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«Au Burkina, on ne s’assure pas contre les inondations»

Jean Paul Ouédraogo est directeur général de la Générale des Assurances (GA), une compagnie d’assurance burkinabè qui a été agréée en 1997.  Fasozine.com l’a rencontré pour en savoir davantage sur son secteur d’activité, surtout en cette période où la pluie diluvienne du 1er septembre 2009 a fait de nombreuses victimes. Ces dernières étaient-elles assurées? Les Burkinabè ont-ils confiance aux sociétés d’assurance, à qui ils reprochent souvent d’être promptes à encaisser mais trop lentes à décaisser en cas de sinistre? Ce sont autant de questions que nous avons abordées avec le DG de la GA.

 


Fasozine.com: La pluie diluvienne du 1er septembre 2009 a causé beaucoup de dégâts dans les foyers, suscitant une chaîne de solidarité à l’endroit des victimes. Quelle a été la contribution de la Générale des Assurances (GA), pour soulager les sinistrés?

Jean Paul Ouédraogo:
En tant que structure qui s’occupe de la sécurité des personnes et des biens, nous sommes interpellés par ce sinistre. Les inondations ne faisaient pas partie des catastrophes naturelles courantes au Burkina Faso, la plus connue étant la sècheresse contre laquelle le gouvernement a dû initier le programme Saaga pour provoquer les pluies. En tant que société citoyenne, le groupe GA s’est associée à la Fondation Fadima, le dimanche 6 septembre 2009 pour procéder à une remise de vivres, de vaccins, de nattes, etc., le tout d’une valeur de 5 millions de francs CFA, à des victimes du quartier Nemnin au secteur12 de Ouagadougou. L’Association professionnelle des assureurs du Burkina, dont fait partie la GA, n’est pas restée en marge de cette démarche humanitaire. Elle a donné vingt tonnes de riz, pour soulager un tant soit peu, les sinistrés.

Enregistrez-vous des clients qui sont des victimes de la pluie diluvienne du 1er septembre 2009?
Nous avons des clients qui ont été victimes de ces inondations, mais ceux-ci n’ont pas souscrit à l’assurance inondation. Nos clients n’ont pas l’habitude de s’assurer par rapport à ce risque. Dans notre jargon d’assureur, l’inondation fait partie des exclusions rachetables. La garantie inondation est inscrite dans la catégorie qu’on qualifie de «dégâts des eaux» qui, elle-même, fait partie des ultimes garanties dans les garanties incendies multirisques. C’est une composante des garanties annexes. Mais dans la garantie «dégâts des eaux», les inondations sont d’office exclues. Une assurance inondation dans un pays sahélien comme le nôtre, fait penser au client qu’il va payer inutilement. Mais le client peut demander qu’on inclue ce volet dans sa garantie. Nous avons des clients victimes d’inondation mais l’assurance qui les couvre n’est pas une assurance inondation.

Les compagnies d’assurance ne couvrent donc pas les inondations au Burkina?
La couverture inondation n’est pas encore une réalité au Burkina, même si en Europe, depuis le 13 juillet 1982, l’assurance inondation fait partie des assurances obligatoires. Comme je l’ai souligné plus haut, nous ne connaissons pas d’inondations au Burkina Faso mais plutôt des sécheresses. C’est pourquoi les autorités politiques n’ont pas jugé nécessaires de faire de l’assurance inondation une garantie obligatoire comme elles l’ont fait de l’assurance automobile. Avec le changement climatique et l’inondation récente, nous sommes prêts à appuyer les autorités pour mettre en place ce type de contrat. On peut s’inspirer de l’exemple français. 

L’assurance est réputée être un domaine de luxe…
Ce n’est pas exact. Même avec quinze mille francs CFA de cotisation par an, on peut bénéficier d’une couverture assurance. Tout dépend du capital. Il y a des contrats d’assurance pour toutes les bourses.

Que répondez-vous à ceux qui reprochent aux compagnies d’assurance de mettre trop de temps à rembourser les clients en cas de sinistre?
Notre métier est difficile et mal compris. Les clients ne prennent pas soin souvent de lire, et bien lire les contrats d‘assurance. Même ceux qui savent lire ne prêtent pas attention à leur contrat. Quand un sinistre survient, l’assureur se réfère au contrat pour évoquer les conditions minimales d’intervention. Si ces conditions ne sont pas réunies, l’assureur ne peut pas intervenir. Si ces conditions sont réunies, aucun assureur ne peut se soustraire au remboursement. Il y a des sanctions qui sont prévues par la loi. En cas de contrôle, si vous ne remplissez pas les conditions, vous êtes sanctionné. Ce ne sont pas des contrôles de complaisance mais des contrôles nationaux et supranationaux. En cas de sinistre, nous prenons généralement trois mois pour traiter les cas. Nous travaillons sur la base de documents. S’il n’y a pas de documents, nous ne pouvons pas inventer des documents en vue d’une éventuelle indemnisation. Les clients ont souvent du mal à réunir les documents nécessaires en vue de leur indemnisation, ce qui explique à mon entendement l’idée selon laquelle nous mettons du temps à rembourser. Non seulement au plan national il y a des contrôles pour vérifier que le travail de protection des personnes et des biens est une réalité mais il y a aussi le conseil régional de contrôles des assurances basé à Libreville, qui effectue également des missions régulières pour se rendre compte du bon fonctionnement du secteur. Je ne pense pas qu’il soit de l’intérêt d’un assureur de ne pas  satisfaire ses assurés.

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