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Nigeria: Au nom de la religion!

… Et l’on s’affronte, encore et encore, au Nigeria, pour et au nom de la religion! Jusques à quand la religion sera-t-elle un vecteur d’affrontements dans ce pays, le plus peuplé d’Afrique, où les extrémismes s’aiguisent au fil du temps? Depuis le week-end dernier, en effet, chrétiens et musulmans se déchirent, notamment à Jos, une localité située au centre du pays, dans une rage folle qui, semble-t-il, n’est pas près de s’arrêter. Au décompte, trois cents personnes ont déjà perdu la vie dans cette contradiction, tandis qu’on dénombre plus de 800 blessés, de source non officielle. Même le déploiement massif des forces de l’ordre dans la zone n’a en rien atténué la volonté des uns et des autres d’en découdre. On n’hésite déjà pas à parler de véritable carnage, avec des attaques qui se multiplient dans plusieurs quartiers de la ville.


C’est la construction d’une mosquée dans Nassarawa Gwon, un quartier de Jos, ville frontière entre le nord, musulman, et le sud, chrétien et animiste, qui a mis le feu aux poudres. Le constat est amer et triste, de voir qu’aujourd’hui encore, la religion peut autant déchirer des hommes qui, pourtant, prônent la fraternité et l’amour du prochain au nom d’un Etre suprême, quel que soit son nom. Au moment où Haïti se meurt, et où Port-au-Prince, la capitale, est, pour ainsi dire, rasée de la terre par la seule puissance d’un séisme, frappant indifféremment et indistinctement animistes, chrétiens et musulmans, il s’en trouve encore des gens qui, pour exprimer leur contradiction, sont capables de guerroyer au nom de la religion…

Le fait est qu’au Nigeria, cette situation est récurrente. Plutôt que de vivre en bonne intelligence et de traduire dans les actes quotidiens, la foi qu’ils professent chaque jour, des «frères» d’un même quartier, d’une même agglomération, se toisent et s’entredéchirent violemment, dans un interminable ressac qui déverse, à doses maximales, ses vagues de haine morbide. Dans ces conditions, l’on peut légitimement craindre que l’expédition punitive gagne d’autres bourgades, dans un transport généralisé de confusion.

On comprend donc que Abuja, la capitale fédérale, soit sur le qui-vive. «C’est une crise de trop et le gouvernement fédéral estime qu’elle est totalement inacceptable, réactionnaire et susceptible de menacer davantage l’unité de notre pays», a d’ailleurs déclaré, à ce sujet, le vice-président fédéral, Goodluck Jonathan, dans un communiqué rendu public dans la soirée du mardi 19 janvier 2010. Le gouvernement, qui se dit «déterminé à trouver une solution permanente à la crise», saura-t-il trouver les bons arguments pour y arriver? Réussira-t-on enfin à briser ce cycle infernal des violences intercommunautaires, qui aura déjà fait au Nigeria, selon Human rights watch, plus de 130 000 morts depuis la fin du régime militaire, en 1999?

Il faut l’espérer, pour que certains nostalgiques ne s’appuient pas sur ces implacables statistiques pour faire à nouveau l’apologie des régimes militaires en Afrique, en général, et au Nigeria, en particulier.    

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