Parti d’une bonne intention, le prix Mo Ibrahim pour la bonne gouvernance en Afrique peine à trouver des candidats sérieux, et par voie de conséquence, des lauréats à récompenser. En effet, après 2009, où aucun candidat n’a fait l’affaire du Comité d’attribution, aucun chef d’Etat africain n’a pu se distinguer en 2010 pour bénéficier de cette éloquente reconnaissance. Est-ce donc à dire que la bonne gouvernance est décidément à mal sur le continent, alors que tous les discours le proclament, l’enjolivent et le célèbrent?
La question, assurément, mérite d’être posée. Au-delà, il y a lieu de revisiter complètement les pratiques politiques et économiques dans nos pays, pour remettre en perspective, la culture de l’excellence, du leadership et de la recherche permanente du mieux-être des populations. Souvent coupés des réalités de leurs populations les plus démunies, bon nombre de dirigeants africains restent encore, malheureusement, assez superficiels dans leur approche du développement réel de leurs pays. Pire, la «révisionite aiguë» qui s’est emparée des Constitutions de nos pays, et qui font une sévère entorse aux règles démocratiques édictées et acceptées, jette un voile plutôt sombre sur la gestion de la gouvernance en Afrique.
En décidant, pour la deuxième année consécutive, de ne pas désigner de lauréat pour le prix de la Fondation Mo Ibrahim pour la bonne gouvernance en Afrique, le Comité d’attribution dudit prix donne, certainement, un signal fort, et prouve qu’il ne dérogera pas aux règles éthiques qui scellent la crédibilité de cette distinction. C’est aussi, à mon sens, un gros pavé dans la mare des dirigeants africains, qui semblent avoir fait l’unanimité sur leur démission en matière de respect de la parole donnée, et donc de leurs populations. Comment comprendre autrement qu’aucun candidat ne soit digne de remporter cette noble et confortable récompense -5 millions de dollars versés sur une période de 10 ans et 200 000 dollars par an, versés à vie- décernée depuis 2007, aux chefs d'Etat les plus méritants d'Afrique, qui font de la bonne gouvernance leur dada, et qui savent quitter les choses du pouvoir avant que des remous sociopolitiques ne leur désignent la porte de sortie?
Pourtant, il y a bien des chefs d’Etat, qui ont su capter l’attention et mériter d’être placés sur ce piédestal. Joaquim Chissano, ancien président du Mozambique, en 2007, et Festus Mogae, ex-président du Botswana, en 2008, ont eu un hommage unanime pour leurs rôles à la tête de leurs Etats respectifs, et jouissent avec fierté de l’aura du prix Mo Ibrahim, devenant ainsi des exemples à suivre par une nouvelle génération de dirigeants. Les responsables de la Fondation Mo Ibrahim l’ont sans doute bien compris, qui ont décidé, après ces deux années successives sans lauréats, de consacrer les fonds réservés à ce prix, au «financement de bourses d'étude afin de former la prochaine génération de dirigeants africains». Puisque le combat cessa faute de combattants de la liberté, de la démocratie et de la bonne gouvernance, autant former une nouvelle élite, capable de mieux appréhender les enjeux du futur.
Le pari est là aussi, cependant, risqué. Une relève complètement désabusée, sans repère, ni valeur éthique, saura-t-elle tresser la corde de la bonne gouvernance et de la solidarité partagée? Gageons tout de même qu’au sortir de son cinquantenaire d’indépendance, vanté et chanté sur les toits, l’Afrique saura enfanter une nouvelle race d’hommes politiques qui allient avec élégance, valeur et gestion publique. L’essentiel, en fin de compte, est de comprendre avec Mo Ibrahim, fondateur et président de la Fondation éponyme, qu’«avec ou sans lauréat, l'objectif est de mettre au défi ceux qui, en Afrique et dans le monde entier, souhaitent débattre de ce qui constitue une gouvernance d'excellence».
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