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Cannes: symphonie d’un cinéma atypique et humaniste

On en parlera encore longtemps, de ce 63e cru du plus glamour des festivals de cinéma du monde! Une édition tout en nuances, dont la saveur aigre-douce reste sur toutes les lèvres, entre interrogations et, peut-être, déception. C’est peu dire, en effet, que d’affirmer que le palmarès 2010 du festival de cinéma de Cannes ne fait guère l’unanimité, ni parmi les critiques, ni au sein du public, qui ne sait plus quel film aduler.

 

En vérité, il faut plutôt concevoir que c’est surtout la palme d’or de ce palmarès on ne peut plus inattendu qui continue de nourrir les épilogues, tellement on n’en revient pas sur la Croisette… En somme rien de bien anormal! Et, pour dire les choses simplement, il n’y croyait pas lui-même, le Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, en venant à Cannes, qu’il repartirait tranquillement avec la plus haute distinction du festival. Son film, «Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures», a beau être littéralement descendu par la critique, qui l’a trouvé ennuyeux et agaçant, l’histoire retiendra que c’est lui que le jury présidé par l’Américain Tim Burton a sacré. La polémique peut continuer d’enfler, et le palmarès 2010 de Cannes faire des vagues jusqu’à déborder de la Croisette, la palme d’or a choisi son camp, jetant une fine couche d’or consolatrice sur le sang rouge des «Chemises rouges», versé sur les trottoirs de Bangkok et sur l’autel de la démocratie.

En effet, même si l’Oncle Boonmee de Weerasethakul n’a fait que raconter «ses vies antérieures», notamment «les derniers jours de la vie d'un homme atteint d'une maladie des reins, hanté par les différents fantômes de sa vie passée», l’on ne peut pas s’interdire de penser à la bagarre politique qui monopolise l’actualité de ce pays. Et c’est là, sans doute, que la magie du cinéma opère, en toute impunité, l’un de ces charmes envoûtants dont elle a, seule, le secret: faire mousser une histoire, si banale soit-elle, pour la hisser à la hauteur d’une nation, voire de l’humanité.

En consacrant cette histoire-là, et sans préjuger, ni négliger les autres facteurs qui ont favorisé l’élection de «Oncle Boonmee» au sommet de la pyramide, Cannes’2010 n’a-t-il pas simplement fait un choix humaniste qui donne d’intéressantes perspectives à un cinéma à visage humain, arrivé sur la Croisette «sans distributeur, ni date de sortie»? De plus, quoiqu’atypique, on reconnaît volontiers à ce film d’être touchant, envoûtant, avec des intrigues fantomatiques qui font de l’Å“uvre d'Apichatpong Weerasethakul, un vrai cinéma qui marie joyeusement le rêve, l’inventivité, l’inattendu…

Rêve, inventivité, inattendu… sont également les ingrédients qu’affectionnent les cinéastes africains, qui s’inscrivent de plus en plus dans l’universel. Cette fois-ci, à Cannes, dans le volet compétition, il n’y avait que le Tchadien Mahamat-Saleh Haroun pour faire flotter l’étendard du continent noir sur la Croisette, en cette année où l’on parle à volonté du cinquantenaire des soleils des indépendances africaines. Et, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il s’est acquitté de manière honorable de son rôle d’ambassadeur, puisqu’il remporte le prix du Jury, avec son film «Un homme qui crie n'est pas un ours qui danse». Une manière incontestable de faire parler l’émotion sur la pellicule et de remettre sans cesse l’Afrique au cÅ“ur de l’Humanité.

Mahamat-Saleh Haroun le confesse d’ailleurs sans ambages: «Les films que je fais, c'est tout simplement pour ramener l'Afrique dans l'Humanité. Il me semble que souvent, on lui a refusé cela!» Alors, dans ses fictions graves et bouleversantes, le cinéaste africain laisse l’homme crier, à la fois, son africanité et son universalité. Sans aucun doute, on reparlera longtemps de ce film, avec lequel Mahamat-Saleh Haroun remet l’Afrique, longtemps absente de cet important rendez-vous annuel, au goût de Cannes. Mais il place aussi, certainement, «l’homme qui crie» -l’Homme tout court- au cÅ“ur des préoccupations de l’humanité et de l’universel. Simplement…

 

Commentaires
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BALAAM  - Félicitation à Mahamat Saleh Haroun   |2010-05-25 00:26:30
Bravo Mahamat Saleh Haroun pour avoir ramené tout un continent dans ce grand co
ncert du 7è art et t oute l'Afrique est honorée à travers ce prix. On espère
que tu as ouvert la porte pour l'Afrique et ce définitivement
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