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Tragédie du 28 septembre 2009: la junte guinéenne tient son coupable

Alors qu’on attend toujours la composition du gouvernement de transition en Guinée, la commission d’enquête mise en place par la junte militaire au pouvoir, sur les tristes et horribles événements du 28 septembre 2009, vient de publier son rapport. Un rapport tout en nuances, qui prend ses distances vis-à-vis des conclusions de la commission d’enquête des Nations unies, en délivrant un véritable blanc-seing à Moussa Dadis Camara, le chef de la junte, dont la «responsabilité pénale individuelle» avait été établie en décembre dernier. De quoi relancer la guerre des chiffres et des «versions» d’un drame qui questionne encore très vivement la mémoire collective.

 

En tout cas, les conclusions des investigations de cette commission «pro-junte», présentées le mardi 2 février 2010 à Conakry, ne manqueront pas d’alimenter à nouveau la polémique sur les tenants et les aboutissants des massacres survenus le 28 septembre 2009, dans le mythique Stade du 28-Septembre. Car, en effet, ce rapport-là prend largement le contre-pied des résultats de la commission d’enquête des Nations unies sur cette folle journée qui aura fait basculer le sort de la nation guinéenne. Et l’on peut se demander si de telles divergences dans les conclusions des deux commissions ne répondent qu’à un besoin d’instrumentalisation de la vérité qui, elle, à l’évidence, est et doit être unique.

Ainsi, contrairement aux faits et chiffres établis jusque-là, la commission pro-junte proclame «sa» vérité, ne recensant au passage que… «58 décès et 1 480 blessés dans la tuerie du 28 septembre», tandis que le bilan dressé par l’Onu fait état de «156 personnes tuées ou disparues, 109 femmes violées ou soumises à d’autres formes de violence sexuelle, et des centaines de personnes torturées ou victimes de traitements inhumains». Mais, surtout, la junte guinéenne lave son chef, Moussa Dadis Camara, actuellement en «convalescence» à Ouagadougou, de toutes les accusations portées contre lui et désigne… le lieutenant  Aboubacar Chérif Diakité alis "Toumba", comme responsable de cette belle pagaille.

Moussa Dadis Camara ne serait-il donc qu’un agneau pris dans la gueule du loup «Toumba» qui, lui, hurle à la trahison, se présente en victime pour mieux se faire justice? En fuite depuis sa tentative ratée d’assassinat sur la personne de son ancien maître, le 3 décembre dernier, le redoutable «Toumba», ancien aide de camp du président du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), serait-il donc, en dépit de ses dénégations, l’instigateur et l’exécutant de ce «lundi noir» dans la cuvette du Stade du 28-Septembre? C’est, à tout le moins, ce que tente de faire avaliser le rapport de la junte, au moment où, à l’appel d’une ONG guinéenne, la procureure adjointe de la Cour pénale internationale (CPI), est annoncée pour une visite à Conakry, le 15 février prochain, afin de déterminer si les crimes commis les 28 septembre relèvent de la compétence de la Cour.

En attendant d’y voir clair, on peut s’attendre à une guéguerre de rapports et, peut-être, à une bataille médiatico-stratégique pour légitimer, dans un camp comme dans l’autre, les conclusions de chaque enquête. En boudant la présentation du rapport «pro-junte», mardi dernier, l’opposition guinéenne prend clairement ses distances vis-à-vis de ses conclusions, qu’elle rejette. Pourtant, l’heure n’est-elle pas –ne devrait-elle pas être- à la construction d’un pacte sacré pour sortir la Guinée de la mauvaise passe dans laquelle elle est plongée depuis ces événements? Non pas un pacte tissé au fil de la compromission et ciselé au fusain du mensonge, mais plutôt porté par le filet du compromis vertueux, qui présuppose «la vérité, toute la vérité et rien que la vérité», quelle qu’elle soit et de quelque côté qu’elle se trouve?

Il faut cependant espérer que par-delà les contradictions qui risquent à nouveau de s’opposer sur la «vérité historique» des événements douloureux du 28 septembre 2009, la formation du gouvernement d’union nationale, censé justement gérer la transition dans un esprit de compromis et d’engagement mutuel à sortir de la crise, contribue à apaiser les tensions et les rancœurs…

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