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Côte d’Ivoire: un scénario «à la nigérienne»?

Alors que les responsables politiques ivoiriens tentent de renouer le fil du dialogue à Ouagadougou, la capitale burkinabè, et qu’un nouveau gouvernement est attendu pour le lundi 22 février 2010, la contestation contre la double dissolution opérée il y a une semaine par le président Laurent Gbagbo, s’amplifie sur le terrain. Et, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’impasse est réelle en Côte d’Ivoire, où les violences ont repris droit de cité dans les rues de plusieurs villes du pays, après que le gouvernement et la Commission électorale indépendante (CEI) soient passés à la trappe présidentielle.

Ce regain de tensions, qui a entraîné quelques morts ici et là, est inquiétant à plus d’un titre. Le facilitateur de la crise ivoirienne, le président du Faso, Blaise Compaoré, en est conscient, qui a indiqué, le samedi 20 février 2010 à Bamako, en marge du 14e sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa): «Je suis préoccupé, comme beaucoup d’Ivoiriens et d’Africains, par la situation que nous vous vivons en Côte d’Ivoire au regard des divergences très profondes entre les parties.»

En fait, en l’espace d’une semaine, l’intensité de la crise sociopolitique qui perdure en Côte d’Ivoire depuis 2002 est passée, à nouveau, à une magnitude maximale sur l’échelle des incertitudes. Alors que la «guerre froide» a pris le relais de la guerre, et qu’on croyait marcher à petits pas assurés vers les urnes de la restauration démocratique et de la paix, ne voilà-t-il pas que le climat empeste encore des mêmes causes d’hier? On épiloguera sans doute encore longtemps sur les origines, les implications et la gestion de l’affaire des 429 000 noms «frauduleusement» glissés sur la liste électorale, et qui a mis le feu de la dissolution aux poudres de l’élection présidentielle de sortie de crise. Mais le fait est que, déjà, la répression des manifestations qui s’en sont suivies, ont fait des morts et remis le pays dans une situation plus que délicate.

En effet, les choses ne sont pas des plus simples. Pour la première fois depuis la mise en orbite de l’Accord politique de Ouagadougou, censé rester la bible de la gestion de la crise, l’opposition réclame la démission du président Laurent Gbagbo, qu’elle ne reconnaît plus, en tout état de cause, comme le chef de l’Etat ivoirien. Pendant ce temps, le Premier ministre, Guillaume Soro, seul rescapé du coup de balai du 12 février dernier, peine à écrire des noms des représentants des partis d’opposition -qui ne réclament pas moins que la restauration de la Commission électorale dissoute- sur sa nouvelle feuille gouvernementale. Et l’Armée fait une sortie plutôt menaçante contre le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), et notamment contre son porte-parole, Alphonse Djédjé Mady…

Et si, dans la capitale malienne, la 14e Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Uemoa a courtoisement invité les autorités ivoiriennes à «respecter les engagements issus des accords conclus sous l’égide de la communauté internationale, notamment l’accord de Ouagadougou», d’aucuns se demandent déjà si, finalement, on ne s’achemine pas vers un schéma «à la nigérienne» sur les bords de la lagune Ebrié. Le renversement de Mamadou Tandja, au Niger, qui a crevé les plafonds de l’applaudimètre putschiste ici et là, noyant même les condamnations principielles, exerce déjà une douce séduction sur des populations qui ne savent plus à quelle parole, ni à quel traité de paix se vouer.

Huit ans après avoir fait le pari de la paix, enterrant l’un après l’autre les espoirs suscités, tour à tour, par les accords de Lomé, de Linas Marcoussis, d’Accra 1 et 2, de Pretoria, ainsi que des résolutions 1633, 1721, 1765, et 1782 de l’ONU, les populations montrent toute la mesure de leur lassitude à jouer encore au bourricot. Et refusent, semble-t-il, que les politiques se dédouanent ainsi à bon compte sur le dos de prétextes de toutes sortes. Aujourd’hui, tout le monde en est conscient, les accrocs sont si ténus, les divisions à nouveau tellement profondes, que la situation d’ensemble en est quasiment incontrôlable.

Toutes choses qui donnent à penser à certains –et ils sont nombreux!- que, dans le contexte actuel, la seule planche de salut réside désormais dans «une réédition des évènements du 24 décembre 1999, qui ont fait partir le président Bédié de la tête du pouvoir, sous des applaudissements populaires». Un scénario qui battrait en brèche l’idée, forte, selon laquelle la solution à cette crise est «forcément politique». Un scénario de l’extrême, que vient conforter le putsch militaire intervenu au Niger, le jeudi 18 février 2010, à l’évidence plus applaudi que condamné… Les politiques sauront-ils, dans un ultime sursaut d’apaisement et d’une réelle volonté de «restauration démocratique» paisible, administrer la preuve du contraire?

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