C’est devenu un rituel! Le jeudi -si ce n’est déjà mercredi soir- chacun, au Faso ou ailleurs, guette le compte-rendu du Conseil des ministres, point des délibérations de la réunion hebdomadaire du gouvernement et centre névralgique des grandes décisions du pays. Si d’aucuns attendent, le cœur battant, que le gouvernement entérine, en leur faveur, l’attribution d’un marché mirobolant, d’autres restent scotchés à leurs fauteuils, champagne au frais, pour célébrer l’officialisation de leur nomination à un poste de direction plus ou moins important. Et Dieu sait quelle place prend la partie «Nominations» dans le compte-rendu des Conseils des ministres dans nos pays.
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Bien entendu, le Burkina Faso n’est pas en marge de ce phénomène où, faute de l’avoir suivi mercredi soir, à la télévision ou à la radiodiffusion, on se rue sur les quotidiens du jeudi pour se convaincre que le «DG» de telle boîte a bel et bien été «sauté», ou que telle autre société étatique sera désormais dirigée par tel parent ou tel quidam. Et, même si chacun trouve sa petite histoire à raconter sur le «partant» et/ou sur le nouveau promu, l’instant des nominations des délibérations du Conseil des ministres, reste, toutes proportions gardées, un moment magique, attendu de façon quasi-religieuse. C’est aussi un moment fort, où la société, convaincue, bien souvent, que toutes ces nominations ne sont rien d’autre que des passe-passe entre copains, qui rythment magistralement la valse sur l’échiquier sociopolitique national, prend le pouls de la marche de la cité.
C’est pourquoi on peut légitimement saluer l’adoption par le gouvernement burkinabè, le mercredi 27 janvier 2010, d’un décret portant «création, composition, attributions et fonctionnement du comité interministériel de sélection des candidats au poste de directeur général des établissements publics de l’Etat et des sociétés à participation majoritaire de l’Etat, en application du décret N°2007-724/PRES/PM/MEF/MCPEA du 7 novembre 2007». On apprend ainsi, dans le compte-rendu des cogitations de nos ministres, que «le poste de directeur général ou assimilé est désormais soumis à un appel public à candidatures avec un cahier de charges comprenant les critères de sélection». Ce qui, dans l’absolu, témoigne d’une volonté d’affiner la gestion des nominations, sur des critères objectifs, dans le cadre de la culture du résultat prônée par le Premier ministre, Tertius Zongo, qui n’a eu de cesse, il faut le noter, de multiplier les initiatives pour assainir et moderniser l’administration publique. Il faudra donc désormais faire acte de candidature, et prouver, non seulement sur le papier, semble-t-il, et non encore moins par ses relations, que l’on est bien «l’homme qu’il faut» à la place convoitée et au moment où il faut, pour espérer tenir les rênes d’un établissement public.
En saluant l’adoption d’une telle mesure, qui vise à doter le directeur général -qui fait ainsi montre de sa motivation pour le poste, avant d’être sélectionné sur la base de critères clairs et spécifiques aux fonctions auxquelles il est destiné- d’un contrat d’objectifs, il y a toutefois lieu d’espérer qu’une telle révolution s’accomplisse dans la rigueur, la responsabilité et l’efficacité. Car, en effet, il serait dommage qu’elle ne contribue qu’à déplacer la question de la nomination des haut-cadres de l’Etat de son centre de décision actuel vers une plateforme, certes plus technique, mais qui ne saurait véritablement pas résister aux mille et une interventions qui pourraient influencer la… sélection du «DG» à nommer! C’est donc là , déjà , qu’il faut être mentalement fort, pour que, de cette heureuse décision, s’opère tranquillement la révolution des mentalités chère à Tertius Zongo.
En tout état de cause, la sélectivité annoncée dans «candidables» au poste de directeur général des établissements publics de l’Etat et des sociétés à participation majoritaire de l’Etat, qui s’accompagne de «nouveaux critères de nomination des administrateurs et présidents des conseils d’administration des établissements publics de l’Etat et des sociétés à participation majoritaire de l’Etat», est un grand pas dans la bonne direction, dans un pays où l’appel à la bonne gouvernance et à l’intégrité a plus que besoin de se traduire dans les faits et gestes quotidiens. Même si le tocsin gouvernemental du 27 janvier dernier, vient en «application» d’un décret du 7 novembre 2007, soit plus de deux ans après. Alors, les «DG» n’ont désormais plus qu’à bien se tenir, leur nomination ne passera plus comme une lettre à la poste… Du moins, il faut l’espérer!
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