| Ecrit par Serge Mathias Tomondji, le 29-06-2008 18:54 |
 Morgan Tsvangirai Le patriarche a décidé que c’est lui qui fixe les règles de la démocratie, de «sa» démocratie. Une démocratie solitaire, où la terreur et les violences matent les électeurs, où l’ignominie et le chantage s’incrustent dans les urnes et où le pouvoir absolu s’autoproclame vainqueur. Une démocratie dans laquelle il n’y plus d’adversaire politique, mais un ennemi juré, que l’on a fait le serment de détruire. Non, il n’y a plus de débat d’idées, mais juste le règne de la machette, de la terreur, de la soumission…
Eh oui, là-bas, au Zimbabwe, le vieux baroudeur de Robert, fer de lance de la guerre de libération, père de l’indépendance, puis président omnipotent, refuse de passer la main. Trop d’années dans les ors des palais et les griseries du pouvoir l’ont finalement rendu ivre. Ivre de pouvoir, mais aussi et surtout de bassesse et d’intolérance. Au point qu’il défie le monde entier qui, goguenard, murmure à peine, croise les bras et laisse le desperado enfoncer mon Zimbabwe dans un chaos innommable. Mais où sont-ils donc, tous ces chantres de la vérité des urnes, qui savent si bien marteler leurs leçons de démocratie et distribuer les bons et les mauvais points à droite, à gauche? Où sont-ils passés, les docteurs ès-«élections propres», qui s’échinent à monter sur leurs ergots, en un quart de tour, lorsque le baromètre de la transparence des scrutins devient opaque? Mais où diable se sont enfuis les gendarmes du monde civilisé, qui savent vous remettre illico dans le droit chemin, par la force si c’est nécessaire? J’ai beau me gratter les méninges et tourner mes questions dans tous les sens, je ne trouve pas de réponse. Et je ne comprendrai certainement jamais pourquoi Robert Mugabe, au nom de je ne sais quel «droit divin», peut prendre ainsi en otage tout un pays, saper irrémédiablement un processus électoral, refuser de sortir élégamment de la scène, caporaliser personnes et institutions médiatrices… et, pourtant, rire d’une oreille à l’autre en se proclamant «président élu», sans que la protestation unanime – mais est-elle vraiment unanime? - n’aille au-delà des gesticulations et autres circonvolutions oratoires. Finalement, dans cette affaire, c’est Morgan Tsvangirai qui a gagné! Sur tous les plans. En décidant de renoncer à cette mascarade d’élection, en se retirant courageusement du second tour de l’élection présidentielle, pour mettre un terme au massacre de ses militants, le chef du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), a su donner une belle leçon de patriotisme et de savoir-être démocratique à tous. Et, surtout, faire l’économie de cette sorte de comptabilité macabre auquel nous avons eu droit avec le Kenya de Raila Odinga. Evidemment, Robert Mugabe, lui, est pétri dans un autre moule. Il est, assurément sorti d’une autre école, d’une autre époque. Celle des guérilleros qui se croient tout permis, et qui n’ont pas su lire, dans l’oracle du présent, que l’aspiration légitime des peuples à la liberté et à la démocratie a supplanté depuis longtemps les guerres de libération. Mais, c’est sûr, d’avoir confisqué le pouvoir n’effacera pas la sévère déculottée que lui a infligée le vaillant Morgan. Oui, quoiqu’il en soit, quoiqu’il arrive, c’est Tsvangirai qui a gagné. Et il gagnera encore demain…
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