Haïti continue de compter et de pleurer ses morts, tandis que la communauté internationale se mobilise comme elle peut pour apporter secours et assistance aux populations, encore déboussolées par ce drame innommable. Le séisme qui a ébranlé, le 12 janvier dernier, la terre de la première République noire, restera, c’est certain, dans la mémoire collective comme l’une des catastrophes naturelles les plus meurtrières de notre époque.
Des dizaines de milliers de morts, un pays dévasté, un Etat inexistant, des populations, déjà dénuées de l’essentiel, privées de tout… Les images, qui tournent en boucle sur les télévisions sont là pour attester de cette vision apocalyptique, où l’on assiste encore, parfois, au retour miraculeux à la vie d’un homme ou d’une femme, que les décombres ont refusé d’ensevelir.
De Haïti et du drame qui le frappe, on en a tellement parlé depuis ces jours, que je laisserai, ici, la force des images frapper, encore et encore, nos consciences. D’ailleurs, l’on n’est pas près de ralentir l’alerte. Trop de choses sont à faire pour redonner vie à la communauté, dignité aux hommes, femmes et enfants qui ne savent plus à quel sauveteur se vouer. Trop de choses, et toutes plus urgentes les unes et les autres: sauver des vies, soigner les blessés, prévenir de nouvelles catastrophes, d’éventuelles épidémies, nourrir ces populations qui ont tout perdu, donner une sépulture aux nombreux morts, trouver un cadre d’existence aux survivants, reconstruire la société, la ville, le pays… Une tâche monumentale, qui interpelle toute la communauté humaine, sans frontières de riches et de pauvres. Un devoir pour chaque être, sur quelque latitude qu’il se trouve.
Dans ce concert de compassion et d’émotion, l’Afrique, plus que tout autre continent, a sa part à jouer. Une part non négligence, qui doit s’exercer dans la dignité et dans la responsabilité, mais aussi et surtout, dans la traduction réelle de ce que nous sommes, culturellement, et non pas dans l’énoncé parfois rigide d’un catalogue de revendications et de récriminations envers les autres. L’Afrique doit donner l’exemple, à travers les mots, ses mots, mais aussi par la concrétisation d’actes et de signaux forts. Et il faut se réjouir de ce que les choses bougent plutôt de ce côté-là , même si l’on peut trouver à redire sur la pertinence et l’essence de certaines propositions. L’essentiel, peut-être, est que cette catastrophe serve de leçon pour l’avenir, afin que des idées fortes permettent de donner enfin à la première République noire, son rang et sa place dans le concert des nations.
Bien entendu, l’Afrique n’a ni la force, ni les moyens de tout faire toute seule. Et ce n’est que justice si les grandes puissances du monde, les pays nantis ouvrent les yeux sur cette terrible réalité et jouent leur partition. On peut donc comprendre que l’ampleur des dégâts, qui provoque, légitimement, ahurissement et tergiversations, aient pu entraîner une certaine cacophonie dans l’orchestration de la réponse. Elle sera sans doute encore assez brouillonne, voire même timide. Mais il faut espérer que, très vite, les populations haïtiennes se sentent appuyées, réconfortées, accompagnées. C’est une véritable chaîne de solidarité mondiale qui doit être mise en place car, en l’occurrence, Haïti, ce n’est pas les autres. C’est toi, c’est moi, c’est nous! Même si cette île est la nation la plus pauvre de la terre!
Je me réjouis que la ville béninoise d’Allada, d’où sont partis les aïeux de Toussaint Louverture, fondateur de cette République qui tient nombre de ses valeurs culturelles de l’ancien Dahomey, ait pris la mesure de l’événement, dans le recueillement et la consternation. Des cultes religieux et des quêtes sont ainsi organisés, pour saluer la mémoire des nombreux morts, et pour apporter, symboliquement, le fruit de l’effort collectif aux populations si durement sinistrées.
Au secours, Port-au-Prince pleure, Haïti se meurt… La main dans la main, au Nord comme au Sud, de l’Est à l’Ouest, redonnons vie à l’espoir!
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