Il y aura, incontestablement, ceux qui applaudiront à tout rompre, saluant le fait qu’enfin, la force, militairement républicaine, arrête le torpillage forcé de la Constitution! Ceux-là , sans doute, seront nombreux, car les voix, multiples et multiformes, qui se sont élevées contre l’OPA de Mamadou Tandja sur la Ve République nigérienne, n’ont d’autre posture à avoir que celle, jouissive, du rétablissement du droit et de la légalité constitutionnelle.
En effet, là , on ne voit pas, on ne voit plus la prise forcée du pouvoir par des voies extraconstitutionnelles, mais simplement la chute logique d’un homme qui s’est entêté dans sa logique suicidaire de charcutage constitutionnel et de cramponnage à son fauteuil, le temps des adieux venu. Avis, déjà , aux apprentis-charcutiers, qui échafaudent des plans et stratégies de pérennisation au pouvoir, au grand dam des normes, normalement inviolables de la loi fondamentale de leur pays…
Je déteste les coups d’Etat! Ils me rappellent mon enfance. Et précisément ce jeudi de 1972 où, au son de la musique militaire, on m’a parlé de révolution. Dans mon esprit, c’était bien. Mais je n’ai pas tardé à déchanter, lorsque la cavalcade révolutionnaire a déroulé le parchemin de ses slogans, barricadant le droit de parole et la libre expression, dans un transport généralisé, quelque temps plus tard, de propagande marxiste et de pamphlets léninistes. Subitement, mon père était devenu mon «camarade», et mon président se faisait appeler le «grand camarade de lutte»!
Non, vraiment, je n’aime pas les coups d’Etat. C’est pourquoi je déteste encore plus les… coups d’Etat constitutionnels. Du genre de ceux que d’aucuns ont magnifié au Niger, cette terre d’Afrique perdue dans les nocives alvéoles d’un «tazartché» (changement) de mauvais aloi. Du genre de ceux qui font blanchir le treillis, impeccablement repassé au fer démocratique, dans des urnes transparentes de complaisance. Je n’aime pas les coups d’Etat, dis-je, mais j’aime encore moins que ma Constitution soit prise en otage, bistourisée à souhait pour plaire à un seul homme, dont le seul programme politique est de proroger, ad vitam aeternam, son mandat et son pouvoir à la tête de l’Etat…
Mais voilà que je m’égare, alors que le Niger nous interpelle, tous. Et nous enseigne! D’abord qu’en sacrifiant la Ve République sur l’autel de ses ambitions, Mamadou Tandja –il commence peut-être à l’apprendre à ses dépens- a joué avec le feu du réalisme politique, qui prescrit qu’il est toujours plus sage de quitter raisonnablement les choses avant qu’elles ne vous quittent. Ensuite, et il en va ainsi dans la politique comme dans la vie, on est bien souvent pris à son propre piège. Et encore, que finalement, il ne sert à rien de dépenser des trésors d’imagination, foulant au passage aux pieds les règles les plus cardinales, pour s’accrocher au fauteuil présidentiel, si l’on n’a pas assuré ses arrières pour parer au retour du bâton…
Mamadou Tandja se serait-il donc emmuré dans sa VIe République, le temps d’un feu de paille, juste pour se faire déposer comme un vulgaire malpropre par une soldatesque dépitée, qui n’attendait que son heure? Alors qu’il aurait pu, aujourd’hui, trôner déjà dans le temple des sages d’Afrique, qui ont juré proprement sur la Constitution (ainsi que sur la Bible, le Coran et/ou sur les mânes des ancêtres), et qui sont partis proprement, sans histoire, le moment venu? Mamadou Tandja s’est-il donc vraiment perdu dans ses somptueux boubous, délicatement brodés, et dans son si opportuniste «tazartché»?
Je voudrais tellement… applaudir cet épilogue, annonciateur du triomphe d’un retour à une «normalité constitutionnelle», que j’appelle de mes vœux. Au moins pour que, tel un boomerang démocratique, le Niger redonne l’exemple du juste, du légal, du constitutionnellement correct. Mais, oui, comme j’aurais aimé que tout cela se fasse sans effusion de sang, sans force d’aucune sorte, et sans fantassins sauveurs, dont on ne sait pas toujours si leur offre et/ou leur recours, parfois nécessaire, pour nettoyer les écuries du désordre constitutionnel, ne cache aucune arrière-pensée. Les clichés de la Guinée, de la Côte d’Ivoire, de la Mauritanie… sont encore si présents dans nos esprits, si brûlants dans la récente actualité, pour que l’on occulte, véritablement, le fait que finalement, un coup d’Etat, c’est toujours une médaille à deux faces, un couteau à double tranchant.
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