Aujourd'hui,

EDITORIAL

Jeudi, vendredi, samedi… Plus que trois jours et les Français devront choisir, dans les urnes, celui ou celle qui présidera aux destinées de leur pays pour les cinq années à venir. Entre Emmanuel Macron (24,01% des voix au premier tour) et Marion Anne Perrine dite Marine Le Pen (21,30% des voix), qualifiés pour ce sprint final au soir du scrutin du 23 avril dernier, la balance penche du côté du candidat d’En marche!

Tous ceux qui attendaient — espéraient même! — que le débat de ce mercredi soir, le traditionnel débat d’entre-deux tours initié depuis 1974, clarifie un peu mieux les ambitions et les propositions des deux derniers prétendants au fauteuil présidentiel français en ont eu pour leur grade. Loin des échanges mesurés et des montées au filet avec des fleurets mouchetés auxquels nous avait habitués cet exercice, le duel télévisé de ce 3 mai s’est bien vite mué en pugilat verbal où les coups pleuvaient de toutes parts avec une violence parfois inouïe.

En déportant le débat, dès l’entame du duel, sur le terrain de l’invective, de l’affrontement personnel, de polémique, en mettant plus l’accent sur le passé que sur l’avenir et sur les actions fortes de son programme, la candidate de Front national, Marine Le Pen, a donné le tempo d’une confrontation houleuse et brutale, où l’on a finalement très peu parlé des projets de société. Même si son adversaire du soir, qui s’attend à une large victoire au soir du 7 mai prochain — il est crédité de 60% des voix selon les derniers sondages sur les intentions de vote —, n’a eu de cesse, au-delà de ses réponses du tac au tac, de reparler de la politique qu’il compte mener dans les différents segments de la vie de la nation s’il était aux affaires.

En réalité, il ne pouvait en être autrement. Les deux candidats ont des conceptions opposées de ce que devrait être la France de demain. Autant Marine Le Pen a réussi à transformer le Front national de son père, Jean-Marie Le Pen, au point de le «républicaniser» pour le hisser dans le Top5 des partis politiques français là où le Parti socialiste, à gauche, et Les Républicains, à droite, entrent dans une crise profonde, autant il reste, sans doute, à gommer de son ADN, certains marqueurs qui en font précisément le parti de l’extrême droite française. Une formation politique largement décriée hier, mais qui suscite aujourd’hui beaucoup d’engouement auprès de millions de Français — plus de 7 millions de voix lors du premier tour de l’élection présidentielle, le 23 avril dernier —, désabusés par des décennies de tic-tac politique permanent droite-gauche au sommet de l’Etat.

C’est là sans doute la principale leçon de l’élection présidentielle française de cette année, qui a vu les dinosaures mordre la poussière pour proposer enfin à des électeurs incroyablement indécis, incapables de décrypter avec lucidité la nouvelle donne, un match complètement inédit entre deux candidats pour le moins inattendus. Inattendu? Pas exactement pour Marine Le Pen, à la tête du parti de son père depuis 2011 et qui a obtenu une… honorable troisième place lors de l’élection présidentielle de 2012 avec 17,90 % des suffrages exprimés. Ses désirs d’Elysée remontent donc à plus longtemps et, avec sa «vague Bleu Marine», elle était annoncée pour prendre la tête du scrutin de cette année à l’issue du premier tour.

Mais pour le favori de cette élection, grand inconnu de la scène politique de son pays il y a encore trois ans, et qui de plus n’a lancé son mouvement En marche! que depuis une année seulement, il a accompli une étonnante prouesse en tenant la corde de cette course à la succession de François Hollande. Au point qu’on le qualifie volontiers d’Ovni (Objet volant non identifié) politique — je dirais plutôt Objet politique non identifié, Opni! — qui, piquant à gauche et à droite et promettant une «transformation» globale et générationnelle de la société française, a renvoyé tous les caciques et autres survivants de tous les camps politiques dans les cordes à l’issue du premier tour.

Le 7 mai prochain, les Français auront donc à choisir entre jeune novice, 39 ans, et ses promesses de rafraîchissement de la vie sociopolitique nationale, d’une part, et une férue de l’art politique, 49 ans, et sa vision de déconstruction européenne pour une France plus forte à l’intérieur de ses frontières, d’autre part. Pour beaucoup de Français, qui espéraient une clarification finale et nette des clivages, une différenciation des approches, pour se déterminer à l’issue du débat de ce 3 mai, il s’agit ni plus ni moins de choisir «entre la peste et le choléra».

A qui François Hollande, qui n’aura finalement exercé la fonction suprême que le temps d’un quinquennat à la tête de l’Etat français, transmettra-t-il le témoin? Si son choix à lui est clair — il a appelé à plusieurs reprises à choisir Emmanuel Macron, son ancien ministre de l’Economie —, celui des électeurs reste déterminant et l’abstention et/ou le vote blanc peuvent encore transformer les certitudes du moment. Même si pour de nombreux observateurs, le débat — au final sans réel débat — de cet entre-deux tours a clairement tourné en faveur du candidat d’En marche!, qui aura à tout le moins mieux incarné la posture et la fonction présidentielles.

En tout état de cause et quel que soit le résultat de ce scrutin qui fera date dans l’histoire du pays des droits de l’Homme, c’est un gros chapitre de la vie politique française qui se referme. La nouvelle qui s’ouvrira au lendemain de ce second tour sera-t-elle porteuse de l’espérance qui habite les Français?