Deux mois déjà ! Deux mois déjà que Umaru Yar’Adua, le président du Nigeria est aux abonnés absents à Abuja, la capitale fédérale, où son fauteuil de chef de l’Etat se refroidit, pour ainsi dire, de jour en jour. Et, pendant ce temps, c’est la rue qui s’échauffe et qui gronde, dénonçant un vide politique, par ailleurs facteur de violences, et appelant au constat de la vacance du pouvoir…
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Le carnage de Jos reste dans les mémoires et, même si le calme semble être quelque revenu sur le terrain, l’horreur est toujours là . Plus de trois cents morts après ces massacres intercommunautaires, l’absence du président Yar’Adua du pays, malade et hospitalisé en Arabie Saoudite, entretient la polémique. D’autant que l’on assiste à une paralysie des institutions et à une montée en puissance de la contestation. Il n’y a pas désormais, semble-t-il, jusqu’au citoyen lambda qui ne se demande pas si l’état de santé du chef de l’Etat lui permet de garder son fauteuil.
Aussi, la Haute cour fédérale du Nigeria, statuant sur une requête déposée par un ancien membre du Parlement, Farouk Adamu Aliyu, visant à investir officiellement le vice-président, Goodluck Jonathan, comme «président par intérim», a-t-elle mis le gouvernement au pied du mur, le vendredi 22 janvier 2010. «Le Conseil exécutif de la fédération dispose de 14 jours pour adopter une résolution (…) pour statuer si, au regard de l'absence du Nigeria du président pour raisons médicales depuis le 23 novembre 2009, le président est incapable d'exercer ses fonctions», a notamment déclaré le président de la Haute cour, Dan Abutu.
Le sort en est donc jeté! Le Conseil exécutif du Nigeria examinera et adoptera, sous quinzaine, «une résolution sur l'état de santé du président». Une éventualité toujours bottée en touche par les durs du régime pour qui, quand bien même malade, Umaru Yar’Adua dispose de toutes les capacités pour gérer le géant de l’Afrique de l’Ouest et exercer ses fonctions présidentielles, depuis son lointain lit d’hôpital d’Arabie Saoudite. Ce qui n’est pas l’avis de nombre de Nigérians, qui continuent de crier leur désapprobation. Plusieurs milliers de personnes se sont ainsi rassemblées ces derniers temps à Abuja et Lagos pour dire leur ras-le-bol à ce sujet. Parmi eux, plusieurs hommes politiques influents, et pas des moindres, ont ouvertement réclamé la démission du président, qui semble déjà être lâché par son prédécesseur, Olusegun Obasanjo.
L’ancien général-président, qui avait pourtant adoubé Yar’Adua dans la course à sa propre succession, en 2007, n’est pas du tout tendre envers son poulain. «Si vous prenez un travail, élu ou nommé, et qu'ensuite votre santé commence à vous faire défaut et que vous n'êtes plus capables d'assurer, que vous n'êtes plus capables de satisfaire ceux que vous êtes supposés servir, alors il y a un chemin de l'honneur et de la moralité. Si vous ne savez pas ça, alors vous ne savez rien», a-t-il notamment affirmé, un rien dépité. Ce qui augure d’une nouvelle bataille de chefs au niveau du parti au pouvoir. Les divisions qui se font jour sur la double question de l’ajournement du mandat de Yar’Adua et, surtout, de la succession au sommet de l’Etat, qui se profile à l’horizon, n’est pas sans éveiller un paquet d’inquiétudes.
En attendant, le Nigeria est dans l’expectative de la décision du Conseil exécutif, qui motivera ensuite la décision de la haute cour fédérale. Mais on peut raisonnablement penser que la course au pouvoir pour la prochaine présidentielle a déjà commencé, sur fond de rivalités politiques, régionales et ethnico-religieuses… Il faut toutefois souhaiter qu’au-delà de ces turbulences sociopolitiques, la raison et la loi prédominent, au détriment des intérêts personnels et des ambitions électoralistes.
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