Ciel, on est déjà en mars! L’année 2010 semble effeuiller ses jours sur un rythme accéléré. Et, déjà, l’on attend le 8-Mars, institutionnalisée «Journée internationale de la femme» par les Nations unies depuis 1975, avec impatience. La communauté internationale multipliera à nouveau discours et catalogues de bonnes intentions à l’égard des femmes. Et c’est sous le thème «Droits égaux, opportunités égales: progrès pour tous» qu’est placée la commémoration de cette année, comme pour témoigner que la moitié du ciel attend toujours que ses droits soient mieux valorisés, et qu’elle ne soit pas exclue des opportunités qui s’offrent à tous.
Au Burkina Faso, par contre, on a plutôt choisi de se pencher, au cours de la semaine d’activités qui concourent à la célébration de cette journée, sur la question non moins pesante de l’alphabétisation. «L’alphabétisation et l’éducation non formelle au Burkina Faso révèle de sérieuses insuffisances, quant au taux d’accès pour la population, en général, et pour les femmes, en particulier», dira d’ailleurs Céline Yoda, ministre de la Promotion de la femme pour justifier le fait que les réflexions autour de cette manifestation annuelle soient placées, ici, sous la thématique «Femmes, alphabétisation et éducation non formelle». De fait, cela fait «tant et tant de temps», comme dit la chanson, que la «promotion» de la femme figure dans l’agenda de tous les gouvernements, qui n’hésitent souvent pas à surenchérir chaque année, pour se montrer soucieux du genre féminin. Le chapelet est long, en effet, des actions menées ça et là, pour lifter les profondes et parfois injustes inégalités qui existeront encore longtemps entre les hommes et les femmes.
Mais, pour une fois, et au-delà de la question de l’alphabétisation, un levier non négligeable de l’éducation et de la formation, le Burkina Faso a un vrai défi à relever cette année, sur le plan de la qualité de vie, ou simplement de la préservation de la vie de ses femmes, généralement les plus défavorisées, dont bon nombre meurent encore en donnant la vie! Implacable, le rapport de Amnesty International à ce sujet, publié le 27 janvier 2010, invite à une pertinente introspection et incite, dans le même temps, à une réponse active et responsable. Ainsi, dans ce pays, plus de 2 000 femmes décèdent chaque année de complications liées à la grossesse et à l'accouchement, faute de soins! Une situation qui «aurait pu être évitée», martèle Amnesty International, décidée à sonner l’alerte sur un fait que l’on a souvent tendance à banaliser, se remettant, lorsque survient le pire, à la fatalité.
A mon sens, cette sortie de Amnesty International est un signal fort. Célèbre pour son positionnement, notamment la défense des prisonniers d'opinion, cause dans laquelle elle est passée maître, l’auguste institution administre là, la preuve que son combat vise avant tout à allumer des bougies partout où les droits humains, dans leur acception la plus large, sont menacés. En étendant désormais son action aux atteintes sociales des ces droits humains, normes universelles qui devraient régir la communauté, aussi bien sur les trottoirs de Manille que sur les pistes cyclables de Ouagadougou, Amnesty International appelle, incontestablement, à travers ce rapport titré «Donner la vie, risquer la mort», à une prise de conscience collective sur une question cruciale.
Car, en effet, au-delà de la brutalité du chiffre, qui devrait mieux faire bouger le gouvernement, dans un pays où l’on parle à l’envi des fleurs sans évoquer, de façon sincère, les épines, c’est le quotidien de milliers de femmes, de centaines de milliers de familles démunies, que pointe le rapport de Amnesty International. Et si l’on ne peut pas occulter les nombreux efforts accomplis pour améliorer l’offre et la qualité des soins de santé primaires dans les villes et campagnes, il y a tout de même à considérer que la politique sanitaire nationale devrait, vite, être réévaluée et réorientée au besoin, afin de trouver la parade à ces… «violations du droit à la vie».
Nos mères, filles et épouses méritent bien, au moment où des «djandjobas» vont à nouveau les célébrer, étendard du 8-Mars au vent, un engagement collectif pour que donner la vie ne soit plus –ou soit le moins possible- synonyme de… «donner rendez-vous à la mort dans le palais des hasards»! Non?
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