Et ce sera donc… Rabiatou Serah Diallo! Le président par intérim de Guinée, le général Sékouba Konaté a tranché. La dirigeante syndicale la plus en vue de Guinée, pour avoir notamment incarné, en 2007, la résistance active contre Feu Lansana Conté, dirigera le Conseil national de transition (CNT), qui fera office de parlement. Organe consultatif, le CNT est, en effet, chargé de légiférer d'ici aux prochaines élections, l'Assemblée nationale ayant été dissoute en décembre 2008, lors de la prise du pouvoir par les militaires.
Et l’on précise que la toute nouvelle présidente du CNT sera encadrée, pour accomplir sa part de charge dans la sortie de crise, par deux vice-présidents, notamment Mgr Albert David Guillaume Gomez, archevêque de l'Eglise anglicane de Guinée, et El Hadj Mamadou Saliou Sylla, ancien secrétaire général de la Ligue islamique nationale et ancien diplomate. Au total, ce sont «101 Guinéens, issus de la société civile, des partis politiques, du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD, junte), du conseil religieux et des personnes ressources», qui formeront cet organe. Un attelage bien dosé donc, pour tenir compte de toutes les sensibilités et escompter des résultats probants.
Les choses semblent donc se mettre en place peu à peu. Timidement, certes, mais résolument, puisque la nomination, le lundi 8 février 2010, de Rabiatou Serah Diallo, secrétaire générale de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG), comme chef du «Parlement» de transition, a plutôt été bien accueillie ici et là . Pour ses partisans, c’est assurément une «juste récompense pour une combattante des causes justes». D’autant que celle qui, avec son camarade Ibrahima Fofana, a pris la tête de la contestation contre le régime de Feu le général Lansana Conté, en lançant une grève générale illimitée réprimée dans la violence, mais qui a permis de faire bouger les choses, était candidate pour la Primature.
Les tractations toujours en cours pour la formation du gouvernement de transition, dans lequel sa place était l’un des sujets de débats et de frictions, vont-elles enfin se conclure pour qu’on entre de plain-pied dans l’exécution de la feuille de route de sortie de crise, que figure l’accord signé le 15 janvier 2010 à Ouagadougou? Il faut l’espérer fortement, et souhaiter que le Premier ministre, Jean-Marie Doré, et la présidente du Conseil national de transition, transcendent leurs frictions travaillent de concert pour un aboutissement heureux de la transition. Chacun dans les bottes de ses prérogatives, mais regardant avec gravité et responsabilité la ligne d’arrivée de l’élection présidentielle de sortie de crise, prévue dans six mois, les deux têtes de proue de la transition guinéenne, devront désormais, en relation intelligente avec le président intérimaire, donner la preuve de leur capacité à mettre ce pays des douleurs sur les bons rails de la concorde, de la démocratie et du développement.
A la réalité, il ne reste donc plus que l’annonce de l’attelage gouvernemental pour que l’on voit enfin se dessiner, dans sa réalité entière, la transition guinéenne en marche vers l’accomplissement des défis. Et ils sont immenses! Il s’agira, au bas mot, de rassurer les Guinéens et la communauté internationale sur la mise à flot correcte et définitive de la barque qui mène vers les élections générales, les premières véritablement libres qu’on offrira à ce peuple tellement meurtri, depuis 1958, par les vicissitudes de l’histoire. Réussir, sans grands heurts, cette période délicate ne sera déjà pas une sinécure. Mais ensuite, il faut les consultations électorales qui sanctionneront la transition constituent une aube véritablement nouvelle pour la Guinée et pour l’Afrique. A vrai dire, ce serait l’un des plus beaux cadeaux que le peuple de Guinée offrirait à l’Afrique, -notamment l’Afrique noire francophone- en pleine agitation de son cinquantenaire d’«indépendance nominale».
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