En attendant de vibrer à l’unisson, le 14 juillet prochain à Paris, aux sonorités de «La Marseillaise», et de s’immobiliser pour les «enfants de la patrie», en commémoration de ce «jour de gloire», la plupart des chefs d’Etat de l’Afrique francophone ont rendez-vous dans la ville française de Nice, les 31 mai et 1er juin 2010. C’est là , en effet, que le président Nicolas Sarkozy tiendra son premier sommet France-Afrique, déjà placé sous le signe du cinquantenaire de l'indépendance des anciennes colonies françaises. Un sommet pour le moins lifté qui, tout en prenant appui sur la nouvelle donne sociopolitique des Etats, s’inscrit dans l’air du temps et ses déboires économiques.
Dans la forme, ce sommet, qui se tient tous les deux ans –et qui va désormais se réunir tous les trois ans- semble vouloir opérer un changement de cap, pour inaugurer une nouvelle ère de «relations privilégiées» avec le continent noir. Pourfendeur de la «Françafrique», qui véhiculait un certain paternalisme de mauvais aloi, Nicolas Sarkozy tient, sans doute, à corriger la formule, tout en gardant la main sur l’échiquier africain hérité de la colonisation. Le contexte lui fournit incontestablement une belle occasion de plaider pour un partenariat de type nouveau, émancipé du lien ombilical, congénitalement trouble, qui servit, pendant de nombreuses décennies, de fil d’Ariane dans les relations entre la France et son «pré-carré» africain.
Alors, le sommet de Nice, c’est sûr, sera le sommet de la rupture. Ou du moins, devrait-il l’être! A l’ombre de la flamme des bougies du cinquantenaire des soleils des indépendances africaines, et à la veille du coup d’envoi de la 19e édition de la Coupe du monde de football, la toute première de l’histoire de cette compétition octogénaire, qui se joue sur la terre africaine d’Afrique du Sud, il eût été incohérent, pour le chantre de la rupture de ne pas saisir ces symboles-là pour tourner la page. Ainsi, au nombre des 34 chefs d'Etat et des cinq chefs de gouvernement qui honoreront Nice de leur présence les 31 mai et 1er juin 2010, on retrouvera des «acteurs montants ou déjà influents de la scène africaine». Et pas des moindres. Le Sud-Africain Jacob Zuma –Coupe du monde oblige!- et le Nigérian Goodluck Jonathan –qui tient les rênes du pays le plus peuplé du continent- seront notamment de la partie.
Mais ce n’est pas tout! La présence, à Nice, des présidents-médiateurs des crises africaines –«l'Egyptien Hosni Moubarak, co-président du sommet de Nice et hôte du prochain rendez-vous, en 2013, qui soutient le processus de paix israélo-palestinien; le Burkinabè Blaise Compaoré, facilitateur dans les crises togolaise, ivoirienne et guinéenne; le Sénégalais Abdoulaye Wade, dont les relations se sont tendues avec Paris avec la révision des accords de défense de la France avec ses anciennes colonies»- sera tout autant remarquable. D’autant qu’en dehors de ces turbulences sociopolitiques intra-africaines, vis-à -vis desquelles la France ne peut rester indifférente, les échanges devraient également porter sur des questions plus larges, comme la réforme du Conseil de sécurité des Nations unies.
En tout état de cause, et à l’image du président du Sénégal, Abdoulaye Wade, on peut convenir que le sommet… «Afrique-France» de Nice marquera un tournant important dans les relations entre les deux parties, puisqu’il réunit «l'ensemble des dirigeants du continent, ceux d'Afrique francophone, anglophone et lusophone». De plus, et surtout, le sommet devrait prendre date pour un renouveau de l’entreprenariat et un meilleur développement des entreprises africaines. C’est du reste l’une des principales originalités de ce rendez-vous. Pas moins de 250 entrepreneurs français et africains, ainsi que des syndicats, sont annoncés pour prendre part aux rencontres de Nice, qui accoucheront d’une «Charte de l'entrepreneur en Afrique». La main sur le cÅ“ur, Nicolas Sarkozy explique que «la France veut être aux côtés de l'Afrique pour accompagner le décollage du secteur privé sur le continent».
Oh, que c’est bien tout cela! C’est même très bien. A condition que les espoirs déjà suscités par ce sommet, qui ambitionne de préfigurer la nouvelle relation partenariale entre l’Afrique et la France, ne fondent pas comme beurre au soleil au lendemain de l’oraison, drapeaux au vent et hymnes nationaux en chÅ“ur, de la «Françafrique» paternaliste…
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