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POLITIQUE

Alors que s’achève au Burkina Faso une semaine de grande tristesse au cours de laquelle le pays a payé un lourd tribut au terrorisme, la semaine qui s’ouvre aujourd’hui n’est déjà pas moins chargée de douleur et d’émotion. Le décès brutal, le samedi 19 août à Paris, du président de l’Assemblée nationale, Salifou Diallo, impactera sans doute durablement, au-delà de la semaine de deuil qui commence, la vie de la nation.

Le Burkina Faso est sous le choc depuis l’annonce, samedi dernier, du décès de Salifou Diallo, deuxième personnalité de l’Etat, qui dirige le parlement depuis le 30 décembre 2015. L’implacable vérité s’est imposée à tous au moment même où, ce matin-là, l’avenue Kwame Nkrumah abritait une «marche silencieuse» en mémoire aux victimes de l’attentat perpétré le 13 août au soir contre la pâtisserie-restaurant Aziz Istanbul, et qui a fait 19 morts. Autant dire que c’est un mois d’août 2017 bien sombre que vit le «pays des Hommes intègres», dans l’attente de l’inhumation, le vendredi 25 août à Ouahigouya, d’un homme qui aura marqué de tout son poids la vie politique nationale pendant trente longues années.

Salifou Diallo a ainsi passé la moitié de ses soixante harmattans dans les arcanes du pouvoir, considéré tour à tour et/ou simultanément comme un génial stratège politique, un grand artiste de la mobilisation, un métronome de la réussite électorale de son camp. Entre loyauté, intuition et engagement, celui que l’on appelait affectueusement «Gorba» a été de tous les combats politiques de son pays, prenant même une part déterminante dans l’insurrection des 30 et 31 octobre 2014 qui a renversé le régime de Blaise Compaoré auquel il a appartenu pendant tant d’années.

Car Salifou Diallo savait être pragmatique. «Nous sommes honnêtes en disant que notre bilan est positif, mais il reste de grandes questions de fond à régler», avait-il notamment confié au magazine panafricain Continental peu avant l’élection présidentielle de 2005, avec sa casquette de directeur national de la campagne du candidat Blaise Compaoré. Avant de préciser: «Nous avons un pays pauvre, sans ressources stratégiques. Nous fonctionnons sur la base des financements extérieurs. Aujourd’hui, nous avons des problèmes fondamentaux comme ceux de l’emploi des jeunes, de l’insécurité qui sévit, etc. C’est vrai, nous avons d’énormes équations à résoudre, mais ce n’est pas pour autant que le peuple ne fait pas confiance à notre président, parce qu’il a pris beaucoup de mesures pour aller dans le sens de l’amélioration des conditions de vie des populations.»

Mais c’est sans doute aussi parce qu’il s’est intéressé de très près aux crises sociopolitiques qui secouaient le continent africain que Salifou Diallo a pris sur lui de dessiner une nouvelle formule institutionnelle pour son pays, et qui reposait sur l’adoption d’un régime parlementaire. «Pour moi, le meilleur moyen de créer une alternance dans notre pays, dans la paix et la stabilité, c’est de réformer profondément les institutions actuelles, pour approfondir la démocratie en donnant des chances égales à tous les partis politiques. (…) Ma suggestion est d’aller aujourd’hui vers un régime parlementaire, qui nous éviterait une patrimonialisation de l’Etat», avait-il alors affirmé dans une interview à L’Observateur Paalga.

Mais cette sortie de 2009 sur la patrimonialisation de l’Etat lui valut une volée de bois verts. Pourtant, la question était au cœur de la thèse de doctorat que l’homme qui s’est toujours refusé à être un «yes man» a soutenue en juin 2005 à l’Université de Perpignan sur «les transformations de l’Etat en Afrique». «L’un des paramètres les plus importants dans ces crises, c’est le déficit démocratique. De même, l’exclusion sur des bases ethniques, xénophobes sont génératrices de crises très regrettables. (…) La crise africaine a une triple dimension et il faut lui trouver des remèdes. L’un des premiers remèdes, c’est vraiment d’appliquer, de façon transparente, les règles du jeu démocratique», avait-il déjà plaidé en 2005, dans les colonnes du magazine panafricain Continental.

En tout état de cause, c’est dans une belle unanimité que la classe politique salue, depuis samedi, la mémoire d’«un homme politique d’envergure, de conviction et d’engagement», dont la nation attend la dépouille mercredi après-midi avant de lui rendre un vibrant hommage à partir de jeudi prochain. Homme de missions délicates, plusieurs fois ministres, manager de l’orientation politique au sein du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP, qui a avait dominé des pieds et des mains la vie politique nationale sous Blaise Compaoré), avant de contribuer au changement de fin 2014, celui qui était président du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP, au pouvoir) et présidait aux destinées du parlement burkinabè, était l’un des hommes forts du trio de tête qui dirige le pays depuis l’investiture, le 29 décembre 2015, de Roch Marc Christian Kaboré. D’aucuns n’hésitaient même pas à affirmer la main sur le cœur que c’était lui, Salifou Diallo, qui avait la haute main sur les affaires du pays! La chute de ce «baobab» de la vie politique nationale constitue donc un évènement majeur qui vient bousculer les pions sur l’échiquier politique national.   

En effet, si le Burkina Faso est pour l’heure dans le temps du deuil et du recueillement, il viendra bien vite, le temps des vraies questions politiques que pose cette subite disparition, à un moment où le pays espère, dès la cascade des rentrées de septembre et octobre — rentrées gouvernementale, parlementaire, scolaire, judiciaire, médiatique… —, une embellie dans la gestion des affaires, notamment aux plans social, économique et sécuritaire. A quelques mois de la célébration, le 11 décembre prochain à Gaoua, du 57e anniversaire de son indépendance, et alors surtout que pointe le cap du deuxième anniversaire de l’accession de Roch Marc Christian Kaboré à la magistrature suprême, les Burkinabè attendent des réponses plus claires et plus incisives à leurs problèmes quotidiens.

Au total, le peuple attend rapidement les signaux de l’indispensable réaménagement qui s’opérera dans la gouvernance globale de l’Etat, entre redistribution des cartes et réorganisation stratégique, aussi bien au niveau du parti au pouvoir, de l’Assemblée nationale que de la classe politique. A lui tout seul, l’homme apparaissait comme le centre nerveux et le baromètre de la vie politique nationale et, de fait, il y aura indéniablement un avant et un après Salifou Diallo. Il reste donc à espérer que les uns et les autres sauront s’élever au-dessus de leurs egos personnels et récriminations stériles pour transformer élégamment cette perte — terriblement cruelle à un moment si crucial de la vie de la nation —, en une force d’opportunités pour vaincre la fatalité…

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