La galaxie musicale gabonaise n’avait pas fini de pleurer Pierre Claver Zeng, artiste émérite, décédé il y a juste deux semaines, qu’un autre porte-étendard, grosse pointure s’il en est, s’en est allé ce matin du 7 juin 2010, à Libreville. Oliver N’Goma, monument de la musique gabonaise et africaine, a succombé aux aurores, à l’Hôpital d’instruction des armées Omar Bongo Ondimba, des suites de ce qu’on aurait diagnostiqué comme étant une insuffisance rénale.
Le Gabon est donc en deuil! Et, au-delà du Gabon, c’est l’Afrique entière qui perd, en la disparition de Oliver N’Goma, l’un de ses meilleurs ambassadeurs culturels, qui aura brillé de mille feux sur la galaxie musicale, notamment avec «Bané», son titre fétiche. Un titre magique qui continuera de faire danser le monde, avec ses sonorités zoukantes, ses notes enlevées. Et plus que «Bané», la voix de Oliver N’Goma, digne fils de Mayumba, dans le sud-ouest du Gabon, qui a su briller sous les projecteurs du monde entier, résonnera toujours dans nos têtes et dans nos cÅ“urs.
Comment oublier, en effet, ce jeune homme né le 23 mars 1959, qui se faisait appeler «Noli» par ses intimes, initié à l’harmonium par son père dès l’âge de huit ans? Le jeune garçon préférera d’ailleurs bien vite la musique à ses études de comptabilité. Sa silhouette frêle et son look BCBG plaît, autant que sa voix mélodieuse. Mais c’est d’abord en tant que guitariste qu’il opère au sein de l’orchestre du lycée technique de Libreville, Capo Sound. Il est dans son élément. «De bals, en soirées dansantes, Oliver se familiarise à la scène en reprenant, avec le groupe, des standards de la musique africaine ou internationale».
Passionné de musique et de… cinéma, et alors qu’il collectionne des instruments de musique et se «bricole un petit home studio» pour donner libre cours à son rêve de devenir musicien professionnel, Oliver, qui maîtrise tout aussi bien la caméra, est engagé à la deuxième chaîne de la télévision gabonaise, et obtient un stage à Paris, en 1988. C’est là , au pied de la Tour Eiffel, pendant un long hiver, raconte-t-on, qu’il peaufine les maquettes des chansons qu’il avait réalisées chez lui. Cette fois, ça y est, son destin de musicien ne lui échappera pas. Grâce notamment à un certain Manu Lima, dont on connaît le flair pour donner une seconde vie aux artistes en panne.
Mitonné à la sauce Manu Lima, «Bané», d’abord «petit succès d’estime», enfle bientôt sur les radios, dans les discothèques et sur les pistes de danse. C’est simple, la belle voix, à la fois fluette et pénétrante de Oliver N’Goma devient «un tube colossal en 1990 dans toute l’Afrique, en France, jusqu’aux Antilles». Aujourd’hui encore, «Bané», qui marie si tendrement richesse mélodique africaine et rythmique «zoukante» très emballante, fait un tabac sur les platines. Partout. Pour certains critiques, «la chanson Bané fait partie des plus grands hits de la musique africaine moderne, à l’égal du Mario de Franco, du Brigadier Sabari d’Alpha Blondy, d’Ancien combattant de Zao, ou encore du Kwassa Kwassa de Kanda Bongo Man». Bien entendu, d’autres titres suivront, qui connaîtront plus ou moins de succès, mais, sans doute, «Bané» reste la plus grosse signature de cet artiste talentueux.
On comprend donc que l’émotion soit reine depuis ce lundi matin à Libreville et dans les autres villes du Gabon. Oliver est mort, mais son Å“uvre restera à jamais vivante, comme un legs énorme à l’humanité qui, sans aucun doute, partage la perte douloureuse que subit la nation gabonaise. Alors, seulement, nous pourrons, tous, nous réconforter à l’idée qu’en lui faisant nos adieux, nous ouvrons à Oliver N’Goma, la porte du panthéon des immortels de la musique mondiale.
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