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SOCIETE

Les 3 et 4 juillet 2017, une vingtaine de journalistes ont assisté à Kaya à un atelier de partage initié et organisé par la Coalition nationale pour l’éducation pour tous au Burkina Faso. Durant 48 heures, les journalistes se sont familiarisé avec la politique nationale de l’éducation, la stratégie continentale de l’éducation et l’objectif 4 des Objectifs de développement durable (ODD) qui promeut une éducation inclusive et équitable de qualité et des possibilités d’apprentissage tout au long de la vie pour tous d’ici à  2030. Samuel Dembélé, président du Conseil d’administration de la Coalition nationale dans cet entretien qu’il a accordé à Fasozine, est revenu sur l’intérêt d’une telle session tout en décryptant les enjeux et la portée de l’atteinte d’une éducation inclusive et de qualité pour tous les Burkinabè.


Fasozine : Il s’est tenu du 3 et 4 juillet 2017 à Kaya, un atelier de partage avec les journalistes sur l’ODD 4 et la stratégie continentale sur l’éducation en Afrique. Quel est l’intérêt d’une telle activité ?
Samuel Dembélé : L’objectif de cet atelier consistait en l’appropriation de l’objectif 4 des ODD à savoir une éducation inclusive de qualité qui fasse la promotion de l’apprentissage tout au long de la vie. Nous avons voulu cet atelier car pour nous, la presse est un partenaire privilégié. Les journalistes constituent à ce titre un relais pour nous. Et pour être un bon porte-parole de ce que nous voulons diffuser, il faut le comprendre et le maitriser à même de l’expliquer. C’est cette raison qui  nous a amené à convier les journalistes à cet atelier afin  qu’ils partagent avec nous les objectifs de l’ODD 4 pour des projets futurs que nous comptons mettre en œuvre dans le cadre d’une éducation de qualité pour tous.

En tant qu’organisateur de cette session de partage, pensez-vous que l’objectif visé a été atteint ?
A l’issue des échanges, nous sommes satisfaits. D’abord, nous ne nous attendions pas à ce grand nombre de journalistes qui puisse répondre présent. Ensuite, nous avons noté que la participation était active et surtout empreinte de proposition et d’engagement. Outre cela, ils se sont bien approprié des objectifs et le contenu de l’ODD 4 et de la stratégie continentale en matière d’éducation de qualité. A l’évaluation, il y a eu des propositions très pertinentes qui ont été formulées que nous allons capitaliser pour les transformer en plan d’action afin de pouvoir toucher le maximum de citoyens avec les thématiques traitées. Donc au vu de tous cela, notre satisfaction est pleine.

Parlant de l’ODD 4 dont l’échéance est prévue pour 2030. Qu’est ce qui changera dans le système éducatif burkinabè si l’on arrivait à l’atteindre au Burkina Faso ?
L’enjeu est effectivement très important. L’idée est qu’au bilan nous devrions avoir le maximum d’enfants à l’école c'est-à-dire que l’accès à l’école soit boosté et la qualité de l’éducation a augmenté. Aussi au centre des autres ODD, l’éducation aurait boosté le développement des autres secteurs tels la santé, l’agriculture, l’élevage. Il y a 17 ODD et l’éducation est transversale. Si nous arrivons à mettre l’ODD 4 à un niveau satisfaisant, il est sûr qu’il y aura un impact sur les autres secteurs et sur le niveau même du développement. Vous verrez que les choses changeront qualitativement. C’est notre souhait et notre engagement.

A l’étape actuelle, il ressort que certains indicateurs au niveau national sont au rouge et cela pourrait jouer sur l’atteinte des objectifs en 2030. Que fait la coalition pour que la courbe puisse être inversée ?
La coalition  va se poser comme une structure qui va donner l’alerte. L’alerte en premier lieu pour dire attention aux autorités afin qu’elles rectifient le tir. L’un des moyens principaux que nous utiliserons est le plaidoyer. C’est le plaidoyer qui est le moyen privilégié de la coalition pour interpeller ceux qui décident afin qu’ils prennent les bonnes décisions dans le domaine de l’éducation et à respecter les engagements pris.

Actuellement, les chiffres sont là et sont alarmants. Et pour ce faire, il faut commencer à faire des plans d’urgence d’investissements pour résorber les problèmes à savoir la construction d’infrastructures, le recrutement du personnel enseignant en qualité et en nombre suffisant. Cela suppose qu’il faut privilégier l’investissement dans le domaine de l’éducation en augmentant le budget de l’Etat alloué à ce secteur.

La coalition œuvre dans ce sens à mobiliser l’ensemble des forces sociales afin de leur montrer que l’éducation est une question qui concerne tout le monde et non les premiers acteurs. Nous avons tous des devoirs envers les générations futures et c’est ce devoir qui doit nous amener à nous engager  pour une éducation de qualité.
En dehors de la ressource financière, il nous faut mobiliser les autres ressources humaines, intellectuelles et mentales pour pouvoir mettre en place des projets viables au service d’une éducation de qualité pour tous.

Au Burkina Faso, nous vivons une crise de l’éducation avec les taux de réussite qui décroit d’année en année. Qu’est ce qui ne va pas exactement et que devrons-nous faire pour remonter la pente ?
Les résultats et les niveaux actuels sont la résultante de plusieurs facteurs. Notre société a été secouée durant la dernière décennie par une succession d’événements qui ont d’une part et d’autre impacté le secteur éducatif.  Cette situation est encore aggravée par une société où nous sommes à mi-chemin entre les nouveaux objets des technologies de l’information et de la communication qui nous font croire que nous n’avons plus besoin d’apprendre sérieusement en classe. On privilégie les jeux et on s’adonne à la distraction de toute sorte au détriment de l’apprentissage. Face à cela qu’est ce qu’il faut faire ?

Pour nous, l’amélioration de l’éducation est une entreprise commune. L’Etat est le premier responsable car c’est lui qui a le droit régalien de faire en sorte que l’éducation puisse prendre de l’envol en y mettant les moyens. De façon urgente, nous sommes convaincus que sans une revue à la hausse du budget alloué à l’éducation et sans une priorisation effective indépendante de ce qui est dit dans la constitution, rien ne va changer. Il faut poser des actes où on met en contribution toutes les forces sociales.  Avec cela, nous commencerons à inverser la courbe dans l’attente de planifier dans le long terme.

Nous devons aussi avoir à l’esprit que l’éducation transcende les projets politiques immédiats. C’est un processus qui doit être inscrit dans le long terme. C'est-à-dire qu’il ne faut pas s’attendre à ce que les investissements d’aujourd’hui portent fruit immédiatement. Lesdits investissements auront un impact dans 10, voire 30 ans après.  Il ne faut donc pas confondre cela avec des investissements inutiles. Ce n’est pas parce que ce n’est pas immédiat que c’est inutile. L’école burkinabè peut être transformée s’il y a un engagement politique dans le long terme et bien planifié au service d’une éducation de qualité pour tous.

Au cours des échanges avec les journalistes, vous avez insisté sur l’enjeu et l’intérêt de la stratégie continentale sur l’éducation en Afrique couvrant la période 2016-2025… Quand est-il exactement ?
Cette stratégie est une adaptation de l’ODD 4 à l’Afrique. Elle est pilotée par l’Union Africaine et ses objectifs tiennent compte des problèmes les plus récurrents en Afrique. Il faut dire que les 12 cibles que compte ladite stratégie seront planifiées et mise en œuvre dans un partenariat entre le réseau africain pour l’éducation pour tous et l’Union africaine. C’est une autre tribune qui vise à interpeller les dirigeants africains à s’engager conformément aux prévisions inscrites dans cette stratégie continentale. C’est un autre plaidoyer au niveau régional qui pourrait réussir indépendamment des résultats dans chaque pays.

Le Burkina Faso pourra t-il selon vous atteindre d’ici 2030 les objectifs fixés par l’ODD 4 ?
Je suis optimiste puisque je suis en activité pour que cela arrive. Et pour que cela arrive, la seule condition est que nous devons y mettre le prix. Outre cela, nous devons aussi croire en nous-mêmes. Quand vous menez un combat et vous n’y croyez pas, vous avez très peu de chance de réussir.
Nous au niveau de la coalition, nous n’allons pas baisser les bras parce nous voyons des exemples dans d’autres pays. C’est le cas de la Corée du Sud qui il y a 15 ans était toujours assisté. En mettant 60% de leur budget au profit de l’éducation, aujourd’hui ce pays a décollé et même devenu l’un des pays donateur dans le domaine de l’éducation. Si en 15 ans, un pays peut arriver à ce niveau, pourquoi ne devons-nous pas croire que cela peut être possible chez nous ? Nous pouvons aussi décollé de cette même manière en ayant une politique rigoureuse et un sacrifice de finance important au service de l’éducation.

Mais qu’est ce qu’on aura perdu si nous ne sommes pas au rendez-vous de 2030 ?
Si nous ne sommes pas au rendez-vous, on ne nous sanctionnera pas. Nous aurions créé nous même les conditions pour retarder l’événement de développement que nous attendons.  Nous voulons développer l’éducation pour les Burkinabè afin qu’ils sortent de leur situation difficile actuelle. Si nous attendons qu’on nous mette au pas pour pouvoir réaliser cet objectif c’est que nous n’avons rien compris. Cela doit donc être une bataille, un défi important à relever.         



  

 

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