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La Côte d’Ivoire entre doute sportif et match politique

Alors que la 27e édition de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) bat son plein en Angola,  où, sur le terrain de football, les Eléphants, l’équipe nationale ivoirienne, a été tenue en échec, le lundi 11 janvier 2010, par les Etalons du Burkina Faso, c’est un tout autre match qui se joue déjà, sur place en Côte d’Ivoire, dans l’arène politique. Le ton monte, en effet, au sujet de la prochaine élection présidentielle, où camps rivaux se regardent à nouveau en chiens de faïence, par accusations interposées. Calculs politiciens, surenchère politique ou stratégie électoraliste?

 

Dans cette nouvelle danse du diable qui semble s’exécuter sur les bords de la lagune Ebrié, la Commission électorale indépendante (CEI) est désormais le cœur de cible, accusée par les partisans du chef de l’Etat ivoirien, Laurent Koudou Gbagbo, d’orchestrer la fraude et la manipulation. La première salve est venue du chef de l’Etat lui-même qui, dimanche dernier, a mis fermement en cause la CEI d’avoir notamment inscrit sur sa liste, «429 000 électeurs potentiellement illégitimes». Le lendemain, le Front populaire ivoirien (FPI), sa formation politique, enfonce le clou. «Des responsables de la CEI ont déjà fait état de l'existence d'une vaste opération de fraude dans la liste électorale, conduite par Robert Mambé», écrit ainsi le président du FPI, Pascal Affi N'Guessan, dans le quotidien Fraternité-Matin. Au surplus, le parti créé par Laurent Gbagbo demande, ni plus, ni moins, la démission du président de la CEI, et l’ouverture de poursuites judiciaires, tandis que Charles Blé Goudé, chef des «Patriotes», exige «la dissolution de la CEI et l'arrestation de son président».

Si la CEI réfute ces accusations, la polémique semble vive, la bataille ouverte. En écho au procès du pouvoir en place, l’opposition sonne la charge de la manœuvre politique, dont le seul but est de retarder à l’envi le rendez-vous électoral tant attendu. En effet, après moult reports, on ne maîtrise toujours pas la feuille de route de l’élection présidentielle de sortie définitive de crise et d’affermissement de la paix retrouvée en Côte d’Ivoire. Annoncée dernièrement pour se tenir entre fin février et début mars, le scrutin semble à nouveau emprunter les sentiers escarpés de la rallonge, la concrétisation de l’acte premier de la publication des listes électorales définitives n’en pouvant plus de se faire désirer. Pour l’opposition, les choses sont on ne peut plus claires. De son analyse, il ressort en substance que le camp présidentiel «instruit un mauvais procès contre la CEI afin de discréditer cette institution au sein de laquelle l’opposition est majoritaire, et de gagner du temps pour éviter d’aller aux élections dans les délais prévus».

Dans cette cacophonie des ambitions et des objectifs, où s’entrechoquent réalisme politique et intérêts partisans, il y a tout de même lieu de savoir raison garder pour aller à l’essentiel. Non toutefois, c’est évident, sans évacuer ce contentieux sur la matière électorale, chaque camp cherchant à juste titre à mettre toutes les chances de son côté pour diriger la Côte d’Ivoire de demain. Le Premier ministre ivoirien, Guillaume Soro, maître d’œuvre de la bonne conduite du processus électoral, saura-t-il trouver la bonne note dans ce dialogue de sourds pour réinstaurer confiance et détermination à avancer dans le jeu? Il faut l’espérer. Déjà, ayant pris la mesure de l’enjeu, il semble résolu à siffler l’apaisement et à arracher ce énième cactus qui se dresse sur le chemin. La mise sous boisseau des ces 400 000 électeurs de la discorde suffira-t-il cependant à réconcilier les parties prenantes du processus électoral ivoirien avec «sa» CEI?

Sans doute que l’on regarde aussi du côté de Cabinda, en Angola, où une éventuelle victoire des Eléphants contre les Black Stars du Ghana, à la CAN’2010, mettra un peu de baume au cœur de tout ce monde, qui n’attend rien moins que la consécration continentale dans la plus grande compétition africaine de football. Le sport-roi, on le sait, peut contribuer à réconcilier les cœurs et atténuer les tensions politiques…

 

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