L’Afrique politique s’active à Addis-Abeba, la capitale de l’Ethiopie, où plusieurs dossiers d’intérêt se trouvent sur la table des chefs d’Etat et de gouvernement des 53 pays du continent, membres de l’Union africaine. Et, actualité oblige, la situation qui prévaut à Haïti, depuis le 12 janvier 2010, où un violent séisme a tout ravagé sur son passage, figure en bonne place dans l’agenda des discussions. Et, en droite ligne de l’examen que se proposent d’en faire les chefs d’Etat et de gouvernement présents à Addis-Abeba, l’idée, énoncée par le président du Sénégal, Abdoulaye Wade, de créer un Etat pour les Haïtiens sur le continent africain.
L’idée n’est donc pas, est-on tenté de dire, aussi saugrenue qu’elle paraissait de prime abord. On se rappelle, en effet, que Me Wade avait essuyé maintes critiques, son intention ayant même parfois été moquée ici et là. Mais le président de la Commission de l’Union africaine, Jean Ping, voit dans l’examen de cette proposition, l’expression du «sens du devoir, de la mémoire et de la solidarité». Car, au-delà des mots, c’est, de toute évidence, le «que faire?» et le comment faire?» devant un tel désastre, qui touche la conscience même du continent, parce que le séisme du 12 janvier dernier a, pour ainsi dire, dépiécé la première République noire du monde, qui est au cœur des préoccupations. Alors, oui, comment créer, en Afrique, «les conditions du retour des Haïtiens qui souhaitent revenir après le désastre qui a ravagé Haïti»?
Certes, la question peut être interprétée de plusieurs manières, au regard des moyens colossaux à mettre en œuvre pour réécrire ce nouveau «Cahier d’un retour au pays natal». Je dirais plutôt… retour à la source vivifiante des ancêtres. Mais, en l’inscrivant à l’ordre du jour de ses travaux actuels, le 14e sommet de l’UA indique bien qu’il ne faut snober aucune piste, rendant ainsi justice à Abdoulaye Wade. Le chef de l’Etat sénégalais, qui a décidément de la suite dans les idées, ne s’est d’ailleurs pas arrêté à cette seule idée, puisqu’il est allé jusqu’à proposer à l'Assemblée nationale et au sénat de son pays, que «chaque citoyen soit obligé de donner trois jours de son salaire annuel pour aider Haïti». Une mesure concrète, pratique, que ses pairs ne sont certainement pas près de suivre, mais qui vaut son pesant de solidarité…
En effet, dans le catalogue des initiatives qui fleurissent d’un côté comme de l’autre, il faut avoir à cœur de ne pas se perdre dans l’universel. Les millions de dollars injectés par les nations du Nord et du Sud, tout en servant d’appui logistique à une reconstruction de Haïti –quand et dans quelles conditions?- ne sauraient toutefois remplacer la bonne vieille poignée de mains, le sourire réconfortant et la concrétisation de projets immédiats, dont la pertinence est mesurable, pour arracher les enfants haïtiens de l’antre d’une nouvelle «Arche de Zoé», déjà à quai. Ou encore les écoliers et lycéens de l’inéluctabilité d’un avenir incertain, les centres du savoir et de l’enseignement ayant été complètement rasés par la secousse mortelle.
La réponse africaine à cette urgente question africaine doit donc être à la hauteur des intelligences qui, sous nos cieux, ont déjà su faire la preuve de l’éloquence de leurs propositions. Un programme bien pensé, un programme concerté, qui fédère les énergies et transcende les traditionnelles batailles de leadership, en mettant l’accent sur l’action et la réactivité, devrait donner la vraie mesure de la volonté de l’Afrique d’en finir avec l’improvisation et la désunion. Il faut aller, a du reste martelé le tout nouveau président en exercice de l’Union, le Malawite Bingu wa Mutharika, à l’ouverture du sommet, dimanche dernier, «au-delà des décisions, résolutions et déclarations et commencer à agir, le temps est venu de développer l'Afrique».
Belle exhortation à inscrire au fronton de l’organisation panafricaine, et qu’une gestion unitaire de la situation haïtienne pourrait valoriser…
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