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POLITIQUE

Professeur titulaire de philosophie, directeur de l’Ecole doctorale des Lettres, Sciences humaines et Communication, coordinateur national du mouvement des intellectuels du Manifeste pour la liberté, Mahamadé Savadogo analyse ici l’action des Organisations de la société civile en politique.

Fasozine: En observant la situation nationale, on est tenté de dire que les OSC envahissent de plus en plus le champ politique…
Mahamadé Savadogo: Disons qu’elles ont une présence médiatique importante. Maintenant, il faut se demander quelle est leur impact réel sur le jeu politique. Mais il faut comprendre que cette situation est le résultat de notre histoire récente. A la faveur de la lutte contre le projet de révision de l’article 37 de la Constitution sous Blaise Compaoré, beaucoup de nouvelles organisations sont apparues et y ont apporté leur contribution.
Comme vous le savez, cette lutte-là a abouti à l’insurrection d’octobre 2014. C’est suite à ces évènements que ces nouvelles organisations de la société civile ont pris de l’importance dans la vie publique. On peut donc reconnaitre qu’elles font preuve d’une présence dans l’univers médiatique et cela est le résultat de notre histoire récente.

Que pensez-vous de la posture de certaines de ces OSC, qui semblent vouloir se substituer aux partis politiques d’opposition en critiquant vertement le pouvoir?
Il est vrai que beaucoup d’entre elles formulent des critiques ouvertes et parfois assez virulentes à l’égard du pouvoir en place. Mais cette orientation est liée aux attentes de ces organisations vis-à-vis du pouvoir actuel, à partir du rôle qu’elles ont pu jouer dans le changement intervenu. Il faut sans doute comprendre qu’à travers certaines critiques, se manifeste une forme de déception.

Ce comportement est-il un phénomène récent dans l’histoire politique du Burkina Faso?
Il faut faire être précis: ce n’est pas la société civile d’une manière générale qui est concernée. C’est un type particulier d’organisations de la société civile apparues récemment sur la scène publique. La société civile désigne différents acteurs: des acteurs organisés et des acteurs non-organisés. Le poids de la société civile dans notre histoire ne date pas de maintenant. Si on remonte à la première décennie après les indépendances, nous avons vu le rôle joué par les syndicats, notamment dans l’avènement du 3 janvier 1966 (soulèvement populaire ayant entrainé la chute du président Maurice Yaméogo, Ndlr).

Ensuite, si on évolue jusque dans les années 1990, avec l’apparition des mouvements de droits de l’Homme, symbolisée par la création du MBDHP (Mouvement burkinabè des droits de l’Homme et des peuples, Ndlr), nous avons pu apprécier le rôle que des organisations de la société civile ont pu jouer dans l’histoire, notamment suite à l’assassinat du journaliste Norbert Zongo et de ses compagnons. La mobilisation consécutive à cet assassinat a rassemblé à la fois des partis politiques et des organisations de la société civile.

Les nouvelles OSC que nous entendons beaucoup dans les médias actuellement sont d’une apparition récente. Et précisément parce qu’elles s’expriment beaucoup, elles donnent l’impression que ce sont elles qui marquent le plus la vie publique, alors qu’il y a d’autres organisations de la société civile fermement établis, au rôle reconnu depuis plusieurs années qui sont là et qui continuent leur travail. Vous remarquerez d’ailleurs que les critiques s’adressent moins à ces organisations-là qu’aux nouvelles OSC.

Faut-il se réjouir ou s’inquiéter de cet intérêt de certains OSC pour la chose politique?
Il ne faut pas oublier qu’il existe des liens de différentes formes entre ces OSC et les partis politiques. Des dirigeants de partis politiques le reconnaissent eux-mêmes. Les acteurs politiques ont donc une part de responsabilité dans ce rôle que certains acteurs de la société civile se sont accordés.
Maintenant, il y a des règles qui sont censées orienter l’action des OSC. Sous la Transition, en octobre 2015, une loi sur les associations a été adoptée dans ce sens. En 1992, une loi avait également été adoptée par l’Assemblée nationale. C’est à partir de ces textes qu’il faut apprécier le comportement des uns et des autres.

On a récemment entendu le chef de l’Etat lui-même mettre en garde ces OSC. Est-ce qu’à votre avis il y a une ligne rouge qu’elles ne doivent pas franchir?
A mon avis, il faut se référer aux textes pour savoir ce qui leur est permis et ce qui ne l’est pas. Ce qui est important, c’est de marquer la différence entre l’organisation de la société civile — même quand elle s’occupe de veille citoyenne —, et le parti politique qui a pour objectif la conquête et l’exercice du pouvoir. Il y a des OSC qui comprennent bien cette distinction et qui circonscrivent d’une manière plus adéquate leur rôle.
Nous sommes dans une situation particulière qui est le résultat de l’insurrection. La page ouverte par l’insurrection ne s’est pas encore refermée et c’est cela qui explique aussi certains comportements. Je crois qu’avec un peu de temps, les différents acteurs s’adapteront mieux au rôle qui leur est dévolu.

© Fasozine N°70, Juillet-Août 2017

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