Advertisement
Accueil arrow Evasion arrow Faux départ du Moogho Naaba: Quand la raison l’emporte sur le cœur
28-08-2008
 
 
Faux départ du Moogho Naaba: Quand la raison l’emporte sur le cœur Convertir en PDF
 
Ecrit par Désiré Théophane Sawadogo, le 29-06-2008 13:02

Moogho Naaba
Moogho Naaba
Tous les vendredis, notables, jeunes, vieux et curieux se donnent rendez-vous aux portes du Moogho Naaba pour être les témoins du faux départ, rite immuable des temps anciens, qui tire son essence d’un drame royal. Cette cérémonie, quoique chargée du poids des traditions et gardant tout son charme rituel, constitue l’une des curiosités touristiques les plus significatives du Burkina…

Selon la légende véhiculée par les dépositaires de la tradition, la scène se déroule au 17e siècle dans le royaume des moossé. De retour d’une campagne guerrière, le moog-naaba Warga, 22e empereur des moossé (1666-1681), a une mauvaise surprise: durant son absence, son palais a été entièrement pillé et saccagé et sa famille dispersée. Sa favorite avait rejoint sa famille à La, localité située à une centaine de kilomètres au nord de Ouagadougou, sur l’axe Yako-Ouahigouya. Le roi aimait son épouse et tenait particulièrement à la retrouver. N’écoutant que son cœur, il décida sur le champ d’aller à sa recherche, malgré la gravité de la situation qui requerrait sa présence. L’entreprise était périlleuse. Le roi pouvait tomber dans une embuscade tendue par les assaillants encore présents dans le royaume, ce qui aurait été catastrophique. Avec difficulté, les notables arrivent à le convaincre de reporter son projet, puis, dans un second temps, d’y renoncer.

 

Moogho Naaba
Moogho Naaba
C’est ainsi que, selon la version plus généralement admise, le rite du faux départ du Moogho Naaba est né. Tous les vendredis matins, et quelque soit le temps qu’il fait, un monde fou, composé de notables, de chefs de village, de sujets, ou de simples curieux se donnent rendez-vous devant le palais de l’empereur des moossé pour vivre un rite immuable qui à traversé cinq siècles sans perdre son essence. L’empereur sort par une porte dérobée, le «Zongo», et se dirige à l’ouest de son palais, sur une place, le Samandin, où l’attend son cheval, magnifiquement harnaché. Vêtu de sa cape rouge et d’un bonnet de la même couleur, le roi est resplendissant. C’est donc à dessein que cette première sortie est baptisée «Wind-poussigna», ce qui signifie «le soleil apparaît à l’horizon».Les palefreniers lui présentent sa monture et, selon un protocole bien établi et invariable, les notables de la cour le supplient de remettre son voyage à plus tard. Le roi accepte et rejoint son palais. Il réapparaît quelques minutes plus tard, tout de blanc vêtu cette fois-ci, et par une autre porte. Cette sortie est le «Lebg-sonré», expression qui désigne le moment de la journée où le soleil, bien qu’encore naissant, a cependant pris suffisamment de hauteur pour se débarrasser des tons vifs matinaux. Les notables lui présentent leurs hommages et des coups de fusil sont tirés en son honneur. Le Moogho Naaba pénètre une seconde fois dans son palais. Seules ces parties de la cérémonie sont ouvertes au public.

Hors de la vue de la grande foule, le roi s’enferme dans son palais pour tenir conseil avec ses ministres et écouter des personnes ayant demandé une audience. D’abord quotidienne, cette cérémonie est devenue hebdomadaire depuis 1966. C’est le Naaba Kougri, (père de l’actuel roi des moose, le Naaba Baongo) qui a décidé qu’elle se tiendrait tous les vendredis.  

C’est une cérémonie unique en son genre. Il existe certes des cérémonies quotidiennes de salutations au Burkina et ailleurs. En Europe par exemple, des hommages particuliers étaient rendus aux souverains, mais sans faux départ. Si l’on écarte son aspect folklorique, ce rituel, né grâce à un roi amoureux, revêt une importance capitale pour le royaume moaga, aux plans politique, social, symbolique et culturel. C’est une cérémonie solidement ancrée dans la tradition des moossé, dont l’objectif est de démontrer que le roi est capable de se départir de ses sentiments dans l’intérêt suprême du royaume, et qu’il fait montre d’une grande qualité d’écoute à l’égard de son peuple qui, en retour, lui fait un acte d’allégeance à travers les notables. On ne s’étonnera pas que cette cérémonie ait été inscrite sur la liste des candidats à la troisième proclamation par l’Unesco des chefs d’œuvres du patrimoine oral et immatériel de l’humanité.

 

Encadré

De l’origine du rite

 Une seconde version affirme que le rite du faux départ est né avec l’intronisation de Kondoumié, sixième Naaba de la dynastie des Ouédraogo, comme roi. Il aurait été préféré à son frère Yadéga, jugé trop sanguinaire par les sages. Pour calmer le courroux du candidat malheureux, qui menaçait de reprendre le trône par la force, Pabré, une princesse, lui remit le Tiibo (fétiches royaux). Lorsque le roi l’appris, il voulut partir en guerre contre son frère, mais ses ministres l’en dissuadèrent.  Bon à savoir

Le palais du Moogho Naaba est situé au centre-ville, non loin du stade municipal. L’enceinte du palais couvre 50 000 m². L’actuel roi des moossé est le Moogho Naaba Baongo, intronisé en 1983 à l’âge de 22 ans.

 © Fasozine N° 11, septembre-octobre 2007

Mettre en favoris Imprimer Envoyer l'article à un ami

Commentaires utilisateurs (0)

Aucun commentaire posté

Ajouter votre commentaire



mXcomment 1.0.8 © 2007-2008 - visualclinic.fr
License Creative Commons - Some rights reserved
Suivant >
Flash Infos

 

Le sénateur de l'Illinois, Barack Obama a été officiellement désigné candidat du parti démocrate pour la Maison Blanche et devient ainsi, à 47 ans, le premier Noir à avoir des chances d'être élu président des Etats-Unis.
 
Mettre en Favori
 
 
ACTUELLEMENT EN VENTE


 
Top! Top!