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SOCIETE

La ville de Kaya va abriter le 11 décembre prochain le 56e anniversaire de l’indépendance du Burkina Faso. Si les préparatifs vont bon train dans la capitale de la Région du Centre Nord, un constat se dégage dans la cité : la pénurie répétée d’eau courante depuis plus de dix mois. Quelle est la situation réelle de l’accessibilité de l’eau dans cette ville hôte du 11 décembre ? Cette interrogation a trouvé réponse au cours du séjour à Kaya d’une équipe de journalistes dont les organes sont membres de l’Alliance Fas’eau du 4 au 6 décembre 2016.



Selon l’Office national de l’eau et de l’assainissement (ONEA) de la ville, Kaya compte environ 80 bornes fontaines, ce qui permet aux populations qui n’ont pas de branchement privé de s’approvisionner en eau courante. En croire la même source, la capacité de production d’eau est de 4200 m3/jour (3600 du lac Dem et 600 provenant de deux forages) alors que le besoin en eau des populations est de niveau supérieur. Ce qui crée un déficit en matière de disponibilité d’eau.

Mais pour la population, le déficit s’est surtout accru depuis environ une dizaine de mois.  Une pénurie qui oblige femmes et hommes à veiller devant les bornes fontaines dans l’hypothétique espoir d’avoir un peu d’eau pour leur ménage. Ce cas, nous l’avons vécu dans la nuit du dimanche 4 décembre dans le secteur 4 de Kaya. Mamouna Ouédraogo, ménagère de son état, nous explique qu’attendre la venue de l’eau tard dans la nuit est devenu leur rituel quotidien.

«On n’a pas d’eau. Elle ne vient que vers minuit ou une heure du matin. Ce n’est pas facile. Moi j’ai déposé mes bidons devant la borne fontaine et je suis rentré. J’avais dit à mon enfant de surveiller et de venir me réveiller si l’eau venait mais jusque là rien n’est venu comme vous le constater. Même si elle venait, c’est à faible débit et compte tenu du fil d’attente tu ne peux qu’avoir le minimum», a expliqué Mme Ouédraogo.

Elle dit avoir en moyenne besoin de 15 bidons de 25 litres par jour. Mais compte tenue de la pénurie, elle n’obtient qu’entre 6 et 10  bidons. Ce qui amène sa famille à rationaliser l’utilisation du liquide précieux.

Pour la gestionnaire de la borne fontaine, Awa Ouédraogo, c’est vraiment pénible et écœurant de vivre dans une ville où il est difficile de trouver de l’eau. Selon cette dernière, l’eau ne vient que la nuit juste pour une heure et après c’est la disette.

« Nous n’avons pas le cœur à la fête »

«Cela fait plus de dix mois que la situation est pénible. Avant nous avions l’eau potable mais les grandes pénuries ont été constatées dès le démarrage des travaux des infrastructures de la fête de l’indépendance que doit abriter Kaya. Ceux qui ont déposé leurs bidons dans l’espoir d’avoir un peu d’eau peuvent revenir les chercher vides car il arrive qu’on attende l’eau en vain toute une nuit», confie dans l’amertume, Awa Ouédraogo.

De notre constat, sur les quatre bornes présentent au secteur 4, seule une semble fournir de l’eau à des heures plus ou moins régulières. Les trois autres sont dans la même situation. Cette situation de pénurie est également ressentie au secteur 6 de la ville malgré réputée pourtant être un terrain plat.

« A cause du manque d’eau, les gens se frappent et s’insultent ici devant ma borne fontaine et c’est une situation vraiment regrettable. Les populations croyaient qu’à la faveur de la fête qui soit se tenir dans quelques jours dans notre ville, les autorités allaient trouver des solutions à cette situation, mais hélas. C’est le parcours de combattant pour trouver un peu d’eau…», relate Idrissa Ouédraogo, gestionnaire de l’une des fontaines au secteur 6.

Les populations sont obligées de se rabattre au niveau des forages qui se trouvent hors du réseau de la nationale des eaux. Le manque d’eau est même ressenti dans certains hôtels et centres d’hébergement. Ce qui amène leurs promoteurs à stocker le précieux liquide dans des futs afin de ne pas se voir surpris par les longues coupures.

Pour le jeune Idrissa Ouédraogo, c’est la plus grave et grande coupure d’eau qu’il constate en quatre ans de gestion de cette borne fontaine. « Avec cette pénurie, personne ici n’a le cœur à la fête » lance t-il avec désarroi. Effectivement, les usagers sur place, dans l’attente désespérée que leurs récipients se remplissent, estiment que la priorité devrait être la résolution de cette question de manque d’eau. Après avoir approché l’ONEA, les populations ont laissé entendre que l’entreprise a expliqué ces coupures intempestives par les travaux du 11 décembre et la panne de quelques machines.

Trois forages en renfort…

L’ONEA, par la voix de Arnaud Ouédraogo, responsable intérimaire du Centre de Kaya, reconnait ces faits et l’explique en ces termes : « C’est bien vrai mais ce n’est pas toute la ville qui n’a pas d’eau. Nous sommes actuellement confrontés aux travaux du 11 décembre. Actuellement, nous essayons de faire de notre mieux. Dans cette optique, nous avons prévu trois forages que nous allons mettre en marche immédiatement. Ce qui fera un total de cinq forages en tout avec une production de 600 m3 par jour qui va s’ajouter à la production du lac Dem. Cette production d’eau des forages va un peu combler le déficit que nous observons actuellement ».

Selon ses explications, les longues coupures d’eau sont liées au bitumage de certaines voies. Au cours de ces travaux, il arrive que les machines déterrent des conduits, ce qui entraine des fuites d’eau. Et pour éviter que l’eau ne s’écoule, ses services sont obligés d’y mettre des vannes de sectionnement. Ce qui explique les coupures enregistrées dans une partie du secteur 4, le plus grand secteur de la ville.

Il rassure cependant que d’ici le dimanche 11 décembre, l’eau coulera pour le bonheur des populations et des invités même s’il ne confirme pas la fin des coupures dans certaines zones montagneuses due à la faible pression des machines.

Le maire de la commune de Kaya, pour sa part, reconnait que la situation est difficile pour sa population. Boukaré Ouédraogo nous a affirmé que des mesures idoines sont en train d’être prises pour réduire largement le déficit. Il a laissé entendre que des citernes d’eaux seront disposées au niveau de certains sites d’hébergement du 11 décembre 2016 pour soulager les visiteurs.

Disposer de ce liquide précieux à tout temps n’est que le souhait des habitants de la ville de Kaya et ces mesures si elles venaient à réduire effectivement le déficit ne fera que des heureux, surtout après de longues nuits à attendre désespérément une goutte d’eau.

Dimitri Kaboré