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La Guinée à la croisée des chemins

Après une première copie jugée partiale et rejetée en bloc par les Forces vives guinéennes, Blaise Compaoré, médiateur désigné par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), saura-t-il redistribuer les cartes pour arracher un compromis de sortie de crise dans ce pays? C’est la grande question qui reste posée en cette fin de semaine, où les Forces vives de Guinée, quelque peu désabusées par le schéma politique proposé, en première instance, par le chef de l’Etat burkinabè, tentent toujours de faire valoir leurs positions dans la capitale burkinabè.


On avait craint que cette opposition, meurtrie par la sanglante répression qui a sanctionné la manifestation qu’elle a organisée le 28 septembre 2008, ne claque définitivement la porte des négociations et ne récuse carrément le facilitateur désigné. Mais les Forces vives guinéennes ont finalement décidé de se faire réentendre et essaient de valider à nouveau, un tant soit peu, leur vision de sortie de crise auprès du médiateur. Le fait qu’ils soient toujours dans la capitale burkinabè pour exiger à nouveau, contrairement au mémorandum de Blaise Compaoré, le départ hic et nunc de Moussa Dadis Camara et sa disqualification à prendre part à la prochaine élection présidentielle, est-il le signe qu’ils parviendront à leurs fins? Rien n’est moins sûr…

Pourtant, la position, à la limite tranchée de l’opposition guinéenne, a pris racine et s’est fortifiée, au fil des semaines, à l’humus de la réprobation générale qui a suivi les événements du 28 septembre dernier. Les tirs groupés qui se sont abattus sur la junte militaire au pouvoir en Guinée depuis le 23 décembre 2008 ont, tous, indiqué la porte de sortie à Moussa Dadis Camara et ses camarades du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD). Il n’y a pas jusqu’à la CEDEAO, mandant du président du Faso dans cette médiation compliquée et sans cesse complexifiée – ainsi que je l’ai déjà fait remarquer précédemment – qui n’avait pas montré ses biceps de fermeté à l’égard du pouvoir guinéen.

En endossant, a priori, la disqualification de Moussa Dadis Camara et de la junte dans la conduite de la transition, ainsi que dans la participation à l’élection présidentielle, la communauté internationale avait, pour ainsi dire, donné caution et espoir aux revendications de l’opposition guinéenne, qui ne pouvait plus s’accommoder d’une «transition de dix mois», avec les mêmes hommes aux rênes de l’Etat. Mais comment obtenir à présent un compromis politique, gérer une situation aussi complexe, à l’exclusion de ceux qui sont déjà là? Il est clair que les tenants actuels du pouvoir ne lâcheront pas le morceau. Ils le feront d’autant moins maintenant que le premier mémorandum du facilitateur les conforte dans cette position.

Il y a cependant lieu de se demander si la feuille de route soumise par le facilitateur, Blaise Compaoré, aux protagonistes de la crise guinéenne, a reçu l’onction du président en exercice de la CEDEAO, le chef de l’Etat nigérian, Umaru Yar’Adua. On se rappelle, en effet, que les deux hommes ont eu des échanges sur la question à Abuja, le lundi 16 novembre dernier. On retient également qu’à l’issue de ces échanges, le président du Faso s’est dit conforté dans sa mission. «J’ai été grandement éclairé par les vues de la CEDEAO et de la communauté internationale, j’ai été conforté et encouragé dans ma mission», avait notamment affirmé le chef de l’Etat burkinabè, cité par un communiqué de la Direction de la communication de la présidence du Faso. Faut-il en conclure que la «copie» qui fâche actuellement a reçu la caution de la CEDEAO?

C’est connu, dans un processus de négociation, il est de bonne guerre que chaque camp mette la barre très haut, afin que dans la position médiane qui s’ensuivra, chacun perde un peu de ses prétentions en ayant le sentiment jouissif d’avoir gagné beaucoup. En rappelant cette constante, dans une interview qu’il a accordée au magazine Fasozine (N°24, novembre-décembre 2009), Me Hermann Yaméogo, président de l’Union nationale pour la démocratie et le développement (UNDD), fait également remarquer que… «dans le secret des négociations, Dieu seul sait combien de concessions pourraient être faites pour trouver le bon consensus profitable à la Guinée». On saura, demain, le poids des concessions de l’opposition guinéenne, qui a désormais le choix entre s’inscrire résolument dans une œuvre apaisée de restauration démocratique ou crier indéfiniment son refus de composer avec la «bande à Dadis».
Le moins que l’on puisse dire à présent, c’est qu’il sera extrêmement difficile de revenir à un point d’équilibre qui donne satisfaction aux deux camps. Et s’il faut se fier au sondage organisé par fasozine.com – et qui est toujours en cours – ce sont 73,7% des votants (533 sur 723), qui estiment que Moussa Dadis Camara ne doit pas quitter le pouvoir maintenant. Le vote, qui a commencé le 9 novembre dernier, révèle également, à la date du 22 novembre 2009, que 25,6% (185 personnes sur 723) souhaitent voir Dadis Camara quitter le pouvoir illico. Seuls 5 participants (0,7%) sont sans avis sur cette question.

Si ces chiffres peuvent donner du réconfort aux partisans du «Mouvement Dadis doit rester», ils ne posent pas moins la lancinante et fondamentale question des ces putschs dits «salvateurs», qui se transforment ensuite en «OPA» sur le pouvoir, après des arbitrages plus ou moins sanglants, suivis d’un blanchiment au forceps, par les urnes. Les exemples sont légion sur le continent, qui donnent, encore, cette impression de surplace, voire de régression, dans des processus démocratiques qui n’en peuvent plus d’être dévoyés, charcutés, assassinés…



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