C’est, incontestablement, l’info du jour! Moussa Dadis Camara, le chef de la junte militaire qui a la main sur les affaires de l’Etat guinéen depuis le 23 décembre 2008, se trouve désormais à Ouagadougou. Victime, le 3 décembre 2009, d’une tentative d’assassinat, le président du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), était hospitalisé, jusqu’à son… parachutage, dans la nuit du 12 janvier 2010, dans la capitale burkinabè, à l’hôpital militaire de Rabat, au Maroc. Depuis, la polémique n’a cessé d’enfler sur son état réel de santé et, surtout, sur sa capacité à retrouver ses fonctions. Depuis la nuit dernière, les supputations vont à nouveau bon train sur cette «délocalisation», qui aura surpris plus d’un, et notamment l’intéressé lui-même qui, de son propre aveu, pensait retrouver Conakry.
Â
On se perd donc à nouveau en conjectures sur ce qu’on pourrait appeler le «débarquement forcé» de Moussa Dadis Camara au «pays des Hommes intègres». Le flou, voire le mystère entretenu sur les vraies raisons de son départ soudain de la capitale marocaine viennent ainsi alimenter le moulin aux mille inquiétudes dont les grincements rythment la crise dans laquelle est plongée la Guinée, notamment depuis les massacres du 28 septembre 2009, qui ont mis le feu aux poudres. D’autant que sur place, au Faso, aucune information officielle n’est donnée sur les tenants et les aboutissants de ce retournement de situation potentiellement explosive. Du moins, jusqu’à cette après-midi du mercredi 13 janvier 2010.
Le ministère burkinabè des Affaires étrangères s’est juste fendu, tôt le matin, d’un communiqué laconique qui indique qu’«après plus d’un mois de traitement et compte tenu de l’évolution de son état de santé, Moussa Dadis Camara est arrivé à Ouagadougou pour y poursuivre sa convalescence». Un point de presse annoncé pour l’après-midi, à 17 h, a finalement été annulé, en raison, indique-t-on, de l’arrivée de Sékouba Konaté, qui assure l’intérim de la présidence guinéenne depuis les événements du 3 décembre dernier. Du côté de la présidence du Faso, là aussi, «on ne sait rien»! Et l’on précise même que la visite du président intérimaire n’a aucun caractère «officiel». D’un côté comme de l’autre, on semble donc avoir du mal à communiquer sur cette affaire. Si fait que l’on n’en peut plus de s’interroger sur les non-dits de ce nouvel épisode dans le feuilleton sociopolitique guinéen.
Cependant, au-delà des questions qui affleurent, à foison, sur le déménagement marocain de Moussa Dadis Camara, il y a lieu de savoir si son «séjour forcé» à Ouagadougou peut servir d’adjuvant pour sceller, en définitive, une feuille de route claire et consensuelle pour une véritable sortie de crise en Guinée. L’appel de Sékouba Konaté et sa main tendue à l’opposition pour asseoir de nouvelles bases de gestion de la transition - des gestes salués par la communauté internationale - devraient, à présent, servir de base à une redistribution des cartes. La rencontre entre Moussa Dadis Camara et son intérimaire balisera-t-elle définitivement le sentier de la paix pour la Guinée?
Facilitateur dans cette crise, le président du Faso, Blaise Compaoré, a, sans doute, fort à faire pour remettre en perspective, l’objectif principal de sa médiation, plombée, un temps, par la tentative d’assassinat qui aura finalement écarté Dadis Camara de son pays. Et l’on se rappelle que tout cela ne serait certainement pas arrivé si le fringant capitaine avait su donner les gages du respect de la parole qu’il a donnée en prenant le pouvoir, et s’il n’était pas allé jusqu’à tremper dans l’ultime escalade du drame du Stade du 28-Septembre.
Acculé par la communauté internationale, avec laquelle il n’est plus de bon commerce politique, (presque) assassiné par son ancien fidèle aide de camp, débarqué de son douillet cadre hospitalier de Rabat, quelle carte reste-t-il entre les mains de Dadis Camara pour peser encore d’une quelconque façon sur le destin de son pays? Celle de la reddition et du fait accompli? Aura-t-il alors l’élégance de la jouer à Ouagadougou, pour ouvrir une nouvelle ère politique dans ce pays tant meurtri?
| Commentaires |
|
|
||||||||


