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Nigeria: Haro sur les exactions policières

Comme une cocotte-minute qui menace d’exploser de toutes parts, le Nigeria, géant de l’Afrique de l’Ouest, tremble de toutes ses contradictions et se retient pour ne pas basculer, à nouveau dans des violences incontrôlées et incontrôlables. Dans ce pays composite où rien n’est manifestement simple, le pouvoir en place marche quasiment sur des Å“ufs, puisqu’il doit constamment être aux aguets pour maintenir un équilibre socio-ethnique et religieux des plus fragiles.


A peine a-t-il prêté serment comme président du Nigeria, pour terminer le mandat de Feu Umaru Yar’Adua, décédé le 5 mai dernier, que le bien nommé Goodluck Jonathan est sur des charbons ardents. Le nouveau chef de l’Etat doit, en effet, réussir un bien compliqué jeu d’équilibriste entre données régionales, considérations ethnico-religieuses et manÅ“uvres politiques, voire politiciennes. Un jeu on ne peut plus dangereux, qui se complexifie par les violences récurrentes qui grondent du delta, où la manne pétrolière et sa gestion font l’objet de constantes revendications de la part de groupes rebelles et armés, qui n’ont de cesse de réclamer une meilleure répartition des fruits de l’or noir.

C’est dans ce contexte déjà surchauffé -et alors que la désignation du gouverneur de Kaduna, le musulman Namadi Sambo, au poste de vice-président, continue de faire débat dans le forum du rapport de force entre Chrétiens et Musulmans- que deux organisations de défense des droits de l’Homme tapent du poing sur la table de la police nigériane, accusée de torture, de viols et d’exécutions extrajudiciaires. En effet, selon un rapport publié ce mercredi 19 mai 2010 par l’ONG américaine Open society justice initiative, et sa consÅ“ur nigériane, Network of police reform in Nigeria, la police de ce pays «se livre régulièrement à des exécutions extrajudiciaires d'individus (…) soupçonnés de crime».

De fait, ces deux ONG, qui reconnaissent toutefois que la police nigériane manque de moyens, ne font qu’enfoncer une porte ouverte, les exactions policières dans ce pays où tout est, bien souvent, hors normes, étant connues de tous. Cependant, elles ont le mérite de mettre le doigt sur la plaie, en dénonçant publiquement ces abus dans leur rapport intitulé «Force criminelle: torture, abus et exécutions extrajudiciaires par la police nigériane». On apprend ainsi que… de nombreux commissariats comptent une «salle de torture», dans laquelle les détenus sont passés à tabac, brûlés au fer ou se font arracher les ongles. De même, note le rapport, «les viols de prostituées arrêtées sont courants, perçus comme des avantages liés aux patrouilles de nuit».    

Et, sans doute, ce n’est point pour la dédouaner que les deux ONG précisent que la police du pays le plus peuplé d'Afrique -150 millions d'habitants- est «trop centralisée, manque de ressources, est mal équipée et souffre d'interférences politiques». Une nouvelle pierre dans le jardin des politiques, et notamment du nouveau chef de l’Etat qui, en plus de prémunir le pays contre une implosion possible, doit aussi montrer qu’il est à l’écoute des sirènes et qu’il a la capacité de nettoyer, un tant soit peu, les écuries d’Augias.
 

 

 

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