C’est le cas de le dire, l’opposition béninoise, regroupée au sein de «L’Union fait la nation», a réussi une excellente opération, en avril dernier, en désignant un candidat unique à la prochaine élection présidentielle, prévue pour mars 2011. Au-delà du choix stratégique ou de l’opération de charme, ce positionnement des partis qui forment ce regroupement constitue une première dans ce pays où le foisonnement des formations politiques –on y compte plus de 200!- préfigure une certaine redistribution des cartes d’un jeu politique national qui a grand besoin de toilettage.
Je ne me prononce pas ici sur le choix de Me Adrien Houngbédji pour porter le flambeau de «L’Union fait la nation» dans la guerre annoncée pour la succession de Yayi Boni, qui attend, lui, la sanction des urnes pour savoir s’il renouvellera son bail à la tête de l’Etat béninois. Après plusieurs tentatives infructueuses, Me Houngbédji semble concentrer sur sa personne, à mon sens, autant d’atouts que de faiblesses dans la conquête de ce fauteuil présidentiel qui le fuit depuis 1991. Et si je ne doute pas qu’il saura tirer leçon du passé, et capitaliser les expériences de son long parcours politique pour se tailler un costume de «candidat idéal», je me demande également si, justement, ce passé ne viendra pas hanter, voire contrecarrer ses objectifs présents et futurs. En tout cas, et au-delà des voix discordantes qui se sont déjà fait entendre, l’homme semble avoir pris la mesure de l’enjeu et tente de rallier le plus de personnes à sa cause.
Toujours est-il que l’opposition béninoise vient de donner là , une formidable leçon de réalisme à la classe politique africaine. Et c’est cela, cette initiative patiente, qui débouche sur une première vraie clarification du jeu, à travers un regroupement qui pourrait fédérer de nouvelles énergies et configurer un véritable parti politique fort et influent, que je voudrais saluer ici. En effet, il leur a fallu deux longues années, à ces ennemis d’hier, pour faire table rase du passé, s’entendre sur une plateforme minimale commune et adopter un plan d’actions qui, à ce que l’on dit, transcende le seul rendez-vous électoral de 2011. «L’Union fait la nation» entend ainsi fusionner ses forces, au-delà de cette présidentielle de tous les enjeux, pour inscrire durablement son action dans le jeu politique national.
L’intention, avouons-le, est louable, la démarche on ne peut plus pertinente. Et l’on ne peut qu’applaudir devant une si belle unanimité où, finalement, s’effacent les rancÅ“urs d’hier et les ambitions d’aujourd’hui pour dessiner les cartes du futur. Mais l’inquiétude est également là , manifeste, de voir bien vite resurgir les vieux démons de la division et des intérêts partisans, au détour du chemin. En attendant d’y voir plus clair, souhaitons à «L’Union fait la nation» de transformer l'essai, de tenir son pari, et de faire ainsi école dans nos pays où, à l’image du Burkina Faso, du Gabon et du Togo, par exemple, les appels répétés à une candidature unique de l’opposition à l’élection présidentielle restent des vÅ“ux pieux.
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