Depuis qu’il a atterri, à la surprise générale, le 12 janvier 2010, à Ouagadougou, Moussa Dadis Camara est décidément revenu plus intensément dans l’actualité africaine et internationale. Au-delà du fait que cette réapparition met un terme à la polémique sur son état réel de santé depuis son admission à l’hôpital militaire de Rabat – d’aucuns le donnaient pour mort! – la «convalescence» du «chef de la junte» au pouvoir en Guinée a plutôt démarré sur des chapeaux de roue.
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Ça bouge, en effet, à nouveau, dans la gestion du dossier guinéen, avec un non moins intense ballet diplomatique au palais de Kosyam, entre conciliabules, déclarations et marques de soutien. Le président du Faso, Blaise Compaoré, médiateur dans cette crise aux multiples rebondissements, n’a donc pas ménagé sa peine depuis ces quelques jours notamment, au point d’obtenir, le 15 janvier 2010, la signature d’un accord de sortie de crise. Un accord qui, de l’avis de Moussa Dadis Camara lui-même, pose des «jalons solides pour une sortie rapide de crise». C’est ce qui ressort de l’adresse qu’il a faite ce dimanche 17 janvier, depuis sa base de Ouagadougou, à la nation guinéenne, visiblement pour calmer les esprits et appeler à soutenir le général Sékouba Konaté dans ses habits de président par intérim de Guinée, et président de la transition.
Moussa Dadis Camara reprend ainsi, d’une certaine façon, voire même d’une façon certaine, la main politique dans l’avenir du pays, en montrant bien que depuis son lit de convalescent, il reste au cœur des décisions. Ainsi, en adoubant le général Sékouba Konaté, à qui il passe le témoin de la transition et l’intérim de la République, il ne revendique pas moins la justesse de sa prise de pouvoir, tout en promettant à ses compatriotes, et notamment à ses partisans, qui réclament son retour à Conakry, qu’il ne restera pas en dehors du processus qui s’enclenche. «Je serai parmi vous bientôt», a-t-il même affirmé, notant que «l’avenir de notre pays nous appartient à tous, et nous sommes tous responsables, à des degrés divers, de tout ce qui pourrait arriver…».
A y regarder de près, Moussa Dadis Camara n’a encore rien lâché, aussi bien dans le fond que dans la forme. En effet, il reste, en dépit de son incapacité –momentanée ou définitive?- à gérer, là , maintenant, les affaires de l’Etat, le «président du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), président de la République de Guinée». C’est avec ces titres qu’il s’est adressé à la nation, ce dimanche, et qu’il a apposé sa signature au bas de la «Déclaration de Ouagadougou». Moussa Dadis Camara reste donc le véritable «chef de la junte», duquel le général Sékouba Konaté tient sa légitimité comme «président par intérim» et chef du processus de transition.
En fait, le médiateur semble marcher sur des œufs avec ce dossier guinéen qui, il faut bien l’avouer, n’est pas des plus simples, et dans lequel il se garde bien d’emprunter la moindre piste qui déboucherait sur l’exclusion de quelque partie prenante que ce soit du processus. Ce faisant, il reste fidèle à sa vision du règlement de cette crise, mais également à sa méthode de gestion des antagonismes politiques, qui ont déjà fait recette et qui lui valent d’être si prestement sollicité pour jouer au pompier. De ce point de vue, on peut inscrire les résultats obtenus en ces quelques jours à Ouagadougou, au chapitre des avancées, en espérant qu’au-delà du moule ainsi élaboré, les acteurs sauront transcender leurs divergences pour mettre la Guinée et ses populations, qui aspirent à la paix, à la démocratie et au développement, au cœur de leurs réflexions et de leurs comportements.
En tout état de cause, la semaine qui commence édifiera davantage sur la marche de ce pays vers la paix. L’appel de Moussa Dadis Camara aux personnes qui ont «pris d’assaut l’aéroport de Conakry et certaines rues de la capitale», réclamant instamment son «retour au pays» sera-t-il entendu? Dans l’absolu, ce sera le baromètre de l’influence et du charme qu’il exerce encore dans le jeu politique de son pays. Après avoir pris sa revanche sur la mort, réchappant miraculeusement de l’attentat du 3 décembre 2009, l’homme du «Dadis show» prendra-t-il une revanche sur la politique, même loin de l’arène? De toute évidence c’est un discours éminemment politique que Moussa Dadis Camara vient de livrer à ses concitoyens.
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