Aujourd'hui,

EDITORIAL

Bien malin qui peut écrire l’épilogue des soubresauts militaires qui secouent à nouveau la Côte d’Ivoire aujourd’hui. La grogne de la soldatesque se généralise en effet et l’on se perd en conjectures sur l’issue de cette énième démonstration de la force armée. Toujours fébrile depuis la crise postélectorale de 2010, et alors que la réconciliation reste en berne, la situation sociopolitique sur les bords de la lagune Ebrié vire carrément à la grosse inquiétude depuis le début de cette année 2017.

La pomme de discorde entre le pouvoir ivoirien, et notamment entre le président Alassane Dramane Ouattara et «ses» hommes en treillis? Une histoire de primes impayées qui empoisonne dangereusement la vie publique nationale et, par voie de conséquence, le vivre ensemble. D’une mutinerie à l’autre, c’est le pays tout entier qui s’interroge, tiraillé entre les blessures non encore cicatrisées d’hier et les heureuses perspectives toujours attendues pour demain.

Après Bouaké la semaine dernière, les mutins, qui ont déplacé l’épicentre de leur canonnade à Yamoussoukro ce mardi, semblent désormais vouloir allumer plusieurs feux pour embraser la Côte d’Ivoire du fiel de leurs revendications. «Plus de 8 000 anciens rebelles intégrés dans l’armée et qui s’étaient mutinés au début du mois se sont (en effet) vus accorder 12 millions de francs CFA chacun», attisant l’appétit des laissés-pour-compte, notamment des gendarmes, précise-t-on, qui n’ont trouvé d’autre moyen de se faire entendre que celui de réveiller les démons que l’on considère comme appartenant désormais au passé.

Ces bruits de botte virils ont fait au moins deux morts, suite à des échanges de tirs nourris entre gendarmes mutins et… militaires ayant déjà touché leurs primes. Les gendarmes, mécontents, et pointant du doigt le… péché originel des largesses accordées par le pouvoir aux anciens rebelles, ont également manifesté, moins violemment, témoigne-t-on, dans les villes de Dimbokro, de Man et Daloa.

Le tableau est assez sombre et très inquiétant. Surtout lorsqu’on sait que de telles flammèches préfigurent bien souvent de grands incendies. De plus, la crise — puisqu’il faut bien parler de crise —, n’est pas que militaire. Elle intègre un mélange explosif de revendications sociales, de grogne militaire et de sous-entendus politiques larvés. Un cocktail extrêmement explosif qu’il est sage de prendre avec des pincettes et de résoudre vite et bien, à travers des mesures hardies capables de désamorcer la bombe!

Le chef de l’Etat doit donc prendre toute la mesure de la situation et trouver le bon scénario susceptible de réaliser, ici et maintenant, la paix. En montant au créneau au début de l’année pour apaiser les tensions avec les uns, à la veille de la mise en œuvre du récent toilettage institutionnel qu’il a fait faire au pays, Alassane Ouattara s’est, pour ainsi dire, érigé en seul recours possible pour mettre durablement fin à cet imbroglio militaro-politico-social en Côte d’Ivoire.

Ces bisbilles armées interviennent en effet au lendemain de l’installation de la nouvelle configuration institutionnelle du pays et de la prestation de serment du tout nouveau et tout premier Vice-Président de la IIIe République. C’est donc aussi l’occasion de tester la solidité et surtout la solidarité du quartet politique dirigeant autour de ces questions essentielles qui nourrissent les inquiétudes des citoyens africains. Mais aussi la crédibilité et l’efficacité de ce nouveau système politique à quatre têtes.

Au-delà des bonnes performances économiques réaffirmées de la locomotive de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), Alassane Ouattara et ses ouailles sont plus que jamais à la croisée des chemins de la paix, de la concorde et de la réconciliation nationale pour tous…