affichées rateront, les jours prochains, le relais de la presse. De fait, en rappelant récemment qu’il est «formellement interdit à tous les organes de presse écrite et audiovisuelle sur le territoire national de relayer tout élément de campagne politique électorale relatif aux échéances électorales de 2011 avant les périodes prévues par les lois et règlements en vigueur au Bénin», la Haac exerce, à bon droit, son rôle de régulation en matière électorale. Mais sera-t-elle seulement entendue? Rien n’est moins sûr…

Dans les états-majors des partis politiques, en effet, c’est déjà le temps des grandes manÅ“uvres. A quelques 9 mois de l’élection présidentielle, tous les ténors de la classe politique béninoise sont résolument en campagne plus ou moins ouverte pour ce rendez-vous tant attendu de 2011, certains avec la certitude de réussir l’alternance au pouvoir, d’autres avec la ferme intention de jouer la continuité. Comme dans le camp du président sortant où, après moult tergiversations, un nouveau gouvernement a été formé, avec comme ambition de rallier les différentes composantes du Bénin politique. Et l’on peut se rendre à l’évidence que, cette fois-ci, Thomas Yayi Boni a réussi à mettre de son côté, un certain nombre de personnes qui me manqueront pas de faire poids dans le débat qui s’annonce.
En vérité, le choix de Modeste Kérékou, coopté pour faire partie de cette équipe gouvernementale, aux côtés d’un certain Galiou Soglo, déjà habitué, lui, des Conseils des ministres, n’est pas fortuit. Autant la présence de Galiou Soglo dans le gouvernement -quel que soit par ailleurs les raisons personnelles, les différends politiques ou politiciens qui ont prévalu, en son temps, à son entrée au gouvernement, en désaccord avec sa famille et sa formation politique de base, la Renaissance du Bénin- renvoie l’image de son père à l’opinion, autant celle de Modeste Kérékou remet son paternel d’ancien président dans le jeu d’ombres qui se joue maintenant pour la conquête ou pour la reconquête du pouvoir.
On peut, en effet, s’imaginer, à juste raison, que Mathieu Kérékou, dont on connaît l’influence dans le jeu politique béninois malgré sa retraite constitutionnelle, appuiera la coalition qui, à ses yeux, fera le meilleur casting de l’équilibre régional et des intérêts moraux et politiques du plus grand nombre.
En réussissant le tour de force de faire cohabiter, dans le même gouvernement, à la veille d’un scrutin aussi capital pour son fauteuil que l’on dit menacé d’alternance-mania, les fils de Nicéphore Dieudonné Soglo et de Mathieu Kérékou, tous deux anciens présidents du Bénin, Yayi Boni compte, à n’en pas douer, renvoyer à l’opinion, cette belle image de la transition démocratique du pays du vaudou. Un choix tactique très fin, une stratégie politique affinée, qui risque bien de mettre à mal les chantres du «Tout sauf Yayi», qui auraient ainsi, a posteriori, tort d’avoir vendu la peau du technocrate, devenu animal politique redoutable, avant de l’avoir dompté.
Cependant, et loin s’en faut, rien n’est encore joué dans cette course à la présidence. Au-delà du réalisme et des idées, la prochaine élection présidentielle du Bénin semble être partie pour se jouer, aussi, et pour une large part, sur l’émotion, le symbolisme, la force et la crédibilité des alliances…

 

 

 

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