J’évoquais, il n’y a pas si longtemps, ici même, sur fasozine.com, le salut culturel de l’Afrique qui, à mon sens, devait nécessairement passer par la mise en avant de nos cultures qui sont, à plus d’un titre, salutaires au développement du continent. En ces temps troublés où la politique tient le pavé de la déception générale et où l’économie caracole en tête des hit-parades de l’incertitude, il est bon, avais-je alors noté, que «l’on se cramponne, à nouveau, sur l’essence même de notre être, sur nos cultures, riches, vivantes et généreuses, pour tracer les sillons d’une aube véritablement nouvelle, plus radieuse, parce que plus intégrée à nos valeurs, us et coutumes…». Au-delà de ce simple énoncé, mon propos tenait surtout à redonner, dans toutes nos actions, qu’elles soient politiques, économiques et sociales, la vraie place de la culture dans l’esquisse du développement de nos sociétés.
Je me réjouis donc de constater que l’on réfléchit de plus en plus au rôle et à la place de la culture dans nos pays, non pas seulement en tant qu’objet de vitrine, mais comme véritable creuset de réflexions pouvant servir de plateforme décisionnelle à la mise en œuvre de projets divers. C’est dans cette optique, en effet, qu’il faut inscrire, l’ouverture, le vendredi 5 février 2010, dans l’enceinte de l’Université de Ouagadougou, du Forum national des artistes et des intellectuels qui, pendant deux jours, donnera son acte de naissance à une «nouvelle société civile artistique et culturelle», qui se veut dynamique, productive et prospective.
Initié, entre autres, par la Fédération du cartel, la rencontre, qui regroupera artistes et intellectuels d’ici et d’ailleurs, se penchera sur le thème «La culture saisie par ses acteurs», en vue de porter sur les fonts baptismaux, à partir d’un état des lieux sans complaisance, la «Coalition africaine pour la culture». A la vérité, l’idée de cette coalition est née en 2006 à Cotonou, lorsqu’en marge du Festival international du théâtre du Bénin (Fitheb), s’est tenu un forum sur le financement de la culture en Afrique. Une idée qui a fait son chemin, puisque le postulat, proclamé à travers «l’appel de Cotonou», de coaliser les forces créatrices du continent au service du développement, reste d’une cruciale nécessité de nos jours. Alors, la solution serait-elle dans le regroupement, dans nos pays, «d’artistes, d’intellectuels, d’opérateurs culturels et d’homme de culture pour défendre la culture et faire adopter des politiques encourageantes et vigoureuses»?
Je ne saurais rester tranchant sur une question aussi dense, tellement essentielle, le management des idées, aussi lumineuses soient-elles, pesant, en tout temps sur leur vie -je dirais même sur leur survie- dans une jungle de «sociétés civiles» où des intérêts particuliers flétrissent les messages et escamotent les actions. Pour autant, donnons au nouveau bébé la chance de naître, et offrons-lui la possibilité de grandir, avant de juger de sa capacité à fédérer les énergies culturelles et intellectuelles, pour alimenter le moteur des idées et l’usine des projets. Car, cette jeune «coalition» a déjà les dents bien longues, puisqu’elle ne revendique rien moins que d’être «une idée, une conviction, et un projet, qui veut donner sa chance à une Afrique culturelle qui pense, invente, ose, force et agit, pour le continent lui-même et en dialogue avec les enjeux du monde»!
Vaste programme, en effet, qui nous invite aussi à relire Mbwil a Mpaang Ngal. Dans son ouvrage intitulé «L’errance», paru en 1979, cet écrivain congolais nous apprend, en effet, qu’«une société qui ne pense pas, qui n’a pas d’intellectuels est un cadavre». Cité par le professeur Albert Tévoèdjrè dans sa dernière œuvre, «Le bonheur de servir», Mpaang Ngal ne reste pas là, loin s’en faut. Sa conviction est faite –et il a raison!- qu’une société ne peut se renouveler que si «elle sait s’analyser, sait se détacher d’elle-même pour se regarder, sait se soustraire à la participation à la fête de la pratique sociale quotidienne, pour observer son fonctionnement, en proposer des transformations, des orientations culturelles nouvelles, de nouveaux rapports sociaux». Toutes choses qu’elle ne peut faire, nous apprend encore l’auteur de «L’errance», qu’à travers les intellectuels. «Des intellectuels critiques», pour être plus précis.
Je ne doute pas que la «Coalition africaine pour la culture», qui fait le pari de ne pas tomber dans… l’errance, saura trouver les voies et moyens pour sublimer la société, par un développement qui met tout l’homme, et notamment son génie culturel, au cœur des stratégies et des politiques…
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